CCLI.

Dimanche, Clos Saint-Marc, en cette veille de Toussaint où je n’ai que faire. Sinon d’aller au cimetière ? Là encore, ça peut attendre. Soleil éblouissant, presque cruel et qui préfigure l’été de la Saint-Martin. Reste la chine et ses chineurs, autre sorte de cimetières. Je m’attarde à la compulsion d’une montagne de livres chez le brocanteur habituel, le moins mauvais cheval des brocanteurs.

Il y a là une lectrice, entre deux âges, aussi compulsive. Elle entreprend un jeune couple, parlant seule, mais les prenant à témoins. De ses lectures, de sa vie, du temps qu’il fait. Elle brandit un exemplaire d’Harry Potter. Ma petite-fille les a tous lus. Et c’est des gros livres, hein ! Elle a dix ans. Elle a beaucoup de livres. Dans sa bibliothèque, tout est rempli. Et sa bibliothèque, ça fait bien… Elle avise une armoire… La moitié de ça… Qu’il y a-t-il sur les étagères ? On n’en saura rien. Et tant mieux. L’important c’est que la petite lise. Ou ai déjà lu. Vrai que, plus vite elle sera débarrassée…

Le jeune couple sourit, opine, ne s’engage pas, feuillette un volume de ci, de là. Il échange un mot ou deux avec sa compagne. Lui semble timide. La grand-mère force son avantage. C’est un Benoîte Groult qu’elle nous met sous le nez. Ah, ça, c’est ma copine. Oui, oui, vous riez, mais elle, avec Gisèle Halimi, elles ont tout fait pour nous. On s’est battues, oui. A la jeune femme : Si aujourd’hui vous pouvez… hein, on se comprend, c’est grâce à elles. Elle baisse d’un ton : Elles et Simone Veil, faut pas y toucher. 

Déficit de l’âge, elle me prend à témoin. Je reste de marbre, absorbé par L’Homéopathie du docteur Jacques Michaud (Denoël, 1957). Le jeune homme ouvre un livre, le passe à sa compagne, Tiens, Boris Vian. La fille semble s’intéresser. La vieille : Ah lui, il chantait Le Déserteur, c’était interdit… Plus maintenant, mais à l’époque… Le garçon respecte des personnes âgées. Vous cherchez quoi ? interroge-t-elle. Lui : un roman de Céline, Mort à crédit. L’impénitente enchaîne : Je l’ai lu, et l’autre là, comment ça s’appelle, La nuit quelque chose

Ma vanité l’emporte : Le Voyage au bout de la nuit (de quoi j’ me mêle !) Oui, c’est ça (me voici enrôlé !) Mais y a aussi la guerre, hein, et tout ce qu’il a fait ! Ça non, faut pas l’oublier ! J’étais jeune, mais je m’en souviens bien… Le ton est à l’avertissement. Le petit couple commence à se lasser. Moi, j’ dis faut qu’ tout le monde vive. Les juifs, les noirs, les arabes, tout ça… Comme j’ dis toujours, c’ qu’on a fait à ces gens là, ce serait aujourd’hui, on l’ ferait pas à des animaux…

La jeune génération s’est éloignée, Boris Vian en poche. Vaincue ou convaincue ? Malgré la leçon, a-t-elle appris grand-chose ? Moi, non. Encore que… Saviez-vous que les homéopathes classent leurs patients en trois catégories : les carboniques, les phosphoriques et les fluoriques ? Je me demande laquelle rejoindre…

2 Réponses à “CCLI.”


  • Au moins, le jeune couple avait bon goût en matière littéraire. C’est déjà ça de pris, aurait dit la grand-mère.

  • Monsieur Félix, vous oubliez une chose « Heureux les simples en esprit, le Royaume des Cieux leur appartient ». Nananère !
    Et moi le même dimanche, j’ai enfin mis le nez dans le Musée Alfred Canel à Pont-Audemer. On a envie d’emporter toute sa bibliothèque mais ça ne serait pas poli.

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