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Archive mensuelle de octobre 2010

CCXLIX.

On pouvait, autrefois, rejoindre la rue de la République par la rue Saint-Amand. C’était un large passage traversant plusieurs cours bordée de diverses entrées d’immeubles. Par la rue de la République, l’entrée se faisait à côté de l’armurerie à la façade si caractéristique, l’une des plus belles (ce qu’il en reste) de cette rue. On aboutissait rue Saint-Amand, au débouché des ruines de l’ancienne abbaye, aujourd’hui à l’ombre de l’immeuble assez joliment restauré et identifié comme l’un des plus anciens de la ville.

Désormais le passage est fermé. D’abord rue de la République, puis du côté Saint-Amand. Porte cochère et forte grille rendent impossible ce chemin étrange, un peu inquiétant, parcours d’un âge ancien comme tous les passages. Il y avait là un peu du vieux Rouen de l’âge industriel, celui qui a le plus mal survécu.

Longtemps, mes parents employèrent une bonne nommée Mariette. Ce devait être avant ma naissance car je l’ai toujours connue. Personnalité redoutable, caractère fantasque et volonté de fer, Mariette se nommait en réalité Moïra. Ce prénom, évocateur d’un roman de Julien Green (auteur oublié) répugnait à ma mère. Elle lui préférait celui de Mariette. Toutes les bonnes s’appellent Marie, sauf Mariette chantonnait mon père. Enfant, je n’avais guère à me soucier du passé de Mariette en Moïra. J’appris plus tard qu’elle avait été Salutiste, tenant une mission en Afrique du Sud, à Cape Town pour être précis. Mais c’était quand ?

De cette foi transversale, Mariette avait conservé la part la moins bonne. Un jour, je devais avoir six ou sept ans, donc vers 1936 ou 37, la supposée luthérienne déviée m’emmena en promenade. Celle-ci aboutit au passage Saint-Amand, dans un local dont je sus par la suite qu’il se nommait la salle Bethezda. Dans mon souvenir, ça ressemblai à une crèche de Noël genre papier rocher, étoiles scintillantes, lumignons bleutés, portraits de Jésus et vitraux d’outre-tombe. Enfin, il me semble.

Là, dans une atmosphère plutôt rigolote mais qu’on voulut m’en faire souvenir comme effrayante, j’assistais à un office évangéliste. Le pasteur s’évertuait dans la règle des passions bibliques. Cantiques, psalmodies, contritions, yeux révulsés et transes, plusieurs participants se roulèrent au sol. J’enjolive peut-être.

A peine rentré, je racontai la séance à mes parents médusés. Quelle histoire ! Et Moïra, qu’on renvoya à ses casseroles, de pleurer d’abondance. L’inexplicable : elle resta chez nous, nos promenades se bornèrent au jardin Solferino et ses entours. Dame, c’est que les bonnes bonnes…

Bien des années après, la salle Bethezda existait toujours. Je ne sais trop ce qu’on y fabriquait. La même chose qu’autrefois, sans doute. Mais la mode avait passé. C’est aujourd’hui qu’on y reverrait du monde. Moïra est morte, je crois, vers le début des années Soixante. Elle s’était mise à boire et on l’enferma à Grugny. Ma mère y allait en visite et en revenait navrée. Enfin, me semble-t-il. On n’aimait guère parler de tout ça.

Lit-on encore Julien Green ? Guère, d’après les bibliothécaires. On lui préfère Hennig Mankell ou Bernard Verber. Vrai que c’est moins risqué. Et pour les méninges, plus reposant.

CCXLVIII.

Tout nostalgique que je sois, il me faut coller à l’actualité. Donc à ce qui se passe. En ville ou ailleurs. Aux défilés de pré-retraités. Et aux défilés des pré-pré-retraités, lycéens et collégiens, ceusses qui kidnappent les poubelles de ma rue pour s’ériger des barricades. Contre quoi ? Gavroches de circonstance ! Ils ne m’amusent, ni ne m’inquiètent. Ou alors, d’une façon, qui, que, comment dire… Pour eux la retraite, à taux plein ou non, est loin. Voire jamais proche. L’autre jour, les regardant marcher et rugir, s’exaltant d’être au monde, mon cœur s’est serré.

Pour Maxime qui devra attendre 2060 avant de cultiver son jardin. Pour Laura qui en 2059 constatera qu’il lui manque quelques trimestres. Mais où sont-ils ? Pour Manon qui, en 2064, en aura trop. Mais qui continuera : parce que, tu comprends, moi, être retraitée, c’est l’horreur !

Et Quentin ? Ah, vous ne saviez pas ? Il est mort lors de la grande épidémie de 2028. Comme Morgane ? Oui. Et Thomas ? Lui, c’est autre chose, il a attrapé un sale truc à l’hôpital. Un peu comme Augustin. Oui. Ou Lucie renversée par une voiture en 2013 ou 2014, je ne sais plus. Et Florian ? Lui, c’est amusant, il est entré dans les ordres, à la Grande Chartreuse. Il fait coiffeur. On ne l’entend plus. Silence absolu.

Jordan ? Chez les parachutistes, tué lors du conflit de 2025-2029, là-bas, dans les sables. Comme Dylan ? Non, lui, règlement de compte entre mafias, là-bas, dans les villes. Mais alors, ils sont tous morts ? Non, Adrien après avoir été inoxydable et charismatique, est devenu flexible et patriote ; il est chef d’équipe dans le transversal et le multipolaire. Audrey travaille dans le tourisme minimal à quart temps, et à Tiers Temps s’occupe des personnes âgées ; parmi ses pensionnaires, Laurent Fabius… 117 ans et toujours roi de l’Ultima Crea, hein, c’est beau ! Arthur est devenu cosmo-coloniste, il séjourne six mois sur Pluton et six mois sur Terre ; le végétalisme lui pèse.

Jonathan ? Mort quand les Fronts de Seine ont explosé. Quand ? En 2032, lorsqu’on a voulu faire des réparations. Et celui qu’on appelait Victor ? Ah, oui, Hugo ; bah, lui il vit dans les égouts. Alexandre écrit de la poésie épique pour Google. Ludo, le seul qui sache encore lire, travaille à l’indexation des blogs au début d’Internet.

A part ça, rien. Sinon que Lucas a changé de sexe, il est devenu Top 12. Matthieu s’est converti, il est devenu mahométan. Mouloud, lui, le contraire, il est devenu catholique. Et Charlotte ? En prison pour meurtre. Comme Damien ? Oui, mais lui, à Bonne Nouvelle. Ça existe toujours Bonne Nouvelle ? Ben oui, pourquoi ?

Cindy s’est faite congelée, réveil prévu en 2099. Ophélie a épousé Marie, elles ont une fille. Et Sofiane ? Des fois ça va, d’autres pas. Kevin ? Oh, lui, il est resté le même, il n’a jamais trouvé sa voie. Au final, c’est lui qui s’en tire le mieux.

CCXLVII.

Aucune envie d’en écrire trois lignes, mais le moyen de faire autrement ? Il s’agit de la Fête du Ventre, triste joyeuseté qu’un concours de circonstances me fait raconter. Ce samedi d’alternance, pluie et soleil mêlés, me voit en recherche de boîtes d’archives. Deux des miennes explosent. D’un pas raisonnable, direction rue Écuyère pour, en route, me souvenir, que Virgin n’est plus. Force est d’aller rue du Gros-Horloge, à la Papéthèque.

Au croisement de la rue Rollon, j’aperçois cette chère Suzanne. Je ne tiens guère à la saluer. Je prends vite à droite semblant m’intéresser à un marchand de pommes. Un pas, deux pas, dix pas, Suzanne Sauviat me rejoint. Alors, on me fuit ? Me voilà fait. Et me voici parcourant ladite Fête en compagnie.

Sinistre, rien d’autre. L’attendue boustifaille, de celle qu’on trouve sur les marchés (mais en mieux) et ici à des prix irraisonnés. Aucune fête là-dedans, et un ventre aussi creux qu’une croyance vaine. Au vrai, tout à la paresse. Pas de ferveur, pas d’imagination. On cachetonne dans le plan media du marketing folklorico-rungissois

Derrière les étals, des marchandiaux grimés en normands attendent le chaland. Ils scrutent autant le ciel que leur tiroir-caisse. On nous tend des morceaux de quelque chose qu’on nous engage à goûter. Suzanne Sauviat ne tarde pas à être barbouillée. Il y a des canards vivants, ce qui ravit les enfants ; de la paille par terre, ce qui suffit à ce comice agricole besogneux.

A Carrefour ou chez Leclerc, souvent, parfois, il y a la Semaine espagnole ou la Quinzaine alsacienne. C’est la même chose, paëlla, choucroute, vendeuses en Carmen maussade ou en Gretel arrogante…

Pour l’heure, dans son compte-rendu, le Fanal de Rouen (oui, je sais, j’ai replongé) me signale des chapelets de saucisses, des marmites de tripes fumantes, des pyramides de macarons. Monsieur Homais a bonne vue. Pour moi, rien de tel : j’ai vu une normande en coiffe et verres progressifs, tapoter sur sa calculette combien ça vous faisait pour trois morceaux d’andouille plastifiés sous-vide.

Ailleurs, deux dames illustraient le Pays de Bray. Elles proposaient, outre un quatre-quarts prétendu brayon, le verre de lait à cinquante centimes, et la crêpe à deux euros. Comme on disait autrefois : elles vont bien. Lorsque ma boulangère fait des crêpes, c’est quatre-vingts centimes la bête et je trouve qu’elle exagère.

Plus loin, un petit étal débitait du boudin de lapin, des saucisses du même, et de la terrine maison. Je me suis laissé faire. Il y avait aussi de la teurgoule. Près de la caisse, un écriteau indiquait : A céder, petit élevage de lapins, cause retraite.

Pourquoi non ? A la campagne, je donnerais aux lapins ; des carottes, pas de trèfle, mais des raves. Suzanne et moi, on ferait du pâté, du boudin, des saucisses. Et de la teurgoule un peu meilleure. L’ennui, c’est qu’il faudra les tuer, ces lapins. Bah, je fermerai les yeux. Comme dit Suzanne : c’est toujours ce que tu as fait.

Post-scriptum : je n’ai pas acheté mes boites d’archives.

CCXLVI.

Clinique Saint-Hilaire pour d’énièmes examens. Ces derniers sans diplômes mais avec ordonnances. Parmi celles-ci, celle d’être à jeun de douze heures avant de passer le physique. Pas d’écrit et encore moins d’oral. Non, je n’ai rien à dire à ces gens là. Au sens strict, ils m’ennuient. Occasion pour eux d’en profiter. Sortant de leurs mains, je prends mon petit-déjeuner au bar-tabac d’à-côté. Façon de dire car il me faut aller chercher moi-même un croissant à la boulangerie d’en face.

Me revient que je dois, un de ces jours, visiter Saint-Hilaire. Pas la clinique, l’église. Un glas peu funèbre m’indique qu’en ce matin de septembre, on y célèbre un mort. J’arrive lorsque l’office commence. Multiplicités des signes, il s’avère que je connaissais, un peu, pas beaucoup, le défunt. C’est (c’était) Bernard G*** ce malheureux renversé par un chauffard au bout du quai du Havre. Le fait-divers m’a retenu : j’ai l’âge de la victime, et traverse les rues sans trop regarder. Qui plus est, le bonhomme faisait partie des équipes de bénévoles reconduisant les fêtards chez eux. On voudra ce qu’on voudra, ça arrive : les bagnoles se vengent.

L’assistance était moyenne, famille, amis et habitués du club nautique des Vikings dont le défunt fut une figure. Il avait été lunettier, allié aux Tardy ou travaillant avec eux, je ne sais. Enfin, affaire de vieux Rouennais. Ce jour, dans les rangées, des têtes que je reconnais. Pas beaucoup et pas grand monde, du reste. Tout dans l’économie de moyens et de sentiments. Comme au théâtre, on ne sentait guère la salle.

Bernard G*** aimait-il la musique et le chant ? Pour l’heure, il a été servi. Certes, l’équipe paroissiale (quel jargon !) n’a pas à faire preuve de qualités artistiques (encore que…) mais il y a des limites. Peut-on écorcher les oreilles sans pénitence ? Voilà bien une preuve supplémentaire de la mort de Dieu : ses louanges se chantent faux. Ajoutons trois prières et extraits d’épitres ânonnés, l’affaire était faite. Je m’attendais à des poésies ou témoignages de petits-enfants. Rien. Côté Viking, on a eu lecture du message du président, François Hauguel. Ça ne dépassait pas le minimum requis, sans compter une ou deux maladresses. Vous me direz : le moment n’était pas à la littérature. Oui. Mais ça n’est jamais le moment. Je confirme : ce matin, Dieu est mort et enterré à Saint-Hilaire.

L’intérieur de l’église est dans le genre romano-byzantin. De belles proportions et un agencement pas trop abimé par la décoration new look qu’affectionnent nos modernes paroissiens. Deux fresques pas vilaines ornent la coupole et le chœur. Pas de statues, de fortes colonnes, l’ensemble reste dépouillé, sans fouillis et trifouillis comme trop souvent.

Qu’avait à faire Bernard G*** ici ? Sa fin, tout au long, aura été placée sous le signe de la négligence. S’en va-t-on comme on a vécu ? Parfois. Pas toujours. Méritait-il mieux ? Bof, on mérite toujours mieux. Surtout à ce moment là.

Je n’ai rien donné à la quête. Saint-Hilaire pour Saint-Hilaire, ma mutuelle me coûte assez cher.

CCXLV.

Avec D***, rue Jeanne d’Arc, dans un salon de thé. Dans ma jeunesse et ensuite, ce fut une librairie catholique connue. Qui devint La Chope d’or, éternelle brasserie. Puis un genre de Fity quelque chose, autre brasserie. Éphémère celle-là. C’est aujourd’hui (mais demain ?) une chic enseigne, Lilly Jeanne ou approchant. D*** semble y avoir ses habitudes.

Pâtisseries ou pas, D*** a la dent dure. Ancienne gauchiste à responsabilités locales (du temps du Psu), elle a eu son heure miterrandienne puis a viré Bayrou. L’âge fait qu’elle se calme. Ou, comme moi, se résigne. Ce qui nous navre : le naufrage de notre ville. Naufrage élégant notez bien, car devant une théière de Douchka et deux tartes aux myrtilles, notre radeau reste classe. D*** dîne en ville, côtoie gens de peu, gens de rien, gens de bien, gens de tout, et possède un épais carnet d’adresses. Par elle, on apprend ceci ou cela. On lui en cède autant. De pétroleuse elle est devenue bourgeoise rouennaise. Ou le contraire ?

Ce jour, elle tente de m’intéresser au dernier coup de Jarnac (discret hommage) de nos Municipaux. Il s’agit de terrains du côté du centre Louis Allorge. Il y est question de football, de réserve foncière, d’escamotage administratif… et au final d’un cadeau à Grand-Quevilly, autrement dit au Grand Ordonnateur sans qui rien ne se fait ou se décide. J’avoue ne pas saisir l’intérêt du débat. C’était dans le journal, dit-elle. Je ne le lis plus, dis-je. Toi ? Je ne te crois pas. Je confirme, non, c’est fini, je ne lis plus Paris-Normandie. Mais comment vas-tu écrire tes bêtises, là dans tes chroniques ? Oui, D*** a a la dent dure.

A propos du centre aéré Louis Allorge (qui était-ce ?) je me souviens que les lieux avaient, autrefois, la réputation de n’être fréquentés que par des enfants de pauvres. Les riches (supposés tels) allaient aux Philippins, chez les Scouts ou aux Petites ailes. Où vont ceux-ci et ceux-là à présent ? D*** n’en sait rien.

Nous reparlons de l’affaire Grima (en est-ce une ?) Ton papier n’était pas mal. Je le concède. Pourquoi n’es-tu pas allé jusqu’au fond de ta pensée ? Par lassitude. Aussi parce qu’à trop en agiter, on rentre dans leurs jeux. Je préfère arrêter. Comme pour Paris-Normandie. Ah, me dit D***, le plus bluffeur n’est pas celui qu’on croit.

Je reprendrai bien une tarte aux myrtilles, mais crains le sourire narquois de la serveuse. C’est bien ici, , dit D***, on voit dans la rue. Et on est juste en face de Paris-Normandie. Ce serait le moment d’aller leur dire que je ne les lis plus. Vous pouvez fermer boutique, c’est fini pour vous. Et pour moi par conséquent.

Tu sais, le fond de ma pensée, tout le monde le connais. Ce qui m’embête c’est de passer pour un alcoolique et qu’on fasse des fautes d’orthographe sur mon nom. Tu m’amuses ; tu veux que je te le dise, tes chroniques, c’est ton ultime moyen de draguer. Quand je vous le disais que D*** avait a la dent dure.

CCXLIV.

A dire le net, au début, la personne de Guillaume Grima ne m’inspirait qu’une médiocre opinion. Je le trouvais poseur, hâbleur, genre faux gentil. Trop cassant aussi. Par la suite, on mesura ici ou là sa capacité de travail, son sens de la parole donnée. Fait rare en politique, l’homme avançait avec de la suite dans les idées. Le chemin tracé était celui d’une volonté. Et aussi l’affirmation de deux ou trois idées simples.

Vrai, l’élu ne se payait pas de mots. Dans ce genre, plus les mois passaient et plus la différence d’avec ses collègues s’accentuait. Ce dandy se doublait d’un travailleur sans forfanterie. Rencontrés au hasard de dîners en ville (mais y en a-t-il ici ?) ses adversaires continuaient à le traiter de vert ayatollah, mais chacun lui reconnaissait plusieurs des qualités exposées ci-dessus. Ça finira mal pensais-je.

On m’en offrit quelque preuve lors de diverses cérémonies municipales. Autour d’un verre, on bavarde. Au vrai, on prend la température. Il suffit de faire l’éloge outrancier de quelqu’un (un élu est un bon choix) pour percevoir chez son interlocuteur (un autre élu est un bon choix) une rigidité des maxillaires. La politesse distante mise à vous répondre cache mal l’agacement. On passe vite à autre chose. Ces macarons sont délicieux. Surtout les roses. Les verts sont moyens, les bleus franchement médiocres.

Bref, l’homme Grima agaçait. Du côté de ses alliés comme dans son camp. L’amusant du tout : ce qu’à présent on lui reprochait, c’était mes préjugés de l’après élection. Frimeur, bluffeur, faux-jeton, au final un vrai naïf. Et puis trop play-boy. Sa capacité de travail désormais jouait contre lui. Il en faisait trop. Un de ses collègues, traversant le jardin de l’Hôtel de Ville, laissa tomber : Je ne demande qu’une chose, qu’il me lâche.

Oui, ça finira mal pensais-je. Ou plutôt : comment cela se finira-t-il ? Nous y sommes. Ça finira comme d’hab. Que pèse le beau Guillaume ? Pas grand-chose. Va-t-on briser la chère alliance ? Comme on disait autrefois : Camarades, le parti avant tout ! L’unité ! Pensez aux masses qui nous soutiennent ! Ne dévions pas de la ligne générale ! Et puis quelqu’un qui se fait applaudir par l’opposition et par la réaction, hein, vous m’avez compris. On est à gauche ou pas. Se battre, oui, mais

Mais il y a d’autres intérêts en jeu. Les cantonales, par exemple… Il faut des élus. J’imagine que pour les reports, les négociations sont en cours. L’autre jour, sortant de la Salle des mariages, pluie de septembre battante aux carreaux : D’accord, Guillaume n’a pas tort. Par certains côtés, il a même raison. Mais ce n’est pas le moment. Il faut attendre. Il faut être en position de force. A ce moment là, oui, on tapera dur !

Autrefois, ma mère chantait cette comptine : Mon Beau Guillaume, as-tu bien déjeuné ? Mais oui, madame, j’ai mangé du pâté. Du pâté d’alouette, Guillaume Guillaumette. Chacun s’embrassera, Guillaume… partira. J’ai changé la fin. Avec les comptines, c’est permis. En revanche, les macarons, ça ne doit pas se rater.

CCXLIII.

Comme beaucoup d’hommes, je n’aime pas danser. N’ai jamais aimé et n’ai jamais dansé. C’est tant mieux car si j’aimais, je danserai, or je n’aime pas. Encore un tour. Et puis, à présent, j’ai un bon prétexte : à près de quatre-vingt ans (balais ou ballets ?) qu’irai-je inviter, laissée seule au bord de la piste ?

Nombre de femmes que j’ai aimées (il exagère toujours !) raffolaient de la danse. Emmène-moi danser… Une prière, voire un doux ordre. On allait à La Bohème, place Saint-Amand, au Grillon, sur les boulevards. Ou dans les chics soirées, celles de la Méridionale qui se déroulaient dans la salle des fêtes du Cirque ; à l’hôtel de la Poste aussi, dans le Salon Normand, lors des nuits du Golf, des Lions-Clubs ou encore l’attendu Ladies-Night des loges locales. Temps anciens.

Lions et Lionnes ne dansent plus, ils sont libraires d’occasion. Je l’ai vu lors du dernier Quai des livres. Les philanthropes s’y affairaient à écouler la surproduction industrielle et éditoriale. Ceci, je le souligne, dans la bonne humeur et à des prix d’excellence. Exemple : à une jeunesse qui musardait avec trois ou quatre titres sous le bras, une bénévole tendit une cagette : remplissez-moi ça et vous l’emportez pour cinq euros. Les choses se sont gâtées lorsqu’un vieux lion a voulu conseiller la demoiselle sur d’éventuelles lectures. Pourquoi non ? Certes, la lectrice revêtait la forme d’une jolie gazelle dont l’arrière-arrière grand-mère (ou plus haut) agitait ses bracelets dans les antiques palais du Dahomey. Ce que c’est que l’instinct des fauves !

Et le chenu carnivore (pas tant que ça !) de lui fourguer du Graham Greene, du Michel Déon, et du François Nourissier. La jeune black était aussi polie que jolie : Je cherche des policiers… L’autre, superbe et généreux, lui indiquant Les Poneys sauvages, de traduire : Je que crois que ça, c’en est.

On supposera qu’à ses heures, la princesse danse avec autre chose qu’un lion mité. Je lui souhaite. Et qu’au creux de son lit, ça n’est pas la prose de François Nourissier qui l’a tient éveillée ! On lui souhaite aussi.

Que connaît-elle de Rouen et des soirées d’autrefois ? Si elle danse (oui, elle danse !) elle le fait dans des endroits qui me sont étrangers. Demandant à gauche et à droite, on me cite pêle-mêle (façon de dire) La Luna, Le Crooner, Le ChakraLe Kiosque, Le Triplex. Sur ce dernier, on prend le ton léger qui convient pour me signaler que c’est un endroit plutôt pour les garçons. Donc, ma princesse n’ira pas (ou alors… ). Comme elle n’ira pas (plus ou jamais été) au Salon Normand de l’Hôtel de la Poste. Dans tous les cas, c’est tant mieux.

A la place, elle lit ses romans policiers. En cela, cette fille de chef séculier n’échappe pas aux fébrilités liseuses actuelles. Il y a peu, une bibliothécaire de la paroisse m’assurait que l’essentiel des emprunts concernaient le polar. Ça la désole un peu, mais pas tant. Comme dit la chanson : faut vivre.




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