CCLII.

Du côté de Grammont, sur les ruines d’une ex-future médiathèque, on se félicite d’une bibliothèque dédiée à Simone de Beauvoir. Chez les Municipaux, l’heure est à l’exultation et à l’exaltation (l’expiation sera pour 2014). Mais, comme dit Carabine, c’est pas l’ tout, que s’y passe-t-il ? D’après ce que j’en lis, on sourit aux anges devant les étagères. Pour quels livres ? Ben, des livres, quoi, vous savez bien.

Avez-vous Chantier interdit au public de Nicolas Jounin, La Maison de Paul Andreu, La Puissance des pauvres de Majid Rahnema… tous ouvrages parus les années passées et distingués à un titre ou à un autre ? J’ajoute, et jusqu’ici tous absents des bibliothèques locales.

Ah, des livres comme ça ? Non, ça fait peur... A Grammont, il y a des bandes dessinées. Plus de 7000. Et aussi des films, 2000. Ça fait 9000 en tout. D’où Simone-de-Beauvoir. Pour Les Belles images et Tout compte fait. Mais assez de mauvais esprit.

Il paraît (ou paraîtrait) que la neuve bibliothèque, ouvrage technique, permet de gérer, self pour self, le prêt. On me parle d’une borne où j’enregistrerai moi-même le livre emprunté. Pour restituer ledit, il me suffira de le déposer dans la boite de retour (bon débarras). La réclame l’assure : grâce à ce système, l’usager gagne en autonomie. Mais, chers amis, je n’ai pas besoin d’autonomie, j’ai besoin de La Puissance des pauvres… Ah là là, quel crampon ! Tous les hommes sont mortels. Et vivement.

Rouen Magazine, journal officiel de la commune, poursuit : ainsi les bibliothécaires gagneront du temps et seront disponibles pour le public. Ah, tant mieux, les filles vont m’acheter La Maison de Paul Andreu. Mais non, voyons, ce qu’elles feront (dixit le bulletin paroissial) c’est se recentrer sur leur mission de conseil, de renseignement et d’accompagnement et aussi sur la mise en valeur des collections. Oui, je vois… En bon vieux françois, ça s’appelle réduction des effectifs. D’où Les Bouches inutiles.

La preuve ? Les chanoines de la mairie avertissent : l’année prochaine cette technique s’étendra à Saint Sever, Parment et Villon. Pourquoi Villon où l’on n’emprunte pas ? Et pourquoi pas les Capucins ? Parce que les Capucins, ça va fermer, pauv’ pomme. Bref, La Force des choses.

Dans ma bibliothèque favorite, celle que je fréquente, on me signale que depuis octobre, je peux emprunter vingt livres pour un mois. Merci, la prochaine fois, j’apporterai un caddie. Bref, la quantité plutôt que la qualité, des prix cassés… Et que dire de la trop fameuse bibliothèque virtuelle ! Ou du retour des livres qu’on ramène désormais dans n’importe quelle bibliothèque, façon sournoise de traiter les bibliothécaires comme de simples manœuvres. Ces livres ne vous sont rien. Ce ne sont que des marchandises.

Un livre ou un autre, une bibliothécaire ou une autre, une médiathèque ou une autre, un lecteur ou un autre… De ceux-ci et de ceux-là, moins on en verra, mieux on se portera. Oui, Simone de Beauvoir ou pas, ça ne s’arrange pas. Bon alors, quoi ? Rien, Une mort très douce.

6 Réponses à “CCLII.”


  • Vous êtes charmant, nous dit-on. Avec un style, imitable, certes, mais qu’importe ?
    Toujours est-il qu’en ces choses, comme en tant d’autres, l’âge que l’on nommera pudiquement expérience ne vous absout pas de n’évoquer que ce que vous maitrisez ;-)

  • Et moi je vous aime comme vous êtes… Nananère !

  • Et oui Franpi, parlant de maîtrise ou plutôt de son versant opposé que je vous laisse soin de nommer, c’est exactement ce que je me disais en voyant votre photo bidouillée illustrant votre billet « Gesticulations »…

  • Merci le Major. Je sais que les vieux Punk font toujours les meilleurs vieux cons. bisous.

  • Vision très pertinente de la lecture publique… en 1954.
    Remettre à jour ses connaissances, ça ne fait pas de mal. C’est d’ailleurs ce que font tous les bibliothécaires consciencieux.

  • Rouen ne peut même plus soutenir ses deux théâtres, depuis longtemps fermés. On y fait voir pour tout divertissement dramatique un âne sans pareil et un enfant à trois jambes. Il y avait autrefois un seul cabinet de lecture ; il a disparu. J’ai passé toute ma soirée à boire du cidre en relisant les journaux de Paris dans ceux de l’endroit.

    Gérard de Nerval, Le Rêve et la vie, 1855.

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