CCLXXIV.

Dimanche, clos Saint-Marc, en dépit du froid polaire. En dépit ou à cause ? En arrivant, un homme plus très jeune, mais pas tant que ça, me tend un tract : Un peu de lecture Verte, ça fait pas de mal. Son ton est plus que condescendant. Soixante ans de moins, je l’assommais. Mais ces décennies envolées, le même me tendrait son tract d’un autre air : Ouais, brother, rejoins-nous dans les luttes… Va te faire fiche, oui. J’emporte sa littérature.

Peu de monde, peu de marchands et encore moins de brocanteurs. Je m’attarde, penché sur les rangées de livres. Rien à acquérir, plus par manque de conviction que par choix. A quoi bon ? J’extrais Les Racines du ciel (Romain Gary) et L’Homme précaire et la littérature (André Malraux). Voilà des choses de mon temps. Lequel est passé. Donc passons. Plus intrigant : La Vie secrète de l’impératrice racontée par son petit-cousin. Constatons que les deux précédents ne tiennent pas la route.

Quelle impératrice et quel petit-cousin ? Je m’interroge en rentrant. Pas moyen de me souvenir. Du coup, j’en regrette mon non-achat. Dimanche prochain ? Avez-vous remarqué, loi du brocantage, qu’on ne retrouve pas le dimanche suivant ce qu’on a dédaigné au précédent ? Les femmes savent ça aussi, c’est la loi des soldes.

Mon appartement n’est pas gai. Il y fait froid et j’y suis triste. Carabine, victime des escaliers et de l’âge, m’a lâché. J’attends une remplaçante. Mais d’après l’agence : C’est pas facile en ce moment. Cela le fut-il un jour ? N’empêche, un intérieur sans femme. Comme dit Léautaud : il faudrait que je me marie… Mais alors là… Et je perçois d’ici le courroux des féministes. Quel macho ! Il lui faut une copine pour repasser ses chemises et faire sa bouffe… Oui. Pour le reste, là encore, le temps est passé.

Déballant mes victuailles, je retrouve le vert tract. Une bénédictin croquée, je lis en diagonale. On y dispute éducation nationale (nous autres), moulins à vent (fonds de commerce), loi sécuritaire (gauchisme de ad-hoc) et Afrique du Nord (tiers-mondisme ancien). Sur ce point, pas de détail, soyons solidaires (ouais, brother) des luttes en cours : Égypte, Tunisie, Algérie, Maroc. Allez, tout ça pareil au même. La vendeuse : je fais un paquet ?

La politique, comme le sport, ne vaut qu’au national, dès qu’on passe au local, c’est la troisième division. Je suis injuste ? Sans doute, mais respecte-t-on la politique en soumettant à l’électeur (sinon au simple citoyen) de pareilles niaiseries ? Hélas, chez les Verts locaux, seul le papier est recyclé. Le chœur : Ouais, brother, c’est pas gagné. En l’occurrence (et en d’autres), ce chœur a toujours raison. Ce qu’il dit là vaut pour tout l’arc en ciel.

L’année prochaine, si je suis encore là, que voterai-je au premier et second tour ? Certes, j’ai le temps. Mais on ne se décide jamais trop tôt. Et puis, si je suis mort, j’aurai fait mon choix. Alors Malraux, Gary ou l’Impératrice ? Bof, on verra dimanche.

1 Réponse à “CCLXXIV.”


  • Mais il faut vous chauffer davantage (enfin, pas vous, l’appartement). Ou bien rejoignez le champion de l’orthographe,là-bas vous aurez bien chaud (mais il semble toujours aussi grognon). Sinon j’ai à la maison « Sarah Bernhardt, ma Grand-mère », ça pourrait remplacer l’impératrice, le voulez-vous ?

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