CCLXXI.

A l’Hôtel de la Queue du Cheval, on se félicite. Pas de l’Empereur saluant Jean Lecanuet en sa rue, mais des bons résultats venus des bibliothèques. Que nous dit-on ! Depuis trois ans, lesdites ont enregistré 16 % d’abonnés en plus. Imaginez l’inimaginable : 1526 personnes ont pris leur carte en 2010. Pas des cartes du parti socialiste, non, leur carte de lecteur. Ce qui fait – à vos calculettes – qu’il y a, là, au moment où je vous l’écris, 14 026 encartés dans le nébuleux Réseau Rn’ Bi.

Admirable, extraordinaire, inespéré. Voilà qui ne peut qu’inciter à continuer. Continuer quoi ? Rien. Ou plutôt persévérer à augmenter ce chiffre. Pas celui des prêts ou des acquisitions, cela qui n’intéresse personne, mais augmenter ceux de l’ordinateur. Ça c’est de la gestion, ça c’est de la performance. Du comptable. Du cohérent.

Allez-vous acheter tel roman ou tel essai ? Taratata, pas de ça ici, nous sommes en 2011, faut vous réveiller. La bibliothèque est faite pour qu’on vous enregistre, pas plus. Pour nous en convaincre, les Municipes promettent une prochaine soirée pour présenter aux enregistrés les futurs événements de l’implacable Réseau. Au programme, dans un neuf auditorium, on a convoqué un clarinettiste, un plasticien et un illustrateur. Un écrivain aussi ? Taratata, pas de ça ici, faut vous réveiller, etc.

Pour intéresser, pas de livres, de l’événementiel. Une bibliothèque doit être un lieu ouvert, convivial, solidaire. Du vivant, du mouvement, de l’aérien. Bref, du vent dans les branches, jonglages et acrobaties. Les vieilles étagères, ça fait cimetière. Tous ces volumes alignés, ces rayonnages silencieux, mortel ! Et puis trop de livres, trop de lignes, trop de mots. La lecture, désormais, c’est triste. Surtout en volume. Sur écran, passe pour une fois, mais n’y revenez pas trop.

Comme dans un célèbre roman de science-fiction, à la fin, on sera combien à lire ? Je veux dire, à lire vraiment. A lire des vieux livres. A savoir ce que ça représente et ce que ça veux dire. T’en prends un, tu l’ouvres, rien que les première lignes… Hale n’avait pas passé trois heures à Brighton qu’il savait que les autres avaient décidé de le tuer… On continue ? Non, on nous regarde.

Les bibliothèques rouennaises sont de solides béquilles pour le chroniqueur en mal d’inspiration. Si je sèche, du genre que vais-je raconter aujourd’hui, clic-clac, la lumière s’allume, les bibliothèques. Mairie ou pas, je trouve toujours à en dire du mal et m’en lamenter.

Voulez-vous mon fond de pensée ? A l’Hôtel de la Queue du Cheval, le conseil municipal s’interroge : comment embêter Félix Phellion ? On réfléchit. Vanter les bibliothèques, dit l’un. Continuer les 24 heures, dit l’autre. Un troisième : en remettre une couche sur l’Impressionniste ! D’autres, au fond : le square de la Cour d’Albane ! Derrière : celui de la Porte Guillaume Lion ! Tous : la zone d’échange rue des Bons-Enfants ! L’allée Eugène-Delacroix ! Le jardin Aimé-Césaire ! Alors, Guy Pessiot, intervenant avec fermeté : Arrêtez, vous allez nous le tuer !

3 Réponses à “CCLXXI.”


Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......