CCLXXII.

L’autre soir, il y a déjà un certain temps, lors d’une inauguration, au Musée des Beaux-arts, plutôt que les discours officiels, j’écoutais ce qui se disait derrière moi. Chuchotements, mais assez fort pour que j’entende. Ou qu’on entende. Au passage, j’en déduis qu’eux non plus, n’écoutent guère les discours. Du reste, qui écoute les discours officiels ? Vrai que… Enfin, bref.

Dans ce fameux groupe, une dame regrettait qu’il n’y ait pas de livre ou d’étude un peu plus conséquente sur l’histoire de Rouen. La narratrice (le bon mot ?) réclamait un ouvrage avec une approche moderne qui aurait couvert toutes les périodes souligné de l’incise : sans négliger les plus récentes. A cette demande, et comme pour conclure, elle ajoutait qu’il y avait beaucoup de livres anecdotiques sur Rouen mais d’histoire générale de la ville, rien… mis à part ce petit opuscule jaune.

Ça n’est pas tant la sollicitation qui a retenu mon attention, mais l’expression bâtarde d’un peu plus conséquente. Un puriste comme Léautaud eut fustigé de belle manière. A moins que ce ne soit ce petit opuscule jaune dont je me demande à quoi elle faisait allusion.

Curiosité, depuis, l’expression petit opuscule jaune ne me quitte pas. En bon lecteur, j’en rapproche le petit pan de mur jaune cher au Bergotte de Marcel Proust, tache d’un tableau détaillé à la faveur d’une exposition. Mais il y a un temps que j’ai lu la Recherche et encore plus que j’ai pu voir un Vermeer.

Souvent, de ramification en ramification, on trouve autre chose que ce que l’on cherchait. Ainsi s’achèvent nombre de romans à énigmes où l’auteur a emmené son lecteur sur autant de fausses pistes. Au dénouement, il ramène l’attention sur à un fait en apparence anodin, inaperçu au départ. Voilà la clé de l’énigme, celle qui désigne, pour finir, de façon limpide le meurtrier ou son mobile.

Ressort maintes fois utilisé par Agatha Christie : quelqu’un parle au milieu d’un groupe et en même temps, observe une scène qui se déroule en dehors de la conversation. Tout à coup le causeur (ou la causeuse) prononce une phrase anodine. Le lecteur passe outre ; la phrase fait partie de la causerie. Or elle se rapporte à une scène du dehors, laquelle régira le futur meurtre.

Va savoir, et si la dame bavardant derrière moi, jouait ce rôle ? Le petit opuscule jaune, comme signal ou comme indice ? Et si le jardin des sculptures du Musée des Beaux-arts, ce soir là, n’était que la scène du crime ? Un crime passé, à venir ? Et dans ce cas, qui sera le prochain sur la liste ? Oui, devant le Martyre de sainte Agnès (Joseph-Désiré Court, daté de 1864) qui dans l’assemblée va être assassiné ? Pourquoi ? Quelle sera l’arme du crime ?

Le revolver ? Trop bruyant. Le couteau ? Salissant. Le poison ? Eh, eh, pas si bête. D’autant qu’il y a, c’est l’occasion, cocktail… Mais alors, oui, bien sûr, l’assassin c’est…

A suivre.

3 Réponses à “CCLXXII.”


  • « Un peu plus conséquente » me fait penser à « l’opportunité » qui remplace aujourd’hui la toute bête « occasion » d’autrefois, ce qui faisait hurler de rage un de mes feu professeurs. Bon, vous la débutez demain, cette histoire de Rouen à travers le temps ? Et pourquoi avez-vous censuré la « petite perdrix », la trouveriez-vous trop fatigante ?

  • Si « l’histoire récente » de Rouen couvre les 20 ou 30 dernières années il n’y a vraiment pas de quoi en faire un livre, mais pas du tout.
    Du moins autre que celui qui s’écrit ici et que Louise ne semble pas voir se dessiner.

  • Ne cherchez plus… les éditions gisserot… histoire de rouen par Henri Decaens…
    Petit et jaune.
    et pas cher.

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