CCLXX.

Avant que tout disparaisse, et que rien ne subsiste, ne se souvenir que de ceci : à la Maison du Bonheur, rue Saint Lô, il existait en vitrine un grand panier cylindrique qu’on faisait mouvoir de l’extérieur en appuyant sur un bouton. La grille tournait et en sortait une boule marquée d’un chiffre, lequel vous permettait de choisir le billet de Loterie nationale. Un peu plus loin, retentissait ce cri : Tirage ce soir ! Ah, il fallait se presser et n’en pas perdre une miette de cette chance en devenir, car le lendemain…

Jouez-vous au Loto ? Moi pas. Je regarde, assez rassis, les chiffres s’afficher sur l’écran de télévision. N’empêche, je comprends l’intérêt. Par les temps qui courent, un, trois ou huit millions… des fois que tous ces numéros se mettraient dans l’ordre. Six ou treize, vingt-deux ou quarante. Salut les amis, dit le gentil présentateur. Oui, c’est ça gamin, à demain.

Rue Saint Lô, il n’y a plus de Maison du Bonheur. Dommage, pour une fois qu’un magasin en proposait. Il n’y a plus que des marchands de fringues, de godasses et des agences immobilières. Des travaux et des poubelles qui débordent. Aussi des vendeurs de chocolat, reconnaissons-le. Suisses, Belges ou Français. Artisan ou industriel. Au supermarket, on solde en rayon ballotin sur ballotin. La date de péremption étant proche, bien obligé de se presser, sinon je tomberais malade…

Aimez-vous les Mon Chéri ? Je n’y résiste pas. Ce qu’il y a de bien avec eux, c’est qu’il faut en manger beaucoup pour avoir la plénitude d’une saveur. Peu de chocolat, beaucoup de lait, un alcool indistinct, une cerise inexistante. Vrai, c’est immangeable. Du sucre à l’état concentré dans de l’eau de Cologne à la griotte, le tout éventé depuis belle lurette. Oui, mais c’est irremplaçable. Ce qu’il faut, c’est arrêter au moment de l’écœurement. Comme pour les Americanos, quand le Campari reflue.

Et puis il y a l’objet Mon Chéri, petit cube à dôme arrondi. Ce premier papier cristal qu’il faut déplier avec soin ; un second, argenté et fragile, et hop, avalé. Mais voici le meilleur : le bruit du papier cristal qu’on froisse, mélangé à l’argenté, les doigts poisseux, la petite boule que cela fait. Et l’on recommence. Tant qu’il en reste dans la boite.

J’ai eu une bonne amie qui raffolait des boules à la crème. Pour elle, la naissance du Sauveur s’achevait en d’imparables crises de foie. Une autre, c’était les marrons glacés. Ou les immondes pralines roses, vertes, jaunes, blanches. On pourrait classer toutes nos amours par les préférences confiseuses : Brigitte les loukoums, Jacqueline les caramels, Yolande les truffes, Marcelle les pâtes de fruits, Claudine les mendiants… Ça ne laisserait que des bons souvenirs. La dégustation et son moment de grâce. D’où la gourmandise considérée comme un péché.

L’hiver ne me vaut rien. Je regarde la télévision et me bourre de chocolats. J’en arrive même à écrire des chroniques en double. Je ferais mieux de lire Robert Musil et de manger des pamplemousses. Dessus, je mettrais du sucre ou plutôt de l’Aspartam.

2 Réponses à “CCLXX.”


  • Ne vous souciez pas de Perdrial qui plane au-dessus de nous comme un correcteur impitoyable, lui-même pratique en quelque sorte un style répétitif et a même sacrifié à un compte facebook.

    Et essayez le kiwi dont on dit qu’il contient 7 fois plus de vitamines que le citron.

  • Vous n’êtes pas chasseur, au moins ? Sinon gare aux perdrix.
    Je vous enverrai des chocolats russes, ceux avec l’image d’un ours blanc ou d’un ours brun (les saveurs sont différentes), mais il faudra patienter jusqu’à l’été.

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