CCXLIV.

A dire le net, au début, la personne de Guillaume Grima ne m’inspirait qu’une médiocre opinion. Je le trouvais poseur, hâbleur, genre faux gentil. Trop cassant aussi. Par la suite, on mesura ici ou là sa capacité de travail, son sens de la parole donnée. Fait rare en politique, l’homme avançait avec de la suite dans les idées. Le chemin tracé était celui d’une volonté. Et aussi l’affirmation de deux ou trois idées simples.

Vrai, l’élu ne se payait pas de mots. Dans ce genre, plus les mois passaient et plus la différence d’avec ses collègues s’accentuait. Ce dandy se doublait d’un travailleur sans forfanterie. Rencontrés au hasard de dîners en ville (mais y en a-t-il ici ?) ses adversaires continuaient à le traiter de vert ayatollah, mais chacun lui reconnaissait plusieurs des qualités exposées ci-dessus. Ça finira mal pensais-je.

On m’en offrit quelque preuve lors de diverses cérémonies municipales. Autour d’un verre, on bavarde. Au vrai, on prend la température. Il suffit de faire l’éloge outrancier de quelqu’un (un élu est un bon choix) pour percevoir chez son interlocuteur (un autre élu est un bon choix) une rigidité des maxillaires. La politesse distante mise à vous répondre cache mal l’agacement. On passe vite à autre chose. Ces macarons sont délicieux. Surtout les roses. Les verts sont moyens, les bleus franchement médiocres.

Bref, l’homme Grima agaçait. Du côté de ses alliés comme dans son camp. L’amusant du tout : ce qu’à présent on lui reprochait, c’était mes préjugés de l’après élection. Frimeur, bluffeur, faux-jeton, au final un vrai naïf. Et puis trop play-boy. Sa capacité de travail désormais jouait contre lui. Il en faisait trop. Un de ses collègues, traversant le jardin de l’Hôtel de Ville, laissa tomber : Je ne demande qu’une chose, qu’il me lâche.

Oui, ça finira mal pensais-je. Ou plutôt : comment cela se finira-t-il ? Nous y sommes. Ça finira comme d’hab. Que pèse le beau Guillaume ? Pas grand-chose. Va-t-on briser la chère alliance ? Comme on disait autrefois : Camarades, le parti avant tout ! L’unité ! Pensez aux masses qui nous soutiennent ! Ne dévions pas de la ligne générale ! Et puis quelqu’un qui se fait applaudir par l’opposition et par la réaction, hein, vous m’avez compris. On est à gauche ou pas. Se battre, oui, mais

Mais il y a d’autres intérêts en jeu. Les cantonales, par exemple… Il faut des élus. J’imagine que pour les reports, les négociations sont en cours. L’autre jour, sortant de la Salle des mariages, pluie de septembre battante aux carreaux : D’accord, Guillaume n’a pas tort. Par certains côtés, il a même raison. Mais ce n’est pas le moment. Il faut attendre. Il faut être en position de force. A ce moment là, oui, on tapera dur !

Autrefois, ma mère chantait cette comptine : Mon Beau Guillaume, as-tu bien déjeuné ? Mais oui, madame, j’ai mangé du pâté. Du pâté d’alouette, Guillaume Guillaumette. Chacun s’embrassera, Guillaume… partira. J’ai changé la fin. Avec les comptines, c’est permis. En revanche, les macarons, ça ne doit pas se rater.

1 Réponse à “CCXLIV.”


  • Ah, le Komsomol, vous connaissiez déjà !
    Mais maintenant il vous reste à lire le bouquin de Muriel Barbebleue. Il a eu beaucoup de succès, ça prouve quand même ! Bon, je me sauve et fuis les représailles.

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