CCXLIII.

Comme beaucoup d’hommes, je n’aime pas danser. N’ai jamais aimé et n’ai jamais dansé. C’est tant mieux car si j’aimais, je danserai, or je n’aime pas. Encore un tour. Et puis, à présent, j’ai un bon prétexte : à près de quatre-vingt ans (balais ou ballets ?) qu’irai-je inviter, laissée seule au bord de la piste ?

Nombre de femmes que j’ai aimées (il exagère toujours !) raffolaient de la danse. Emmène-moi danser… Une prière, voire un doux ordre. On allait à La Bohème, place Saint-Amand, au Grillon, sur les boulevards. Ou dans les chics soirées, celles de la Méridionale qui se déroulaient dans la salle des fêtes du Cirque ; à l’hôtel de la Poste aussi, dans le Salon Normand, lors des nuits du Golf, des Lions-Clubs ou encore l’attendu Ladies-Night des loges locales. Temps anciens.

Lions et Lionnes ne dansent plus, ils sont libraires d’occasion. Je l’ai vu lors du dernier Quai des livres. Les philanthropes s’y affairaient à écouler la surproduction industrielle et éditoriale. Ceci, je le souligne, dans la bonne humeur et à des prix d’excellence. Exemple : à une jeunesse qui musardait avec trois ou quatre titres sous le bras, une bénévole tendit une cagette : remplissez-moi ça et vous l’emportez pour cinq euros. Les choses se sont gâtées lorsqu’un vieux lion a voulu conseiller la demoiselle sur d’éventuelles lectures. Pourquoi non ? Certes, la lectrice revêtait la forme d’une jolie gazelle dont l’arrière-arrière grand-mère (ou plus haut) agitait ses bracelets dans les antiques palais du Dahomey. Ce que c’est que l’instinct des fauves !

Et le chenu carnivore (pas tant que ça !) de lui fourguer du Graham Greene, du Michel Déon, et du François Nourissier. La jeune black était aussi polie que jolie : Je cherche des policiers… L’autre, superbe et généreux, lui indiquant Les Poneys sauvages, de traduire : Je que crois que ça, c’en est.

On supposera qu’à ses heures, la princesse danse avec autre chose qu’un lion mité. Je lui souhaite. Et qu’au creux de son lit, ça n’est pas la prose de François Nourissier qui l’a tient éveillée ! On lui souhaite aussi.

Que connaît-elle de Rouen et des soirées d’autrefois ? Si elle danse (oui, elle danse !) elle le fait dans des endroits qui me sont étrangers. Demandant à gauche et à droite, on me cite pêle-mêle (façon de dire) La Luna, Le Crooner, Le ChakraLe Kiosque, Le Triplex. Sur ce dernier, on prend le ton léger qui convient pour me signaler que c’est un endroit plutôt pour les garçons. Donc, ma princesse n’ira pas (ou alors… ). Comme elle n’ira pas (plus ou jamais été) au Salon Normand de l’Hôtel de la Poste. Dans tous les cas, c’est tant mieux.

A la place, elle lit ses romans policiers. En cela, cette fille de chef séculier n’échappe pas aux fébrilités liseuses actuelles. Il y a peu, une bibliothécaire de la paroisse m’assurait que l’essentiel des emprunts concernaient le polar. Ça la désole un peu, mais pas tant. Comme dit la chanson : faut vivre.

1 Réponse à “CCXLIII.”


  • Ah bravo, maintenant vos admiratrices deviennent jalouses comme des panthères ! Quel homme, vous voyez, même plus besoin de danser pour séduire !

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