CCLIX.

Aimez-vous les soldeurs chinois ? Pas toujours soldeurs, ni chinois, ils occupent la place des bazars d’autrefois. Mais aujourd’hui, plus de bazars (encore que ce soit le bazar partout). Ce qu’on aime chez les soldeurs, c’est qu’on y trouve tout. Comme jadis (il y a longtemps) d’un magasin à l’enseigne « De tout, un peu » (où était-ce ?)

Connaissez-vous, rue Alsace-Lorraine, Le Panda ? Un autre, avenue de Caen. Ou un aussi route de Darnétal ? On ne s’ennuie pas dans une solderie. On a envie de tout et on n’achète rien. On a envie de rien et on y achète tout. Ce que Carabine appelle des ratière-poussière (pour attire-poussière). La solderie, ultime image de la surproduction et de la mondialisation ? Oui, y compris le charme indéfini du mauvais goût. Lequel n’est pas pour rien dans le plaisir qu’on prend à les hanter.

Donc, on solde. Un peu partout et un peu pour tout. Commerce et idées, choses et gens. Naguère, Pierre Garcette (les jeunes : c’est qui ?) le répétait à l’envie, cette ville porte la poisse. Il faut quitter Rouen. Ce que ni lui ni moi n’avons fait. Jérôme, neveu favori, lui oui. A choisir entre l’Irlande et le Canada, il enseigne à présent le français à l’université du Manitoba. Quand je lui ai dit, c’est pour ça que tu ne réponds plus, il n’a pas compris. Moi j’aurais préféré le Connemara. Mais bon.

Que faire à Winnipeg ? Rien. Lire Hergé ? Jérôme n’est ni grand ou gros lecteur. Il date de l’époque des solderies, lieux où l’on trouve peu de livres, même chinois. Plutôt des contrefaçons de dvd et de la plus mauvaise facture.

Revenons à Pierre Garcette, qui écrivit un gros roman, plus ou moins l’histoire de sa vie. Il attendait beaucoup de son édition. Laquelle ne vint jamais. A la lecture, ça n’était pas très bon. A l’édition, ça n’aurait pas été mieux. Pour vous en convaincre, lisez Guère épais, récit policier édité avec complaisance il y a une dizaine d’années. J’imagine la chose introuvable. A moins d’un bouquiniste soldeur ?

Rouen, ville maudite ? Un peu à la manière des westerns d’autrefois, quand le sheriff menace : Ne t’attardes pas ici, étranger. Alors qu’à l’évidence, l’étranger est là pour s’attarder et démasquer celui qui, voleur des chevaux, a incendié la ferme d’une valeureuse famille de pionniers. Pour deux euros, en version française, James Stewart console de bien des choses.

Oui, Rouen ressemble à Laramie, Wyoming. Mêmes lâchetés et mêmes suffisances. Surtout lorsqu’on est du cru. D’abord le sheriff, puis le patron du saloon, le juge… même le conducteur de la diligence ou celui qui se sert du télégraphe. Ouais, tous des nazes. Dans le lot, un seul à sauver, celui qui écrit dans The Laramie Chronicle, directeur et imprimeur du journal, oui, le binoclard qui au début n’en menait pas large, mais qui se rebiffe à la fin et écrit l’éditorial qui met tout le monde dans le bain. Ça oui, lui et James Stewart, c’est des mecs bien.

5 Réponses à “CCLIX.”


  • OK d’accord, mais René T. ? Vous ne savez pas ou vous ne voulez pas vous en souvenir ? C’est vraiment dommage, tant pis !

  • (pour Louise) René Trintzius (1898-1953) est un écrivain rouennais Son père Pierre Trintzius était je crois architecte à Rouen. Avec d’autres copains-écrivains, René Trintzius fonde en 1929 un «groupe littéraire» baptisé «Rouen 30 et la suite…», qui changeait de numéro tous les ans (-> s’est appelé successivement Rouen 31 et la suite…Rouen 32 et la suite…, etc). Ce n’était pas une association déclarée ; plutôt un «restaurant littéraire», comme il y avait des cafés littéraires. Ces jeunes avaient tous publié (en général des romans), avaient en général de l’humour, se réunissaient de temps à autre au restaurant et s’encourageaient mutuellement : René Blech, Pierre-René Wolf (futur directeur après guerre de Paris-Normandie), Pierre Nebout, Amédée Valentin André Renaudin…
    Trintzius a écrit «la rose des vents», «Soleil du Père», «Deutscland» (édité à la NRF)… Etait aussi journaliste à la Dépêche ; s’intéressait à la peinture (ex à l’oeuvre de Le Trividic. Le peintre Pierre Hodé de son côté a fait des décors pour les pièces de théâtre de Trintzius
    Puis la guerre a créé des ruptures irréversibles : Trintzius a collaboré, Blech a fait de la résistance, Wolf s’est caché avec sa famille pour fuir la législation antisémite, etc
    De toutes façons, après le cataclysme humain qu’a été cette guerre, cela paraissait désormais à beaucoup incongru voire surréaliste de continuer à publier des romans de fine psychologie impressionniste

  • Je confirme qu’ »un » Trintzius était architecte. Mais lequel ? On lui doit notamment l’ancienne Bourse du Travail. Mais est-ce bien Pierre ? Mes notes mentionnent A. Trintzius.

    http://www.ptit-pat-rouennais.fr
    Fiches géographiques ° Chemin faisant

    [88. 18/03/2009 : Haute et Basse Vieille Tour
    La tour édifiée vers 970 par le petit fils de Rollon, Richard 1er, et démolie en 1204, a donné son nom aux places des Haute et Basse Vieille Tour. En 1256, St Louis décide la construction de halles à l’emplacement de la tour. Au début du 20e siècle, la place de la Haute Vieille Tour était un quadrilatère fermé sur trois côtés par les bâtiments des halles, le quatrième étant occupé par de vieilles maisons et par la Bourse du Travail. Edifiée en 1903 par l’architecte Trintzius influencé par l’Art Nouveau, elle était décorée de fresques de Paul Baudouin. On accédait à la place par un passage sous la Fierte St Romain et la rue de l’Epicerie. Depuis le 13e siècle, un marché s’y tenait déjà, et six siècles plus tard, on y vendait "Fruits, légumes, volailles, friperies, arbustes...". Chaque bâtiment avait une utilisation spécifique, halles aux Toiles au sud, aux Grains à l’est et aux Draps au nord. Les utilisations évoluèrent ensuite en fonction des besoins et des évènements avec une connotation guerrière marquée. Caserne, arsenal, camp de prisonniers seront les affectations, mais aussi entrepôt pour les décors du Théâtre des Arts, bureaux, et occupation par l’Ecole des Beaux Arts.

    Histoire de châsse et fayences ... ]

  • Mille mercis à Sessyl pour sa réponse !

  • Chers Louise, Sessyl,Daniel et Felix à l’origine de cet échange à retardement,

    Certains d’entre vous en savent (ou veulent en savoir) plus que d’autres sur Trintzius père et fils. Comme fils de René, je pourrais vous apporter quelques précisions : né en 19146, je n’ai pas connu mon grand-père prénommé Louis (et non …) et à peine mon père. Ca commence mal, direz-vous. Et pourtant… Deux sources alimentent ma curiosité. D’abord celle de la « tradition familiale et amicale » car mon père avait de vrais amis dont un autre Normand oublié, grand résistant, ancien député et maire de Dieppe : Lucien Galimand.Il fut mon parrain et d’un précieux secours d’abord en 1953 au décès de mon père, puis en 1964 quand mon frère et moi perdîmes notre mère. Lui-même passionné de littérature nous aida ,entre autres,à retrouver non seulement les livres de René Trintzius que nous n’avions pas tous en notre possession, mais aussi une
    part de sa personnalité. J’aborde juste un point évoqué par Sessyl:oui René Trintzius a continué son activité au Journal de Rouen pendant l’occupation : sa rubrique de critique artistique et théâtrale n’est entachée d’aucune infamie, il n’y a là,comme dans l’ensemble de ses textes, aucune pensée xénophobe ou antisémite. Il avait contribué à défendre Albert Cohen et la débutante Irène Némirovsky tout comme il avait entrevu avec sympathie le bouillonnement moderniste de l’Allemagne de Weimar (voir son roman Deutschland écrit après deux séjours outre- Rhin en 1928 et 1929) Ce livre fut interdit par la censure de l’occupant. Autre précision : les éditions Phebus ont réédité Deutschland en 1995… Le livre avait , à sa parution, été attaqué par l’Action française
    comme inspiré et financé (!) par la politique pacifiste de Briand !
    J’abrège,mais je crois qu’une des motivations essentielles de René T. était effectivement le pacifisme dans la « mouvance » de la revue Europe… Que de complexité, n’est-ce pas ?
    Quant à Louis Trintzius, comme architecte de la ville de Rouen et directeur des services techniques il consacra son activité à des bâtiments à fonction publique ou sociale (écoles, bourse du travail …)et à l’amélioration de l’hygiène (nouveau système de ramassage de poubelles, incinération et chauffage urbain ..). Cette figure un peu austère mais passionnée d »urbanisme social » est évoquée au moins à travers deux personnages des romans De René T. Si cela vous interesse, je pourrais vous en dire plus…L’oubli l’ atteint, davantage encore que son fils, je n’ai pu retrouver trace sa tombe au cimetière monumental.

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