CCXLVI.

Clinique Saint-Hilaire pour d’énièmes examens. Ces derniers sans diplômes mais avec ordonnances. Parmi celles-ci, celle d’être à jeun de douze heures avant de passer le physique. Pas d’écrit et encore moins d’oral. Non, je n’ai rien à dire à ces gens là. Au sens strict, ils m’ennuient. Occasion pour eux d’en profiter. Sortant de leurs mains, je prends mon petit-déjeuner au bar-tabac d’à-côté. Façon de dire car il me faut aller chercher moi-même un croissant à la boulangerie d’en face.

Me revient que je dois, un de ces jours, visiter Saint-Hilaire. Pas la clinique, l’église. Un glas peu funèbre m’indique qu’en ce matin de septembre, on y célèbre un mort. J’arrive lorsque l’office commence. Multiplicités des signes, il s’avère que je connaissais, un peu, pas beaucoup, le défunt. C’est (c’était) Bernard G*** ce malheureux renversé par un chauffard au bout du quai du Havre. Le fait-divers m’a retenu : j’ai l’âge de la victime, et traverse les rues sans trop regarder. Qui plus est, le bonhomme faisait partie des équipes de bénévoles reconduisant les fêtards chez eux. On voudra ce qu’on voudra, ça arrive : les bagnoles se vengent.

L’assistance était moyenne, famille, amis et habitués du club nautique des Vikings dont le défunt fut une figure. Il avait été lunettier, allié aux Tardy ou travaillant avec eux, je ne sais. Enfin, affaire de vieux Rouennais. Ce jour, dans les rangées, des têtes que je reconnais. Pas beaucoup et pas grand monde, du reste. Tout dans l’économie de moyens et de sentiments. Comme au théâtre, on ne sentait guère la salle.

Bernard G*** aimait-il la musique et le chant ? Pour l’heure, il a été servi. Certes, l’équipe paroissiale (quel jargon !) n’a pas à faire preuve de qualités artistiques (encore que…) mais il y a des limites. Peut-on écorcher les oreilles sans pénitence ? Voilà bien une preuve supplémentaire de la mort de Dieu : ses louanges se chantent faux. Ajoutons trois prières et extraits d’épitres ânonnés, l’affaire était faite. Je m’attendais à des poésies ou témoignages de petits-enfants. Rien. Côté Viking, on a eu lecture du message du président, François Hauguel. Ça ne dépassait pas le minimum requis, sans compter une ou deux maladresses. Vous me direz : le moment n’était pas à la littérature. Oui. Mais ça n’est jamais le moment. Je confirme : ce matin, Dieu est mort et enterré à Saint-Hilaire.

L’intérieur de l’église est dans le genre romano-byzantin. De belles proportions et un agencement pas trop abimé par la décoration new look qu’affectionnent nos modernes paroissiens. Deux fresques pas vilaines ornent la coupole et le chœur. Pas de statues, de fortes colonnes, l’ensemble reste dépouillé, sans fouillis et trifouillis comme trop souvent.

Qu’avait à faire Bernard G*** ici ? Sa fin, tout au long, aura été placée sous le signe de la négligence. S’en va-t-on comme on a vécu ? Parfois. Pas toujours. Méritait-il mieux ? Bof, on mérite toujours mieux. Surtout à ce moment là.

Je n’ai rien donné à la quête. Saint-Hilaire pour Saint-Hilaire, ma mutuelle me coûte assez cher.

3 Réponses à “CCXLVI.”


  • Je valide à titre personnel sur plusieurs points

    Notamment concernant un : il faudrait un « permis de chanter » dans les églises comme il y a un permis de conduire sur le réseau routier

    Les boy-scouts en général du 3e âge (gens très estimables et dévoués, certes, ceci dit sans ironie : c’est grâce à eux qu’il existe encore des cérémonies funéraires catholiques, les prêtres étant désormais bien peu nombreux) qui constituent ces « équipes paroissiales » sont-ils conscients que les chants qu’ils « animent » avec parfois force de gestes empêchent souvent tout simplement de prier ceux dans l’assistance qui sont croyants (et font ricaner intérieurement une partie des non croyants, spécialement les jeunes) ?

    = chants trop longs, pas connus, mal chantés, au texte parfois mièvre ou répétitif ; ersatz souvent consternants des chants de feux de camp de leur jeunesse.

    Pour prier ou se recueillir, rien ne vaut à mon avis le silence ; éventuellement succédant à un court texte dense bien lu ; , ou encore de la musique, mais belle ! bien jouée et/ou bien chantée. Or c’est un art difficile.

  • « Deux fresques pas vilaines ornent la coupole et le chœur ». Je suis tout à fait de votre avis. Par contre  » Pas de statues… « , là, je ne le suis plus.
    Vous oublier Notre Dame de la Paix, une statue de pierre du 17 e siècle remarquable fort bien restaurée par la ville et placée dans cette église depuis le 4 octobre 1953. Et ce n’est pas n’importe quelle statue ! Tout simplement le plus ancien témoignage religieux de la paroisse provenant de la chartreuse Notre Dame de la Rose.

    http://www.ptit-pat-rouennais.fr
    Patrimoine / Fiches géographiques ° Chemin faisant

    05. 28/08/2007 : Rue de la Petite Chartreuse

    Rue de Tours à la période révolutionnaire.

    Entre la route de Darnétal et la route de Lyons.

    Une rue et un quartier chargés d’une histoire chaotique. Les disciples de Saint Bruno, le fondateur au 11e siècle du Monastère de la Grande Chartreuse dans les Alpes, s’établirent ici en 1384. Le couvent de la Chartreuse de la Rose, construit près du Robec, comportait notamment une église conventuelle, une bibliothèque, un cloître et une salle capitulaire pour un effectif d’une quinzaine de moines. Il subsistera jusqu’aux guerres de religion, mais pillé et incendié lors du siège de la porte Saint Hilaire par les huguenots en 1562, puis devenu trop exigu, il sera abandonné définitivement en 1983 par la communauté qui s’était transportée au prieuré de Saint Julien de Petit Quevilly dès 1667.
    Il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges épars de cet ensemble dont la maison restaurée dans les années 80, hébergeant le « Comité du temps perdu pour les personnes âgées ».

  • Alors maintenant, c’est l’Histoire de l’Art locale qu’on néglige ?
    Sérieusement, vive le culte Orthodoxe ! Et avant tout, ne négligez pas votre santé.

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