CCLVIII.

Pourquoi me souvenir des cygnes d’autrefois dans le bassin du jardin Solférino ? A peu de choses près, ils y voguent toujours. Cela passe l’entendement. Pour eux, quelle mémoire ! Ils en savent des choses. Et en oublient autant. A chaque passage, même énigme : alors les cygnes, quoi de neuf ? Ne posant nulle question, n’attendant nulle réponse, ils évitent. Dans le genre, connaissez-vous plus distants que les cygnes ? Et pas commodes, par-dessus le marché.

Ceux-là ont côtoyé Maurice Leblanc, Delphine Delamare, Marcel Duchamp, Jean Lecanuet, Simone Gaubertin… bref, les habitants du quartier. Aussi René Coty, Nikita Khrouchtchev, Konrad Adenauer, le légat de Pie XII… D’autres encore et j’en oublie. Pas eux. De fait, mes cygnes ont un sérieux carnet d’adresses. Ils connaissent des gens qui connaissent des gens. Aussi nagent-ils dans la sérénité. Moi, à l’encontre…

Ah, disent-ils, Félix est bien seul ! A quoi l’un d’eux répond : il a tout fait pour. Oui, chacun l’entend de même : Dans le vieux parc solitaire et glacé… Quel soliloque et quel colloque. Mais si Paul Verlaine pleure sur lui-même, jamais les cygnes.

Bon, alors les cygnes, quoi de neuf ? Le 106, la Grande (petite) Roue, la Saint-Romain à Washington (ou tout comme), l’Omnia, le Melville, le Nouvel Opéra, les cantonales, Simone de Beauvoir, le Marché de Noël, La Luciline… Rouen qui chante et Rouen qui pleure. Le fil des jours.

A ce propos, deux inhumations dans la semaine ! On ne voit plus que moi dans les églises. D’une cérémonie l’autre, mêmes prières, chants étiques, hommages distingués et quêtes ostensibles. Quant aux pompes funèbres, qu’en dire ? J’imagine que le recrutement faiblit, la quantité l’emportant sur la qualité. Que voulez-vous : faut vivre ! Et enterrer les morts (du moins les transbahuter) ne requiert qu’une dignité a-minima.

Quant aux corps, leurs variantes est d’être enterré ou brûlé. De fait, on a moins froid au crématorium qu’à Saint-Godard ou à la cathédrale. En revanche (façon de parler) le décor y est médiocre. Ce matin, par ce froid et sous la neige, Saint-Godard resplendit de tous ses vitraux. Là, lumières et couleurs. La chose, je vérifie, est confirmée de savantes études. Ainsi lit-on dans Les Églises de Rouen (Edgard Naillon, chez Defontaine, 1941) : on disait autrefois, en parlant d’un vin coloré : « Il est de la couleur des vitres de Saint-Godard ! » Les anciens savaient tout.

Oui, mais rétorque mon amie B***, au Crématorium, la musique a plus de valeur. Vérité vraie, les pleurants sont aujourd’hui munis de cédéroms de la meilleure provenance. Tantôt variété française, tantôt classique, contemporain, folklore… les bacs de la Fnac fournissent l’infini dans chaque catégorie. Il n’est pas rare qu’un hommage au cher disparu prenne l’allure d’un petit concert, les choix du défunt ou de la famille étant discutés sur le trottoir. - Irez-vous aux obsèques de X*** ? – Je ne sais. – Venez, on jouera Rachmaninov.

Oui, pourquoi me souvenir des cygnes dans le bassin du square Verdrel.

2 Réponses à “CCLVIII.”


  • Mais non Monsieur Félix, vous n’êtes pas tout seul, puisque nous attendons chaque fois, haletants, votre nouveau billet !
    Et ont-ils connu René Trinczius, ces blancs volatiles ?
    Et vous, l’avez-vous connu ?

  • Ah ma souris a fourché, c’est René Trintzius que je voulais dire ! C’était une sorte de mage illuminé ou bien ?

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......