CCLXIV.

Éva Molineux, rouennaise essayant de l’être davantage, veut à tous prix me persuader qu’il existait, rue de la Savonnerie, un bar à l’enseigne du Modern’ Bar. Aucun souvenir de ça. Ladite rue n’est pourtant pas grande. Souvenir des Ducs, oui, lequel faisait référence à un bar d’avant-guerre, celui-là dit Les Princes. Ce dernier à retrouver dans les chroniques du temps. Au fils de cette mémoire, la conversation roule sur les rues de la Savonnerie et Saint-Étienne des Tonneliers. Lesquelles seraient devenues des axes très gais. Très joyeux. Le savon, je veux bien, en référence à ce qu’on nommait autrefois des affaires de garçons de bains. Mais Saint Étienne ?

De là à aller vérifier… On ne prête qu’aux riches : ça n’est pas si drôle ce quartier. Il est même par endroit sinistre. C’est de la Reconstruction qui vieillit. Et mal. Affaire de tonneaux sans doute. Bien sûr, on n’est pas aveugle. Même nos vieux chroniqueurs auraient des difficultés à y retrouver les figures de Gigi, Cora ou la Torpille. Ou une Cora d’un genre particulier. De celles que l’on fait maintenant et que l’on aperçoit, le soir, boulevard des Belges ou place Cauchoise.

Moi, je lis ça dans les journaux. Pensez, j’ai passé l’âge d’être un Rouennais, âgé de 79 ans, propriétaire d’une Ford Fiesta, embarqué en compagnie d’un Péruvien siliconé, rue Brisout de Barneville, et auditionné avant d’être relâché. Tout de même ! De fait, j’y songe, il méritait mieux ce Nicolas Denis François Brisout de Barneville, né en 1749, mort en 1842 (j’en sais des choses, hein !), paraît-il industriel et inventeur (lui ou un autre) d’un métier à filer le coton. A filer un mauvais coton, oui, puisque maintenant, tout le monde (ou presque) se retrouve au poste. Et sous ses auspices industrieux.

Comme dit la chanson File la laine, filent les jours… Jacques Douai, on s’en souvient, chantait ça. Un brave garçon, lui aussi. Un qui n’aurait pas donné dans le travesti péruvien. A moins que je ne me trompe. Vous me direz, à l’époque… Et vous auriez raison. Enfin, ça n’empêche personne de se retrouver menottes aux poignets, assisté ou pas.

De nos jours, il y a de bonnes raisons d’être suspect. Il fut un temps, fort court, où je fus correspondant de presse (ne cherchez pas, ce n’était pas à Rouen). On allait relever les mains courantes. Vrai, on ne se foulait pas le poignet à écrire. C’était il y a longtemps. Du temps des chroniqueurs ou presque. Temps où les Cora sortaient au petit matin et s’en allaient prendre un café crème. Si possible avec des croissants, au bar du coin. Pas au Modern’ qui n’a jamais existé que dans la mémoire d’Eva.

Aujourd’hui où vont les Nigérianes, les Géorgiennes, les Péruviens ? Qui le sait ? Allez faire un tour au poste, et vous verrez. Ah, maintenant, le romantisme, c’est plus difficile. Surtout avenue de Bretagne. Comme dit la chanson : Garde ma peine et mon amour, Livre d’images des rêves lourds, Ouvre la page à l’éternel retour… Mouais.

2 Réponses à “CCLXIV.”


  • Ah, y a des trucs qui m’échappent, mais c’est normal quand on est en exil…Et le café de la rue Percière, il s’appelait comment ?
    Vous séchez ?

  • perliculteur

    Le Modern’Bar a bien existé ! Il était situé 27, rue de la Savonnerie.

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