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Archive mensuelle de février 2011

CCLXXIX.

Il y a longtemps que je rumine ceci : rue des Bons-Enfants, à l’angle de la rue Sainte-Croix des Pelletiers, un bar nommé Le Candy. Ça doit avoir un autre nom aujourd’hui. Comme on dit toujours, avec élégance : un bar à putes.

Pourquoi ai-je horreur de cette expression ? Parce qu’elle m’englobe ? Disons que les ayant beaucoup fréquentés, je n’ai jamais eu l’impression d’aller dans des bars à putes. Dans ces bars, il y avait des filles. Certes, célibataires. Certes, accueillantes. Certes, pas farouches. Certes, buvant sec. Mais qui seraient tombées de leurs hauts tabourets si elles avaient su qu’un jour, lointain, on les qualifierait de putes.

Les putes étaient dans la rue. Elles faisaient le trottoir. Ou étaient en maison (il en restait). Les filles du Candy n’étaient pas même entraîneuses. Ça, c’était pour des boîtes de nuit. A Paris. Pour les provinciaux. A Rouen, celles du trottoir, à mon époque, faisaient station près des hôtels de passe. Rue Damiette, rue Saint-Romain, rue du Vieux-Palais… Rue de la République aussi. Il ne manquait d’hôtels dans le quartier. Le Palais Royal, le Cambridge, L’Astoria… tout ça n’existe plus. A commencer par l’Hôtel de la Cathédrale qui se voudrait si touristique aujourd’hui et où on entrait par un couloir, rue des Chanoines.

Hôtels à cinq cent francs la chambre, deux mille francs la passe (je parle en anciens) et mon petit cadeau. Difficile de faire l’équivalent avec les tarifs d’aujourd’hui. Les faits-divers locaux indiquent vingt euros l’inflation, et soixante ou quatre-vingt pour ce qu’on nommait autrefois l’amour.

Vrai, ce qui a disparu, ce sont les hôtels et leurs chambres. De nos jours, on fait ça en voiture, dans un coin sombre, si ce n’est dans le local à poubelles. Vous me direz, vingt euros, et par un travesti péruvien sans papiers. Méfaits ou effets du libéralisme et de la mondialisation.

Les filles du Candy ne voulaient pas travailler. Plutôt jolies, elles n’allaient pas s’échiner aux Fermetures Éclair ou aux Usines Queval. Elles ne feraient pas secrétaires (le must), ne sachant ni A ni B et encore moins taper à la machine. Se marier ? Avec un docker ou un plombier… et le marmot au bout du compte. Merci bien. Vendeuse ? Tu parles, avec les vieilles toupies des Nouvelles Galeries ! Serveuse ? Ouais, pas mal. Mais le soir, pour pas avoir à se lever le matin.

Et comme elles n’étaient pas moches… ça finissait au bar. Devant, pas derrière. A consoler les divorcés, les esseulés, à distraire les représentants de commerce ou les célibataires comme moi. Pourcentage sur les consommations, pourboires divers, et si le type était joli, pourquoi pas ? Comme ça, je pourrai m’offrir l’imper italien en tweed que j’ai vu chez Valentin. Tu sais, la forme raglan, celui avec les poches à rabat. Il est à combien ? Trente-cinq mille… La soirée passait. Une nuit l’autre. Le bar s’éteignait. On rentre ? Si tu veux.

Tenez, puisque j’en suis là, histoire de conclure : Valentin vient de fermer. Et ne rouvrira pas de sitôt.

CCLXXVIII.

Il exista un temps, à l’angle de la rue Rollon et de la place du Vieux-Marché, une grande droguerie portant pour enseigne La Maison du savon. On y vendait des produits d’entretien, au sens large, dans la gamme de l’époque, celle où on ne séparait pas le corps de la maison. Temps où le même savon servait pour le linge, le carrelage et les pieds. Alors, la savonnette s’usait chez les riches.

Puis La Maison du savon devint un magasin comme les autres. On y vendit de tout. Chez Monoprix aussi. Noma disait-on. Lequel Monoprix ne tarda pas, en matière de savon, à proposer à moins cher. Un jour de braderie, dans ladite Maison, nombre de clients (inconstance desdits !) se partagea ce qui restait du stock.

S’ouvrit alors un quelconque restaurant (à vérifier). Un de plus. Et un de moins, car son dernier avatar, un chalet à fromages, a fermé. Et bientôt rouvrira, croyez le. Ces vitrines ne restent jamais creuses. Quel tournis, du reste. Une rue où on ne passe pas de trois mois, une enseigne de moins. Ou en plus. Le commerce, ça marche ? Oui et non. Antienne rebattue.

A La Maison du savon, les vendeurs s’activaient en blouse blanche et discrète cravate. Montés sur escabeaux, ils vous bonimentaient, produits en main, des bienfaits de la Saponite ou du Lux en paillettes. Ton docte, maniement doux, discrète courtoisie… la ménagère rouennaise se voyait promue cliente bourgeoise. Sortant, elle remontait la rue Rollon, filet à la main, pour son marché. Une part de brie chez Harlé, un pâté chez Faucon, trois tranches de salami (folie !) au Parmesan… Quoi d’autre ? Ah, oui, de l’alcool pour ma pâtisserie. Chez Denomaison !

Aujourd’hui, la rue Rollon vit avec plus de souvenirs que de projets. La Fête du ventre, érigée en tradition séculaire, a l’allure d’une mascarade. Personne n’y croit, hormis le tiroir-caisse. Et les Municipaux, bien sûr. Lesquels se préoccupent du commerce local. Façon de dire. Qu’est-ce qui vous ferait plaisir, chère madame ? Rien de ce que vous vendez. La preuve ? Une nouvelle association de commerçants a été mise sur pied. Une de plus. Une de moins. Pour faire quoi ? Pour quoi faire ? Faire semblant. Représenter. Conforter les Municipaux, qui à leur tour, etc.

Près de chez moi, une coiffeuse pour dames (ça ne se dit plus) s’active au quotidien à nettoyer l’emplacement des bacs-poubelles d’en face. Met les sacs dans les bacs, trie les bouteilles, redresse un matelas, plie des cartons. Elle élimine les merdes de chiens (déjections canines), ramasse les barquettes de kebabs, lave à grande eau le trottoir. Puis ouvre son salon. Dix heures sonnent à la cathédrale. Un café ne nous ferait pas de mal.

Elle aime que sa ville soit propre. Que sa clientèle ne soit pas rebutée par le décor. Bref, elle a la passion des produits d’entretien. Au sens large. Comme du temps de La Maison du Savon.

Post-scriptum : on me signale que l’espace voué au restaurant va devenir une pharmacie. Somme tout une droguerie. Concordance des temps, donc.

CCLXXVII.

Il fut un temps, où on lisait, peinturlurées sur les murs, des inscriptions comme : Laisser parler Lecoin, Wolf menteur, Paris-Normandie complice des gauchistes… Ou encore Voter Oui, Voter Non, FLN vaincra, A bas l’UNR… Avec D***, nous en faisions la réflexion l’autre soir : Nous avons connu un temps où, en période électorale, les choses tournaient vite à l’affrontement, à la célébration du muscle, du bâton, du coutelas, voire de l’arme à feu. Combien de colleurs d’affiches ou peinturlureurs en restèrent sur le carreau ! Pour De Gaulle, pour Mendès, pour Thorez… ceux-là et le reste.

Aujourd’hui, à ce qu’il semble, les temps sont meilleurs. Qui irait tracer en lettres épaisses Voter Modem ou A bas Quillet ? Risquer des coups pour les cantonales ? Même les présidentielles… à la rigueur une tache de colle. Aujourd’hui oui, on meurt et on prend des coups. Mais en Égypte, en Tunisie. Ailleurs aussi. Et, naturlich, en Algérie. Divers vieux seniors de l’Oranais se souviennent-ils d’avoir fait, ici, le coup de feu contre le commissariat de l’Hôtel de Ville, laissant pour morts deux ou trois flics ? C’était en septembre 1958, temps où ce combat là prenait ce sens là. Économisant sur leur retraite, constatons qu’ils contemplent leur belle jeunesse avec intérêt et pas mal de suspicion.

Mais, dit D***, si c’était pour en arriver là… Oui, on regrette toujours d’avoir eu raison. Rarement d’avoir eu tort.

Bon. Alors, irez-vous voter ? Moi pas. On ne vote pas dans mon canton, dont, soulignons, je perçois mal les frontières. Je connais pourtant des gens qui ne sont pas de mon canton. Ils sont d’un autre, pas meilleur du reste. Mais assez pour qu’on ne se parle pas.

Qui se souvient de Louis Lecoin ? De l’UNR ? Et d’un Wolf menteur, lui qui ne mentait pas tant que ça… Notre mémoire disparaît. Entendez qu’elle en recouvre une ’autre, couche par couche. De la préhistoire à l’archéologie, du bas-moyen-âge à la Renaissance, etc. Je me pensais Jules Michelet, je suis Georges Cuvier. Ça ne console de rien.

Bon. Alors, avez-vous vu Côté Rouen, l’hebdomadaire gratuit des devantures de boulangeries ? Un que ça amuserait, c’est Pierre-René Wolf, distingué directeur d’un quotidien régional fort lu par le passé. Côté Rouen, tout en couleurs, n’est bon ni mauvais. Dans l’air du temps, celui de ceux qui ne lisent pas les journaux. Vrai, le lectorat après lequel court notre actuel Paris-Normandie. Sans succès, du reste.

Autre chose ? Non, je ne vois pas. Ah, si, histoire de rester dans ce qui précède, à savoir l’époque du moustérien, il y a, du côté de la mairie de Sotteville lès Rouen, une exposition sur Poustiquet. J’entends d’ici le chœur : c’est quoi Poustiquet ? Apprenez, chers lecteurs, que… Et puis, non, tant pis pour vous. Allez-y voir. Après tout, les êtres comme Poustiquet et son auteur Bindle, ça se mérite. Avec un peu de chance, en cherchant, vous y retrouverez Louis Lecoin, Wolf et le FLN. La boucle sera bouclée.

CCLXXVI.

En ville. J’aperçois une vieille connaissance. Aperçue seulement : l’homme marche vite et sa silhouette frêle me fait douter de ma mémoire. Est-ce bien celui qu’on surnommait Petit-Gris ? J’accélère le pas, restant discret dans ma filature. C’est que je ne tiens guère à revoir, à revenir, à me souvenir, et engager la conversation. Un feu rouge devenant vert, arrête mon homme. J’arrive à sa hauteur. Par bonheur, il regarde ailleurs ou en lui. Ignore le monde et ses entours. Oui, c’est Petit-Gris. Vieilli, amaigri, sourire vague, regard perdu, absent à toute sollicitation et toute présence.

A défaut de renouer, vais-je vous raconter Petit-Gris ? En dire quoi ? Il n’était pas chanteur ni musicien, mais charrieur de matériel pour orchestre en panne. Ou en vogue, selon. Son règne, fort mince, fut celui des années Soixante ou Soixante-dix. De fait, il fut plutôt maître-chanteur. Un peu malfrat, un brin dans la cambriole. L’éternel repris de justice. Celui dont, dans les bars, on disait : Tiens, on ne voit plus Petit-Gris… Et celui-ci reparaissait. Ragaillardi de son séjour à Bonne-Nouvelle. Tu travailles en ce moment ? Oui, la tournée des X ou des Z. Vrai ou pas. Lui, semblait y croire.

Pas méchant pour deux sous. Le voyou sympathique. Le copain qui n’a pas réussi. L’archétype du genre pieds nickelés. Un dur pour naïfs. Un régulateur presque. On ne peut pas tout avoir : chance, intelligence, salut, et de plus, les bonnes fréquentations. Sa spécialité : voler des instruments dans les conservatoires ou dans les orchestres en tournées. Les cuivres surtout, les saxophones en particulier.

Je lis ça et là, qu’on archive beaucoup sur le rock, la pop-music, the variéty des petits jeunes devenus quinquas. On m’entretient, presque par force, des Dogs, des Olivensteins, des Rotomagus ou de The Pages. De l’Exo 7, de la Brocherie, du Fidelaire, et tutti quanti. Ce monde là pose désormais, avec avantage, pour les mémorialistes. Il est possible que tout cela ait existé. Cela ne me regarde pas. Ne me regarde plus. Et ne m’a regardé que par raccroc. J’y ai perdu mon temps. Et pas mal d’argent, reconnaissons-le. Sans parler des illusions. Vieux roman.

Et de Petit-Gris, dans cette mémoire toute neuve, on en parle ? Guère ou pas du tout. Un jour, passant au tribunal, il se fit sermonner par le juge : Pourquoi voler cet instrument, pour le vendre ? Et Petit-Gris, superbe : Pour l’initier au free-jazz, monsieur le Président. Huit jours avec sursis. On était bon enfant à l’époque.

Où est ce juge aujourd’hui, où est Petit-Gris, où suis-je ? Vieille chanson : Que sont mes amis devenus… Eh bien, Petit-Gris, le voilà, à quelques pas. A peine lui, presque un autre. D’où ma certitude se muant en hésitation. Ou le contraire ?

Petit-Gris de qui j’aurais pu me faire reconnaître. Me faire taper, encore une fois, une dernière, de dix ou vingt euros. Ça m’aurait rajeuni, si ça se trouve. De le voir, le cœur m’a serré. De ne pas le revoir, aussi. Après ça, que conclure ?

CCLXXV.

Ici, connaissez-vous un lieu de nulle part ? Où rien n’est, où rien n’advient. Oui, la rue Émile-Verhaeren. Coincé entre Thouret et Massacre, c’est un no man land, celui, assez minable, que les élus d’autrefois trouvèrent pour perpétuer le souvenir du grand homme. Et une statue, square de l’Hôtel de Ville. Peut-être y a-t-il une plaque dans la gare, puisque Verhaeren s’y tua en voulant attraper son train. On apprenait ça, enfant, que Verhaeren avait été broyé par la loco. Et qu’il ne fallait pas courir dans les gares.

Lit-on encore Les Campagnes hallucinées ou Les Villes tentaculaires ? Sur le quai ou dans la rame ? L’a-t-on jamais lu ? Ici, deux vers de Verhaeren ? Non, je ne vois pas.

Rédigeant cette chronique, en haut d’une étagère, j’attrape Les Usines. De l’Apollinaire, du Cendrars et du Mac Orlan. Assez pour aujourd’hui et trop pour intéresser qui que ce soit. D’où la rue Émile-Verhaeren. Qui perdure, sans fin ni commencement. Qu’on ne débaptisera pas (qui voudrait d’une rue pareille !) et où on ne construira rien. A moins d’imaginer la suppression de ce grotesque parking résidentiel qui la borde. Mais ce temps de la bagnole règne tant et tant…

On n’imagine plus ce quartier autrefois. Jeune, j’ai vécu rue Massacre, dans un meublé tenu par les Vignon, couple impayable. Ai-je raconté ça déjà ? J’avais mes habitudes au café qui faisait le coin, là juste avec ce qui allait devenir la rue Émile-Verhaeren. C’est aujourd’hui une crêperie où je n’ai jamais mis les pieds. Qu’on ne me demande pas pourquoi. Oui, je pourrais tenter d’expliquer… Mais à quoi bon ?

Lorsque que j’habitais chez les Vignon, la rue n’existait pas. Ou tout comme. Ce n’était qu’un amas de cailloux né de la guerre. Puis, on y a construit ce qu’on sait. Soit rien. Les écoliers d’alors, garçons sortant de l’école Pouchet, jouaient dans les décombres. Les filles, sortant de l’école Catherine-Graindor, les regardaient. Et rentraient chez elles, songeuses.

Autrefois, mais pas si loin, la crêperie (ou plutôt le café) devint la boutique de Bob Bucher, ancien barman, qui vendait là des alcools introuvables. Southern Comfort, Vin de Scorpion, Sandalfort, Pisco péruvien… autant de bêtises dans des bouteilles contenues dans de forts cartonnages. Chez lui, j’ai découvert le Pimm’s dont je raffolais. Mes coronaires s’en souviennent. Enfin, à ce qu’il paraît… Bob, et ses étagères brillantes, lueurs de topaze, d’ambre et d’améthyste. Chacun y était chaleureux, sans vulgarité ou trop de jactance. Du temps où Rouen était une ville du Nord. Du temps où l’on n’avait pas peur.

Surtout pas de mourir avec ou sans artères durcies. Ce sont les médecins qui tuent. Ils commencent par combattre les bons usages, les belles histoires, et vous achèvent de leurs conseils. Si vous n’êtes pas raisonnables, ils prescrivent. On sait où ça mène, dixit l’actualité.

Un soir de septembre 1916, Verhaeren manqua la marche de son wagon. Abus de « jenever » ? Personne n’est là pour l’attester. Finalement, il aura échappé au pire : au XXe siècle et à sa rue.

CCLXXIV.

Dimanche, clos Saint-Marc, en dépit du froid polaire. En dépit ou à cause ? En arrivant, un homme plus très jeune, mais pas tant que ça, me tend un tract : Un peu de lecture Verte, ça fait pas de mal. Son ton est plus que condescendant. Soixante ans de moins, je l’assommais. Mais ces décennies envolées, le même me tendrait son tract d’un autre air : Ouais, brother, rejoins-nous dans les luttes… Va te faire fiche, oui. J’emporte sa littérature.

Peu de monde, peu de marchands et encore moins de brocanteurs. Je m’attarde, penché sur les rangées de livres. Rien à acquérir, plus par manque de conviction que par choix. A quoi bon ? J’extrais Les Racines du ciel (Romain Gary) et L’Homme précaire et la littérature (André Malraux). Voilà des choses de mon temps. Lequel est passé. Donc passons. Plus intrigant : La Vie secrète de l’impératrice racontée par son petit-cousin. Constatons que les deux précédents ne tiennent pas la route.

Quelle impératrice et quel petit-cousin ? Je m’interroge en rentrant. Pas moyen de me souvenir. Du coup, j’en regrette mon non-achat. Dimanche prochain ? Avez-vous remarqué, loi du brocantage, qu’on ne retrouve pas le dimanche suivant ce qu’on a dédaigné au précédent ? Les femmes savent ça aussi, c’est la loi des soldes.

Mon appartement n’est pas gai. Il y fait froid et j’y suis triste. Carabine, victime des escaliers et de l’âge, m’a lâché. J’attends une remplaçante. Mais d’après l’agence : C’est pas facile en ce moment. Cela le fut-il un jour ? N’empêche, un intérieur sans femme. Comme dit Léautaud : il faudrait que je me marie… Mais alors là… Et je perçois d’ici le courroux des féministes. Quel macho ! Il lui faut une copine pour repasser ses chemises et faire sa bouffe… Oui. Pour le reste, là encore, le temps est passé.

Déballant mes victuailles, je retrouve le vert tract. Une bénédictin croquée, je lis en diagonale. On y dispute éducation nationale (nous autres), moulins à vent (fonds de commerce), loi sécuritaire (gauchisme de ad-hoc) et Afrique du Nord (tiers-mondisme ancien). Sur ce point, pas de détail, soyons solidaires (ouais, brother) des luttes en cours : Égypte, Tunisie, Algérie, Maroc. Allez, tout ça pareil au même. La vendeuse : je fais un paquet ?

La politique, comme le sport, ne vaut qu’au national, dès qu’on passe au local, c’est la troisième division. Je suis injuste ? Sans doute, mais respecte-t-on la politique en soumettant à l’électeur (sinon au simple citoyen) de pareilles niaiseries ? Hélas, chez les Verts locaux, seul le papier est recyclé. Le chœur : Ouais, brother, c’est pas gagné. En l’occurrence (et en d’autres), ce chœur a toujours raison. Ce qu’il dit là vaut pour tout l’arc en ciel.

L’année prochaine, si je suis encore là, que voterai-je au premier et second tour ? Certes, j’ai le temps. Mais on ne se décide jamais trop tôt. Et puis, si je suis mort, j’aurai fait mon choix. Alors Malraux, Gary ou l’Impératrice ? Bof, on verra dimanche.

CCLXXIII.

Le Fanal de Rouen, jamais en reste, m’alerte sur le fait, regrettable, que le niveau en orthographe baisse dans les entreprises. Tout à fait d’accord. J’ajoute que le phénomène ne concerne pas que les entreprises. Il n’est que de considérer les blogs divers et variés, où ce ne sont que fautes d’accords, temps de verbes bancals et constructions de phrases à l’à-peu-près. Ah, là là, j’en sais quelque chose. Et, croyez-le ou pas, ces errements ne viennent pas de la jeunesse blogueuse, mais parfois (souvent) des personnes âgées.

Et, croyez-le ou pas, ces dernières n’en sont que plus coupables. Nos seniors ont eu l’avantage d’avoir reçu les enseignements d’instituteurs aguerris, laïques et obligatoires, hussards de la République, et tout et tout. Et puis enfin, bon sang de bonsoir, il existe des dictionnaires, des mémentos orthographiques, des précis de grammaire ! Ça n’est pas fait pour les chiens, crénom d’un !

Bon, ceci dit, où en étais-je ? Ah, oui, à l’entretien que donne au Fanal une certaine Jeanne Bordeau. Qui est-ce ? Apprenez, chers lecteurs, qu’elle est linguiste. De surcroît présidente de l’institut de la qualité d’expression. Alors là, comme dit la jeunesse : total respect ! Quelqu’un qui est présidente d’un pareil institut ne doit pas être n’importe qui. Pour vous en convaincre, n’hésitez pas à lire les réponses accessibles qu’elle donne à l’aimable journaliste. Il ne vous sera que de consulter l’édition fanalienne du samedi 29 janvier, tout y est.

Tout ? Oui et non. Car enfin, Jeanne B. conférencière pour entreprise en mal de management, est venue à Rouen. Faire quoi ? Doctorer pour doctorants, ou tout comme. Bref, cachetonner. Mais passons. Comme dit la chanson : Faut vivre

Et exister. La preuve ? Notre journaliste fanalien (ou fanaliste ?), devant les ravages du mauvais écrit et du mauvais parlé, interpelle la linguiste présidente : Que faire ? Jeanne B. donne la réponse : Pour s’améliorer, il faut lire par exemple. Mais, ajoute-t-elle aussitôt, pas nécessairement des grands classiques, il faut aussi se faire plaisir ! Il était 8h17, j’ai failli avaler ma biscotte de travers ! Avouez qu’on n’a pas tant l’occasion de rire, autant en profiter. Et Jeanne Bordeau m’en offrait là une solide. Du coup, deuxième biscotte.

Certes, rien là d’original, notre distinguée linguiste s’installe dans l’air du temps. Celui de La Princesse de Clèves. Lequel air souffle sur les bibliothèques locales (ceci dit en passant, histoire d’accélérer ma digestion).

Bref, ce samedi, je n’ai pas digéré de la journée. Et de la soirée, car vint l’heure de dîner en ville. Chez Molineux, ami collectionneur et brocanteur, expert en choses et en placements rares pour gens argentés. Les conversations roulèrent sur les rouennairies rouennaises. Autant dire qu’on se régala, mais qu’il sera difficile d’y démêler l’important de l’accessoire. J’y mêlai mon grain, racontant ce qui précède. On rit d’assez bonne grâce. Le juliénas aidant, je m’emportai un peu. Bah, te frappes-pas, me dit Molineux, ta Jeanne Bordeau, j’ la connais, elle est tout l’ temps saoule ! 

Alors lui, pour relever le niveau !




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