CCXL.

Banalité : il n’y a plus de magasins attrayants. De boutiques qui intriguent. Qui sortent de l’ordinaire. Dans le commerce, l’originalité effraie. Être dans la norme est une sauvegarde. Une assurance contre les méventes.

D’où des rues aussi animées qu’elles sont vaines. A quoi bon ? Faire les vitrines, de nos jours, c’est s’ennuyer. L’un pour l’autre, l’un dans l’autre, tout se vaut. Fringues, godasses, coiffeurs, parfums essentiels, cabinets d’immobilier… voilà pour nos pérégrinations. A s’écarter, ce ne sont que kebabs, pizzerias, restaurants sans plus, bars à bières… Ces litanies en sont de véritables : longues et ennuyeuses. Et le pèlerin que je suis (bientôt j’étais) a peine à y trouver l’acte de foi.

Désormais, à faire mon petit tour, en lieu et place des vitrines, je regarde les gens. Qui eux aussi se ressemblent. L’impression, encore, que l’un ou l’autre… Tu vieillis de plus en plus me dit Jérôme. Alors, je vais mourir. Mon neveu n’est pas un tendre : Si c’est pour dire des bêtises, le plus tôt sera le mieux. Dans ces instants, Dieu qu’il ressemble à ma sœur.

Laquelle se prénommait Célestine (mes parents, pas malins), avait la foi, épousa un Vietnamien et mourut en avril 1994 dans un accident de voiture. Je n’en parle jamais. Surtout pas ici. Mais j’y pense. Souvent. Parfois. Enfin, bref.

Une lectrice souligne que je parlais beaucoup d’alcool. Trop ou toujours ? Comme l’affirma un fameux coureur cycliste : c’est à l’insu de mon plein gré. Écrivant, on n’est jamais seul. Vrai que je ne bois plus (parole d’ivrogne). Enfin, moins. Plus jamais d’apéritifs. Seulement du porto. Et du beaujolais, juliénas avant tout. Comme dit mon médecin : c’est toujours de l’alcool. Il y a peu, il me faisait la leçon sur je ne sais quoi (en fait, je sais très bien). J’ai répliqué : vous poussez loin le bouchon. Lui, du tac au tac : vous parlez d’expérience ! Ce garçon est charmant, mais depuis peu, il m’exaspère. N’était-ce son habilité à jouer de ma carte vitale, je le planterais là.

Bouchon pour bouchon, alcool ou pas, pour en revenir à mes chères boutiques, plus personne, j’en jurerais, ne se souvient, rue Saint Lô, de La Maison du Bouchon. Un magasin pour embouteilleur et caviste en chambre. Pas pour savantasses œnologues, non, une boutique pour des gars qui se faisaient livrer, sur le port, une barrique de 500 litres, et mettaient eux-mêmes en bouteilles. Avec étiquettes, et tout et tout. J’en ai connu, du genre pénible, avec des salamalecs autour du pinard, toute la cuistrerie que j’ai eu horreur.

Oui, la Maison du Bouchon. Décor rutilant, un monde de liège, de bois vernis, de fûts en exposition, porte-bouteille, bouchons toutes catégories, capsules, goupillons … bref tout pour la cave et rien pour le reste. Ce qui, au final, advint.

On cherche en vain aujourd’hui ce qui pourrait en tenir lieu. Des bouchons ou autre chose. Des boutiques comme des musées. Bref de l’histoire. C’est la conclusion : nos magasins ne racontent plus rien. Ou alors des histoires qui ne sont pas pour nous. Mais pour qui ?

2 Réponses à “CCXL.”


  • Mais quand même, il y a la boutique-atelier du Monsieur qui vend des lampes 1900-1930, rue aux Juifs je crois. Il s’appelait « Mauve et goût » ce qui est très rigolo (mais je crois qu’il a changé de nom). Cherchez et vous trouverez…

  • Les magasins se ressemblent de plus en plus : là suis en gros d’accord avec vous.

    Les gens « aussi se ressemblent » : là pas d’accord. Au contraire la diversité des gens à vivant ou séjournant ponctuellement à Rouen a beaucoup augmenté depuis les années 1950-1960 auxquelles vous faites souvent allusion : diversité d’origine géographique, diversité culturelle, psychologique, nombre de touristes, etc (pas de Japonais à Rouen l’été dans les années 1960 par exemple)

    Donc ce qui devient de + en + intéressant, ce ne sont certes guère les magasins, mais les CLIENTS ! et là beaucoup d’occasion d’être intrigué, agacé, ému, compatissant de sourire ou même de rire ; voire de se risquer à faire l’interprète (une constante : les commerçants rouennais sont rarement bilingues, encore moins trilingues ; les polyglottes relèvent de l’espérance virtuelle en des lendemains qui chantent)
    Je fais parfois simplement semblant de vouloir acheter quelque chose pour observer les clients que ce soit dans un magasin (jardinerie – magasin « bio » – de bricolage, de produits de beauté, de « spécialités régionales », épicerie kabyle…)

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