CCLXIII.

A peine ai-je écrit que cette ville portait malheur (chronique récente) et qu’il fallait la quitter pour y survivre, qu’on nous annonce le proche départ de Laurent Salomé, directeur du musée des Beaux-arts, de Benoit André, directeur d’Automne en Normandie, et accessoirement de la fin programmée du Festival du film nordique. Je n’ose voir dans ces nouvelles, la prise en compte par les intéressés de mon désenchantement. Mais sait-on jamais ?

Quoiqu’il en soit, les membres de l’orchestre quittent la scène. Certes ils seront remplacés, n’empêche : Rude journée pour la Reine. Ne vont bientôt plus rester ici que la directrice des bibliothèques, le directeur des 24 heures Motonautiques et la dame au caniche. Avouez que pour la décennie qui vient… Et imaginons que Laure Leforestier soit élue conseillère générale sur le canton de Bacqueville en Caux ! La verra-t-on reléguée dans le vieux château de Tocqueville, berceau de sa famille depuis – dites-donc – 1625 ! J’en frémis !

Par bonheur, nous avons encore autant de culturels que de politiques (interchangeables) scellés ici comme de vieux anneaux dans les remparts. N’en dressons pas la liste, ils se reconnaitront et s’en féliciteront. Eux ne désertent pas. Même horsains, ils restent Rouennais. Sans chercher loin, tenez, tel ou tel écuyers à blason d’or bien connus dans la paroisse, ceux-là ne quittent le château par la poterne. Non, en armure, épée à la main, ils sont là, ils combattent ! Et quitte à périr, ils le font avec grandeur et tragique : Sonnez, la cloche d’alarme ! Souffle, vent ! Accourez les désastres, que du moins je périsse le harnais sur le dos !… (William Shakespeare, La Tragédie du roi Macbeth, acte V, scène V, traduction de Maurice Maeterlinck.)

Rassurez-vous beaux messieurs, nobles dames, et vous gentil public, cela n’arrivera pas, ceci n’est qu’une comédie, une farce, un songe, et comme il est dit dans une autre du même : Nous tacherons de vous plaire tous les jours. (Fanfares, étendards, ils sortent.)

Il est un âge, indiscernable, où il faut avoir la bonne clé pour la bonne serrure. On a souvent l’une et pas l’autre. Un jour, un soir, un matin, sur une courte période, on a les deux. Ça n’est pas souvent. Une question de doigté, d’aplomb parfois, de chance aussi. Ça se passe toujours dans l’inspiration et l’improvisation. Jamais dans la certitude ni la volonté. Ceux qui calculent trop passent à côté. En théologie, on nomme ça la grâce.

Notez qu’on peut aussi être sans mérite. Exister sans briller. Jouer avec les cartes qu’on a. Se satisfaire de l’orgueil des humbles. Vivre caché, presque heureux d’être ignoré ou méconnu. Beaucoup d’humilité et beaucoup de volupté. La force mise à ne pas réussir. L’ennui c’est qu’on confond souvent cette posture avec celle de la médiocrité. L’Histoire dit souvent la même chose.

Enfin, c’est Noël. Souhaitons-nous d’être en paix. Avec nous-mêmes et avec les autres. Dans le respect des différences, que seul le cœur des hommes parle dans la nuit étoilée… Dites, c’est t‘y pas mieux quand oncle Félix vous écrit ça ?

3 Réponses à “CCLXIII.”


  • Cher Félix,

    Point de château à Tocqueville, une simple ferme et des histoires de famille à la Maupassant.
    Je pense que le départ de Benoît André sonne à terme la fin d’Automne en Normandie… Dame ! En ces périodes de vaches maigres pour les collectivités et de rêve de grandeur architecturale sur les quais, il faudra bien « redéployer » les crédits comme ils disent… On verra bien si je me trompe, rendez-vous en 2012.
    Je vous souhaite de douces fêtes de Noël

  • Michel Perdrial

    Même le caniche de la dame au caniche n’est plus là. Il est mort, il y a un certain temps. Quant à elle, je ne sais si elle va être mutée un jour.

  • Bon Noël Monsieur Félix et à bientôt !

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