CCLXIX.

Qui se souvient de la romancière Florence Asie ? Personne. Pas plus dans les librairies que dans les bibliothèques. Encore moins à la médiathèque Simone de Beauvoir, personnage auquel cependant elle devait tout ou partie sa carrière.

Expliquons : les hasards de la carrière professionnelle du mari, inspecteur central des Postes, l’amène vers 1959 à Rouen, du côté d’un cimetière. Elle travaille dans l’administration, mais s’ennuie. Du moins juge le monde sans aménité. Sa passion de la lecture et de l’écriture la conduit à autre chose. Notamment à entretenir une correspondance avec le trop fameux Castor.

Pour attirer l’attention, elle usa d’un subterfuge. Sa première lettre commençait par : Madame, vos livres sont abominables… La vedette au turban marqua, on s’en doute, un temps d’arrêt … oui, abominables, car trop lourds à porter pour une malade. Saluons l’habilité sans toutefois la recommander. Florence Asie n’avait d’autre maladie que celle de vouloir réussir. Peu de médecins y trouvent à redire. Et de Beauvoir aimant la flatterie… Vrai aussi que notre quémandeuse, auteur de la rue Raoul Fortin, n’écrivait pas trop mal. Comme on dit : ça se tenait.

De manuscrits en manuscrits, les éditions Gallimard publièrent en 1966 un premier roman Fascination. Suivront Griserie (67), L’amour c’est quoi ? (68), Le rendez-vous mystique (73) et Une sacré bonne femme (75). Ces courts romans rencontrèrent l’estime de la critique sans toutefois jamais dépasser cette seule considération. Ici, bien sûr, son succès fut porté à bout de bras. Pour une fois qu’on en attrapait une, de romancière, pensez…

Au-delà d’un style collection blanche, la renommée devait tout (ou presque) au choix du pseudonyme. Florence Asie, ça claque, c’est choc et chic. Et pourtant Dieu sait si le mari portait un nom illustre ! Pour parfaire, de Florence et de l’Asie, elle s’affublait de l’essentiel, se grimant en boite à thé, soie de cousins brodés et bruleuse d’encens. Attendez, ne riez pas, en 65, ça passait. Très bien même.

Au-delà du portrait trop facile et un brin condescendant, je signale que Florence Asie, oui, fut l’une des premières à signer le manifeste dit des 343 salopes, publié par Le Nouvel Observateur, pour la libéralisation de l’avortement. C’était en avril 1971. Ça ne se dit plus.

Qui des deux, Gaston Gallimard ou Simone de Beauvoir, se lassa le premier ? Le plus caissier des deux, probable. Votre amie, c’est gentil, mais ça ne se vend pas. A quoi on pouvait répondre qu’elle n’était pas la seule. Sans aller plus loi, l’auteur de ces lignes… Mais bon.

Un écrivain qui n’est plus (ou pas) publié est oublié. Un écrivain oublié n’est pas (ou plus) publié. N’intéressant plus, Florence Asie resta chez elle et, notez-le, ne s’accrocha pas. Mourut de sa belle mort. Quai des livres, dans des cartons à pas cher, j’ai aperçu L’amour c’est quoi ? Ci-gît, In memoriam, la fosse commune de la surproduction et du désintérêt. Les trois, un euro, profitez-en disait la bénévole. Sans doute, mais pour Florence Asie, comment compléter le trio ? Ah, chère madame, laissons les morts enterrer les morts

4 Réponses à “CCLXIX.”


  • michel perdrial

    Monsieur Phellion, je ne voudrais pas vous inquiéter outre mesure mais vous avez déjà raconté ça, peu ou prou, le onze septembre deux mille huit au chapitre LXI.
    Bien cordialement.

  • « Un écrivain qui n’est plus (ou pas) publié est oublié. Un écrivain oublié n’est pas (ou plus) publié ».

    Il y a des exceptions, comme Lautréamont.

  • Par devoir de mémoire, je souhaiterais publier deux recueils sur ces deux romancières Florence Asie et Annie Guilbert injustement oubliées et Trois autres sur les peintres: Léonard Bordes (Paris 1896-Rouen 1969) – Tony FRITZ – VILARS (Paris 1910 – Rouen 1986)déjà publié mais refondu, Anita TULLIO de Paris entre-autres. Et les poètes J.P. DUPREY (Rouen 1930 – Paris 1959) et Raymond CANAL (Alger 1916 – Rouen 1992)Le tout en « Florilège des émotions plastiques » ou chaque artiste séparément. Faire offre sur mon site. Merci
    pour l’attention prise sur ce court commentaire Claude OZANNE

  • Devoir de mémoire oblige! Faut-il le répéter? Je veux publier un « Florilège des émotions plastiques » qui peut comprendre les deux romancières oubliées: Florence Asie et Annie Guilbert et son ami Roger Bésus qu’elle me fit connaître, après avoir rencontré le poète J.P.Duprey dans la maison des Essards,près de Rouen où elle est décédée et vue pour la dernière fois. Bésus me parla de jacques Prevel (qui accompagna Artaud jusqu’à sa mort)et de « Raca le cygne » qui m’écrivit après avoir lu « Incidences » à mon atelier de Rouen.Ce qui donne une correspondance et un texte inédit sur son indéniable talent après celui de Duprey vu par T.F.V. en 1946 à son atelier ST Eloi.Faits relatés dans mon « Privilège des émotions plastiques » en recherche d’éditeur. Si vous avez une piste ? Merci

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