CCLXI.

Tout en légèreté, la presse locale m’informe que Laure Leforestier fut naguère, du temps de l’ancienne municipalité, adjointe à la culture. Peu après, l’actuelle adjointe à la culture (Laurence Tison ?) revendique que le succès de Normandie Impressionniste a propulsé la ville au calendrier des tour-operators. Pour l’une et l’autre, les optimistes concluront à l’erreur factuelle. A tort.

Lorsque j’étais jeune, tout était social. Puis tout devint politique. Ensuite tout fut culturel. Aujourd’hui tout est touristique. Le constater nous enveloppe d’un nimbe aussi cotonneux. Mais solide. Oui, sur quoi marcher de solide ? Ici ou là que de chausses-trapes !

Ma diatribe désabusée sur les services municipaux de propreté m’a valu un succès d’estime. Et des remontrances. C’est malheureux de ne pas vouloir être gentil (je parle pour moi). D’être toujours acariâtre, atrabilaire, coléreux. D’en vouloir à la terre entière. Alors que c’est si simple de nous parler du Rouen d’autrefois, de ses rues, ses boutiques, ses personnages. Avec une écriture fluide, une pointe de nostalgie, et en bousculant les arceaux de la mémoire. Tu sais si bien le faire ! C’est agréable, instructif et comme on dit : ça mange pas de pain.

Oui, mais il y a le contingent. Les jours. Et pour moi ça presse. Simple exemple, l’autre samedi, me voici à la Fédération nationale d’achats des cadres. Qu’y faire ? Dépenser des chèques-cadeaux dûment estampillés. Pourquoi m’en priver ? Inutile de vous dire qu’au jour dit, c’est L’Enfer (titre d’un vieux roman). Si une fulgurance devait me ramener à la religion, ce serait les caisses de ladite grande surface les veilles de Noël. Tous ces impétrants, cédéroms en main, attendant leur tour… Ah, certes, rien du Paradis (titre d’un autre).

Quelle tristesse que ma fin de vie ! Dans cette file d’attente, alors que je pourrais être, comme autrefois, chez Van Moé ou chez Lepouzé à feuilleter le dernier Jean de La Varende ou l’ultime Jehan Le Povremoyne ! (Note de la rédaction : on va te croire !)

A l’extrême rigueur, je pourrais rendre visite au sire de Montchalin, libre et sans tickets-restaurants, en quête d’Amélie Nothomb… La Sorcière au Chapeau, ce serait aussi une punition, mais préférable aux Royaume du Malin. D’où Le Purgatoire (encore un).

Donc c’est Noël, fête culturelle et touristique. Voici venu le temps où l’Occident s’empiffre (citation). On se bouscule à la crèche, on s’énerve, on s’agresse… Résultat, le commerce du prétendu Marché de Noël en pâtit (enfin, pas trop). Voulez-vous monter dans la grande petite roue ? C’est trois euros. La chose me tentait. Je pensais voir la cathédrale comme vous ne l’avez jamais vue… Il semble, qu’en fait, on y découvre surtout le chantier du futur l’Espace-Monet. Vous me direz, pour le touriste, voilà qui lie patrimoine, culture, immobilier, et – accessoire – vertige de la vie.

L’autre jour, dans la file : Maman, pourquoi le monsieur, y prend notre tour ? J’ai mis un temps à supposer qu’on parlait de moi. Réponse de la mère : qu’est-ce que tu veux que j’ te dise ? Rien évidemment.

5 Réponses à “CCLXI.”


  • Oui c’est agaçant cette confusion entre culture et tourisme. Tout est touristique aujourd’hui parce que tout est devenu marchand. Et on construit les politiques culturelles d’abord à l’aune du développement touristique. C’est triste et cela nous réduit à la seule chose que l’on attend de nous : être des consommateurs à crédit et en stéréo.
    Sinon, je suis du côté de ceux qui aiment votre causticité, continuez je vous en prie, à distiller sur notre Matmut city votre prose acerbe.

  • Matmut city ou Veolialand ?

  • Je trouve que Rouen suffit, tout le monde comprend.

  • « Lorsque j’étais jeune, tout était social. Puis tout devint politique. Ensuite tout fut culturel… »

    « tout est politique » = un des slogans de mai 1968. Vous n’étiez déjà plus jeune en mai 1968 ??

    En tout cas certes, vous vous montrez un peu « schtroumpf grincheux », regardant quasi quotidiennement la moitié vide de votre verre plutôt que sa moitié encore pleine, avec un dépit moqueur ou désabusé

    Mais grande jeunesse de plume !

    çà nous fait du bien ; = choeur de vos lecteurs vous souhaitant en chantant à l’unisson un – quand même – joyeux Noël, malgré le purgatoire (vraiment inévitable ? vous en êtes sûr ?) des courses préalables dans les grands magasins

  • Monsieur Félix, voulez-vous que je vous en prête, des Jean de La Varende ? Je les ai tous !

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