CCXLVII.

Aucune envie d’en écrire trois lignes, mais le moyen de faire autrement ? Il s’agit de la Fête du Ventre, triste joyeuseté qu’un concours de circonstances me fait raconter. Ce samedi d’alternance, pluie et soleil mêlés, me voit en recherche de boîtes d’archives. Deux des miennes explosent. D’un pas raisonnable, direction rue Écuyère pour, en route, me souvenir, que Virgin n’est plus. Force est d’aller rue du Gros-Horloge, à la Papéthèque.

Au croisement de la rue Rollon, j’aperçois cette chère Suzanne. Je ne tiens guère à la saluer. Je prends vite à droite semblant m’intéresser à un marchand de pommes. Un pas, deux pas, dix pas, Suzanne Sauviat me rejoint. Alors, on me fuit ? Me voilà fait. Et me voici parcourant ladite Fête en compagnie.

Sinistre, rien d’autre. L’attendue boustifaille, de celle qu’on trouve sur les marchés (mais en mieux) et ici à des prix irraisonnés. Aucune fête là-dedans, et un ventre aussi creux qu’une croyance vaine. Au vrai, tout à la paresse. Pas de ferveur, pas d’imagination. On cachetonne dans le plan media du marketing folklorico-rungissois

Derrière les étals, des marchandiaux grimés en normands attendent le chaland. Ils scrutent autant le ciel que leur tiroir-caisse. On nous tend des morceaux de quelque chose qu’on nous engage à goûter. Suzanne Sauviat ne tarde pas à être barbouillée. Il y a des canards vivants, ce qui ravit les enfants ; de la paille par terre, ce qui suffit à ce comice agricole besogneux.

A Carrefour ou chez Leclerc, souvent, parfois, il y a la Semaine espagnole ou la Quinzaine alsacienne. C’est la même chose, paëlla, choucroute, vendeuses en Carmen maussade ou en Gretel arrogante…

Pour l’heure, dans son compte-rendu, le Fanal de Rouen (oui, je sais, j’ai replongé) me signale des chapelets de saucisses, des marmites de tripes fumantes, des pyramides de macarons. Monsieur Homais a bonne vue. Pour moi, rien de tel : j’ai vu une normande en coiffe et verres progressifs, tapoter sur sa calculette combien ça vous faisait pour trois morceaux d’andouille plastifiés sous-vide.

Ailleurs, deux dames illustraient le Pays de Bray. Elles proposaient, outre un quatre-quarts prétendu brayon, le verre de lait à cinquante centimes, et la crêpe à deux euros. Comme on disait autrefois : elles vont bien. Lorsque ma boulangère fait des crêpes, c’est quatre-vingts centimes la bête et je trouve qu’elle exagère.

Plus loin, un petit étal débitait du boudin de lapin, des saucisses du même, et de la terrine maison. Je me suis laissé faire. Il y avait aussi de la teurgoule. Près de la caisse, un écriteau indiquait : A céder, petit élevage de lapins, cause retraite.

Pourquoi non ? A la campagne, je donnerais aux lapins ; des carottes, pas de trèfle, mais des raves. Suzanne et moi, on ferait du pâté, du boudin, des saucisses. Et de la teurgoule un peu meilleure. L’ennui, c’est qu’il faudra les tuer, ces lapins. Bah, je fermerai les yeux. Comme dit Suzanne : c’est toujours ce que tu as fait.

Post-scriptum : je n’ai pas acheté mes boites d’archives.

1 Réponse à “CCXLVII.”


  • Mettez-donc une fausse barbe pour sortir faire vos emplettes ! Moi je fais toujours ça quand je ne souhaite pas être importunée, on gagne drôlement son temps !

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