CCLXVII.

De temps à autre, je rencontre mon ami et ancien associé François Tonsard. Tous deux architectes en agence, du temps où nous en voulions (façon de dire), et du temps où nous n’en n’avons pas eu. Mais qu’y avait-il à vouloir ? Lui a fait carrière, moi seul en ai le remords.

Une chose, chez lui, m’exaspérait : sa passion du catch. Chaque semaine, il assistait, au Cirque municipal, aux victoires de L’Ange blanc. Y préférant L’Ange bleu au Studio 34, je n’avais aucun mal à marquer la différence. Cinéphile contre catchophile ? Aujourd’hui, les points sont pour lui.

Car le cinéma est partout (donc nulle part) et le catch est à la télévision. Il y bat (paraît-il) des records d’audience. François Tonsard me dit que ce n’est pas du catch, c’est du catch américain. La nuance m’échappe. Aussi pourrais-je répondre que ce n’est plus du cinéma, c’est du cinéma américain. Tonsard me donnerait-il tort ? Et Lino Ventura, pareil. Ce dernier débuta sa vie professionnelle dans le double Nelson avant d’entamer la carrière que l’on sait. Mon ami me soutient qu’il vit le premier en vedette au Cirque au début des années Cinquante.

La télévision des couches-tard a diffusé l’autre soir Adieu poulet de Pierre Granier-Deferre, film tourné dans notre belle cité durant l’été 1975. Lino Ventura et Patrick Dewaere y enquêtent dans un tas d’endroits, mutatis mutandis, reconnaissables. Pellicule de patrimoine, le film ressemble à Rouen : on s’y ennuie un peu, mais c’est regardable.

On se souviendra qu’une fois le Cirque démoli (fin 1973), le catch trouva refuge place Saint-Marc, à la salle Lionel-Terray. Elle-même démolie en je ne sais quelle année… Si François Tonsard a délaissé le catch, j’ai délaissé le cinéma. Ou plutôt : le catch a délaissé l’un, le cinéma l’autre. Sinon pour dauber sur l’actuelle Municipalité, je m’intéresse peu ou mal aux démêlés du Melville, de l’Omnia et de la cinéphilie locale.

De fait, qu’en est-il de cette passion du cinéma qui animait les gens de mon âge ? L’autre jour, un débat à la radio, laissait libre cours aux doléances des sieurs Claude-Jean Philippe, Patrick Brion et René Bonnell. Qui va au cinéma par amour ? Et où ? Quant à la mémoire, elle commence (dixit les intervenants) à Martin Scorcese. La contemporaine cinéphilie n’est plus qu’un cursus pour universitaires paresseux. Dans leurs séminaires attendus, ils instruisent Camille et Jonathan à la théorie, guère à sa pratique. Aller au cinéma, il faut que ça serve. Ne serait-ce qu’à maintenir l’esprit de sérieux.

Sachant que les bons films remplacent les meilleurs cours, engageons Camille et Jonathan à s’installer devant l’écran. Et d’y contempler tout ce qui pourra les distraire autant que les instruire. Pour le reste, qu’ils se débrouillent.

Voilà pourquoi les vieux messieurs, n’allant plus au cinéma ni au catch, restent chez eux à maugréer. Comme le dit un vieux philosophe : Certes, il ne faut pas tomber dans la nostalgie, mais reconnaissons que ce monde fatigué nous y porte. Si nos lecteurs retrouvent l’auteur, qu’ils nous écrivent. Ils ont gagné.

2 Réponses à “CCLXVII.”


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