CCLXVI.

Au hasard des pérégrinations urbaines, je ne puis m’empêcher de lire les petits billets déposés ça et là, à la vitrine de la boulangerie, scotché à la porte de l’immeuble, collé sur le mur d’en face ou post-ité au carrefour. Ce ne sont qu’annonces de chats égarés, propositions de baby-sitting, ordinateurs portables volés, heures de ménage, repassage, tontes de haies, travaux de peinture… Pourquoi ces appels me serrent-ils le cœur ? Passe des chats perdus avec ou sans collier telle Ficelle, égarée le samedi 11 décembre, vaccinée, stérilisée, tigrée foncée, pattes-arrières blanches, craintive et affectueuse… annonce agrémentée d’une photo couleur et d’un numéro de téléphone. Là, je ne diffère en rien de Paul Léautaud pour qui la dérive de ces petits êtres était celle du malheur sans concession et sans équivalence.

Mais le reste ? Le baby-sitting, l’ordinateur, l’heure de ménage ? Comme dit la publicité : Je ne sais pas, c’est peut-être la couleur… Sensiblerie de vieillard ? Reste que parfois, et souvent, l’humour s’en mêle. Ainsi d’un autre chat, Caliban, noir à l’évidence, ayant filé par la porte cochère, et qu’on ne retrouve pas ou plus. Un malin a griffonné en marge de l’annonce : Je ne suis pas égaré, j’ai quitté volontairement la maison, j’en ai marre.

Ou encore de cet étudiant cherchant à garder des enfants à domicile, soir et dimanche de Noël, précisant en caractères hauts et fiers : étudiant à la Rouen Business School. Sans doute, mais imaginons la tête des bambins ! Plus, hier, au sortir d’un market (le Franprix de la rue Orbe) cet appel aux fins de retrouver un sac contenant un ordinateur portable et une biographie d’Adolphe Sax. L’étudiante (car c’en était une) précisait : l’ordinateur contient mon Master.

Le voleur (car c’en était un) n’en revenait pas ! Déjà un ordi portable, mais une biographie d’Adolphe Sax ! Renversant. Il revendit le premier à un autre voleur de Bagdad et se plongea dans la seconde. En 800 pages (disons 400) la vie et les amours de l’inventeur d’instruments, l’homme avec qui ce cuivre devint un bois. Sabu vit s’ouvrir à lui un monde insoupçonné et pour tout dire incompréhensible. Pourquoi continuer voleur ? Plutôt devenir saxophoniste. Un Jean Genet avec davantage de souffle.

Rue Orbe, connaissez-vous Franprix ? Revenant de la clinique Saint-Hilaire, j’y entre au hasard. Lieu désert, silencieux, frigorifique. On reste respectueux devant le beau rangement de ces choses si tentantes ! Personne dans les travées (pas un chat) et une grave caissière orientale. Ah, voici mes Figolu !

Oui, où vont-ils tous ces chats égarés ? Ceux sans abri, sans papier, sans domicile fixe… Et où vont les chats voleurs ? Tiennent-ils à ce qu’on les retrouve ? D’une manière générale, ils en savent plus que nous. Et plus, assurance prouvée, que les étudiants de Rouen Business School. Rentré chez lui, le premier larron (celui de droite) a-t-il déverrouillé le portable de la saxophoniste ?

Chats perdus, Master itou, que vous dire ? Ainsi va le monde. Quant à Jean Genet, alors là…

1 Réponse à “CCLXVI.”


  • Mais ce que nous ne devons surtout pas perdre, c’est l’adresse de votre blog !

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......