CCLV.

Ce dimanche, au Clos Saint-Marc, sous la pluie intermittente, un jeune homme un peu vieux me tend, sans conviction, un tract du Nouveau Parti Anticapitaliste. En manchette et caractères menaçants : On n’est pas résignés ! Contrairement au tracteur, moi si. Mais, qui en doute, pour d’autres raisons.

Je crois savoir que le déterminé, quoique nonchalant, tracteur fait partie du personnel municipal. Ceci expliquerait cela ? Possible. Qui plus est, il œuvrerait dans le secteur des bibliothèques. Encore ! Dites, c’est une obsession ! Non, la faute en revient à la presse locale qui a ouvert plusieurs fois ses colonnes (façon de dire) à ce néo-trotskyste. D’abord lorsqu’il a été exclu de la CGT et ensuite lorsqu’il a inauguré une petite section sudiste en nostre bonne mairie.

Notez que se faire exclure de chez Bernard Thibault relève de l’exploit. Et prouve que notre homme, guère ambitieux, renonce à la carrière. Comme beaucoup de trotskystes, du reste. Oui, je sais, ça dépends lesquels. Toujours est-il, qu’au final, ces dogmatiques sont avant tout des littéraires. D’où les bibliothèques. Ce n’est pas leur plus mauvais côté, d’ailleurs. Ne jamais oublier que leur malheureux ancêtre, Lev Davidovitch, écrivit Leur morale et la nôtre (qu’on ne trouvera pas, j’en jurerai, à la bibliothèque Simone de Beauvoir).

Par bonheur (façon de dire) je possède l’ouvrage, édité dans la jolie collection Libertés (de chez Jean-Jacques Pauvert) et datée de 1966. Si une opération de librairie fut une réussite, ce furent bien ces petits livres sur papier bistre, couverture kraft et d’un format commode. Le catalogue, qui devait beaucoup aux choix de Jean-François Revel, contient des auteurs rares, oubliés et discutables. Le contraire de ceux d’aujourd’hui.

A l’époque, mon exemplaire valait 3 francs et 3,10 avec la taxe locale. C’était quoi trois francs en 1966 ? Ni cher, ni pas cher. Deux paquets de Gauloises, peut-être. N’ai-je pas acheté (et pourquoi donc !) ce bouquin à L’Armitière du temps de la rue de l’École ? L’Armitière d’aujourd’hui (rue des Basnages ou rue Jeanne d’Arc, c’est selon) vend-elle encore beaucoup Léon Trotski ? A mon avis… Enfin, bref.

Au passage je ne résiste pas à m’imaginer que ce fut, en 1966, Ute Moulin qui me rendit la monnaie. Ah, ça, voilà une émotion que les contemporains n’éprouveront plus.

Toujours est-il que, chronique aidant, je me retrouve, ce soir de novembre 2010, avant de m’endormir, à feuilleter Trotski. Avouez que… Pour la forme, j’y pêche ceci : Les moralistes souhaitent par dessus tout que l’histoire les laisse en paix avec leurs bouquins, leurs petites revues, leurs abonnés, leur bon sens et leurs règles. Mais l’histoire ne les laisse pas en paix. Tantôt de gauche, tantôt de droite, elle leur bourre les côtes. Si vous ne trouvez pas que ça sent, à cent lieues, l’auteur déçu…

On n’est pas résignés ! disait le tract. Eh bien, jeunes gens, ne vous résignez pas. Refermez le livre et éteignez (ou pas) la lumière. A votre âge, vous avez mieux à faire qu’à vous endormir avec Trotski (ou Trotsky).

2 Réponses à “CCLV.”


  • Michel Perdrial

    Bien d’accord avec vous pour encenser la jolie collection Libertés de Jean-Jacques Pauvert. Je viens d’acheter « La Littérature à l’estomac » de Julien Gracq d’occasion au Rêve de l’Escalier pour moins de la moitié du prix d’un paquet de cigarette.

  • Jean-François Revel avait très très bon goût. Je lui reprocherais seulement d’avoir peint, dans plusieurs de ses chroniques, une Italie bien grise et presque détestable. Encore que, s’il la voit aujourd’hui, de son Ciel…
    Au fait, si vous croisez ma peine de cœur, usez de votre légendaire autorité pour lui faire la morale, je vous en prie…

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