CCLVI.

Déjeuner mensuel à la Brasserie Paul avec Molineux. Conversation sur le commerce local et il y a de quoi dire. Amusant de constater que l’ami de trente ans, désormais retiré des affaires, jauge les choses avec détachement, un brin de fatalité, et une certaine ironie. On l’a connu combattif autant que pugnace, le voici philosophe. Rien que sur un sujet séculaire, le stationnement en ville, il me fait presque la leçon. Piéton militant, combien de fois ne me suis-je pas fait rembarré par lui (et d’autres) en prétendant que le règne de la bagnole en ville était voué à disparition. Que ne disais-je là !

Aujourd’hui, devant son veau en cocotte, il prend un air bonasse et m’assure que, ne m’en déplaise, se garer c’est fini ! Sa mauvaise foi m’inciterait presque à changer de camp. A quoi bon partager un repas et ne pas débattre en affrontant les points de vue ? Hélas (tant mieux ?) les années nous ont limé les dents.

Il y a longtemps, lors d’un même déjeuner, sortant du Jolly Ox, Molineux en vint presque aux mains avec le patron des Chaussures Alexandre lors de la mise en voie piétonne de la rue Ganterie. Le premier refusait la transformation, le deuxième l’appelait de ses vœux. Boutiquiers guère accommodants, ils s’invectivaient sur le trottoir à l’effroi mesuré de la clientèle.

La chose ne manquait pas de sel car les Chaussures Alexandre était un genre de magasin chic, tout de vitres et de lumières, de clarté et d’assurance. Calme, confort, sérénité, c’est ce qui convient à la vente de chaussures. Le contraire d’aujourd’hui où le commerce qui marche, n’est que tapage, bruits et criailleries. La plupart des boutiques lorgnent sur la Saint-Romain, la tradition foraine en moins.

Dans des décors et des sonorités ébouriffantes, Il n’y a que vendeuses et patrons qui soient translucides. Le plus souvent absents au monde, comme si ce qui se passe dans la boutique ne les concernait plus. De fait, en toute connaissance de cause, les boutiquiers s’engagent à la création d’une énième association. En ai-je parlé ? Ces laborieux ont choisi comme champion le sire de Montchalin, homme-lige du duc de Normandie et de ses dévoués barons. On n’y a d’autre but que de refaire ici une vraie braderie et de redynamiser les fêtes Jeanne d’Arc.

On voit par là que le Moyen-âge a encore de beaux jours. A moins qu’il ne s’agisse d’un ultime sursaut ? Avant quoi ? Molineux, qui les connaît par cœur, m’assure qu’en ce domaine tout est vain. Le commerce c’est avant tout la clientèle. Laquelle poussera la porte si ce qui est à l’intérieur l’attire. Qu’on me cite, à Rouen, un magasin original, imaginatif, accueillant, et que ce qu’on y trouve, on ne le voit pas ailleurs.

Faire les boutiques, c’est se distraire. Or, ici, tout ramène au quotidien le plus prosaïque. Parcourir en flânant l’hyper-centre, c’est ne pas être surpris tout en cherchant à l’être. En vain. Donc à entretenir la frustration. D’où le succès des croissanteries. Tiens, à propos…

4 Réponses à “CCLVI.”


  • La mauvaise foi, ah la mauvaise foi…
    Que diriez-vous si vous étiez compiégnois !

  • merci à vous pour vos écrits. Vous lire est un pur bonheur….

  • L’Armitière pourra toujours y brader ses bouquins sur Jeanne d’Arc.

  • Postant hier un commentaire j’ai pu constater que ceux-ci étaient désormais modérés. Mon commentaire qui disait que, (suite à la nomination de Montchalin à la tête du commerce), « L’Armitiére pourrait profiter ainsi de la braderie pour écouler ses bouquins sur Jeanne d’Arc » n’a pas été validé.
    Un souci technique peut-être?

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