CCLXXVIII.

Il exista un temps, à l’angle de la rue Rollon et de la place du Vieux-Marché, une grande droguerie portant pour enseigne La Maison du savon. On y vendait des produits d’entretien, au sens large, dans la gamme de l’époque, celle où on ne séparait pas le corps de la maison. Temps où le même savon servait pour le linge, le carrelage et les pieds. Alors, la savonnette s’usait chez les riches.

Puis La Maison du savon devint un magasin comme les autres. On y vendit de tout. Chez Monoprix aussi. Noma disait-on. Lequel Monoprix ne tarda pas, en matière de savon, à proposer à moins cher. Un jour de braderie, dans ladite Maison, nombre de clients (inconstance desdits !) se partagea ce qui restait du stock.

S’ouvrit alors un quelconque restaurant (à vérifier). Un de plus. Et un de moins, car son dernier avatar, un chalet à fromages, a fermé. Et bientôt rouvrira, croyez le. Ces vitrines ne restent jamais creuses. Quel tournis, du reste. Une rue où on ne passe pas de trois mois, une enseigne de moins. Ou en plus. Le commerce, ça marche ? Oui et non. Antienne rebattue.

A La Maison du savon, les vendeurs s’activaient en blouse blanche et discrète cravate. Montés sur escabeaux, ils vous bonimentaient, produits en main, des bienfaits de la Saponite ou du Lux en paillettes. Ton docte, maniement doux, discrète courtoisie… la ménagère rouennaise se voyait promue cliente bourgeoise. Sortant, elle remontait la rue Rollon, filet à la main, pour son marché. Une part de brie chez Harlé, un pâté chez Faucon, trois tranches de salami (folie !) au Parmesan… Quoi d’autre ? Ah, oui, de l’alcool pour ma pâtisserie. Chez Denomaison !

Aujourd’hui, la rue Rollon vit avec plus de souvenirs que de projets. La Fête du ventre, érigée en tradition séculaire, a l’allure d’une mascarade. Personne n’y croit, hormis le tiroir-caisse. Et les Municipaux, bien sûr. Lesquels se préoccupent du commerce local. Façon de dire. Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, chère madame ? Rien de ce que vous vendez. La preuve ? Une nouvelle association de commerçants a été mise sur pied. Une de plus. Une de moins. Pour faire quoi ? Pour quoi faire ? Faire semblant. Représenter. Conforter les Municipaux, qui à leur tour, etc.

Près de chez moi, une coiffeuse pour dames (ça ne se dit plus) s’active au quotidien à nettoyer l’emplacement des bacs-poubelles d’en face. Met les sacs dans les bacs, trie les bouteilles, redresse un matelas, plie des cartons. Elle élimine les merdes de chiens (déjections canines), ramasse les barquettes de kebabs, lave à grande eau le trottoir. Puis ouvre son salon. Dix heures sonnent à la cathédrale. Un café ne nous ferait pas de mal.

Elle aime que sa ville soit propre. Que sa clientèle ne soit pas rebutée par le décor. Bref, elle a la passion des produits d’entretien. Au sens large. Comme du temps de La Maison du Savon.

Post-scriptum : on me signale que l’espace voué au restaurant va devenir une pharmacie. Somme tout une droguerie. Concordance des temps, donc.

4 Réponses à “CCLXXVIII.”


  • Si les commentaires affaiblissent le texte, alors aujourd’hui je m’en abstiens, je ne voudrais pas recevoir un savon, ah non !

  • Ce dont nous informait Perdrial précédemment, c’est de sa décision de ne plus lire jamais les commentaires que nous déposerons possiblement sur les billets « Chronicle » à venir (Si Dieu le veut); s’évitant ainsi grâce à l’auto-discipline ce désagréable sentiment d’affaiblissement textuel. Michel, nous te t’oublierons pas, ni toi ni ton sacrifice.

  • C’est une pharmacie qui va ouvrir à la place du canon à raclette. Nous aurons donc ainsi du savon, bien qu’hypo-allergénique.

  • Décidément, les gens de Rouen ne sont pas toujours bien marrants…

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