CCL.

Qui se souvient, rue de la République, de La Carpe d’or, magasin d’articles de pêche, et du mannequin du trottoir vêtu d’un costume complet en ciré vert ? Il était là, perpétuel, montant la garde, chaque jour que le dieu des pêcheurs faisait. Mais qui pêche ? Personne. Ou tout le monde (Dieu sait !).

Mais aussi, qui se souviendra, rue de la République, de Légende militaire, magasin d’uniformes en surplus, et du mannequin du trottoir vêtu en horse-guard ? Là, perpétuel, montant la garde, chaque jour que le dieu des guerriers fait. Mais qui guerroie ? Personne. Ou tout le monde (Dieu sait !).

Tout ça pour dire que tout change et que rien ne change. Chacun le monde sait, et Dieu le premier. Ainsi a-t-il fait le monde tel qu’il est. Les pêcheurs, les horse-guards, et le reste. Même la rue de la République, ses bars, ses kebabs, ses restaurants, ses agences immobilières… tout ça, c’est lui. Même le pressing. Même le marchand de timbres. Même l’antique sex-shop.

Il y eut aussi, longtemps, la permanence électorale de Patrick Herr, député de la perpétuelle majorité (même à l’opposition). On pouvait y voir un curieux escalier à vis, bien à l’image de tous les intérieurs de cette rue. Le XIXe siècle presqu’en vrai. On s’inscrira en faux contre qui avancerait que Dieu a créé la permanence électorale de Patrick Herr. A ce niveau, Dieu ne fait pas de politique. Il en a une sainte horreur.

Le père de Patrick Herr, outre de professer aux Beaux-arts, faisait des aquarelles. De mon temps, lorsqu’on avait l’esprit avancé, l’usage était de s’esclaffer devant ses vues lavées de gris où surnageaient de brefs effets de couleurs. Quelqu’un (qui ?) disait : C’est pas mal ce qu’il fait, mais à la fin, pourquoi passe-t-il tout sous la douche ? On riait. On n’avait pas tort. Aujourd’hui, on rigole moins. On a raison. A y regarder, ces aquarelles donnent la mesure du chemin parcouru, celui de l’art modeste. Avouons que c’est devenu rare. En ce moment.

Les carpes ont la réputation d’être muettes. Elles en savent trop long. Sagesse des poissons et sagesse des horse-guards qui ont, eux aussi, la réputation de ne pas l’ouvrir. Or, il y a tant à dire. Je ne m’en prive guère. J’ai même scrupule parfois (mais oui…) à dauber sur tel ou telle. Comme une bonne personne m’a dit un jour : vous êtes qui pour juger les gens ? Vrai, personne.

Durant la guerre d’Algérie, le directeur d’un hebdomadaire célèbre disait, à propos des pétitions : quelqu’un qui signe représente 300 000 personnes, soit ceux qui ne signent pas, mais qui sont d’accord. On se récriait. Sortant son porte-mine, il démontrait, multiplications et divisions (alors pas de calculettes) l’évidence de l’axiome. Nous n’étions pas convaincus. A tort ?

Que dirait-il aujourd’hui, où tout le monde signe et personne ne vote ? L’homme politique (à commencer, simple exemple, par Patrick Herr) ne le sait que trop : impossible de s’accaparer les non-votants, les abstentionnistes, ceux qui votent avec leurs pieds. Qu’on appelle comment déjà ? Les pêcheurs à la ligne.

0 Réponses à “CCL.”


  • Aucun commentaire

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......