CCXXXIV.

Pour qui aime les ambiances funèbres, délétères, un brin morbides, un seul endroit, aux Nouvelles Galeries, l’exposition de François Cavelier, photographe. Sous prétexte d’impressionner Rouen et de se raccrocher aux branches d’un arbre japonais, nous avons là six ou sept grands formats à propos du Mont Fuji. Aucun intérêt pour moi, c’est de l’art générationnel. Entendez : de l’art pour le ministère de la culture. Non, l’amusant du truc, c’est là où ça se passe. Au sous-sol, lumière crépusculaire, fauteuils comme des tombeaux, gardien pianotant sur son portable. Et on attend. Quoi ? Que ça se passe.

Il n’y a personne. Il fait froid. Les photos y sont aussi mal éclairées que possible, chaque spot se reflétant dans le verre des cadres. On n’ose s’approcher ou dire un mot, de crainte de profaner. Vrai, ça vaut le déplacement. C’est d’autant plus dommage, chers lecteurs, que l’exposition ferme ce jour, au moment où s’écrit cette chronique. Aucune importance. C’est exprès. Comme ça, on s’en tiendra à ma parole. Je m’en voudrais de recommander, même en creux, ce qui se passe ici. Ou là. D’autres le font dans l’excellence, même à leur insu.

Quel été ! Avouez qu’on a été gâtés. On ne reverra pas ça avant longtemps. La soupe qu’on a servie ! A généreuses louchées. Soupe artistique comme il y a soupe populaire. En veux-tu en voilà ! Et remerciez l’abbé Bazire. Franchement, la japonaise avec ses bulles, le photographe dans son placard, l’autre avec ses abeilles, l’autre avec sa boite d’allumettes, sans parler des cubes je ne sais plus où, j’en oublie sans doute et c’est pas dommage.

Au passage, une note : les photos exposées dans un sous-sol désaffecté ; une boutique vide transformée en lieu d’exposition dans la galerie commerciale de l’Espace du Palais ; d’autres tableaux dans les vitrines du défunt Pier Import… il semble que là où le commerce périclite, l’art (prétendu tel) s’y raccroche. Il se place entre la liquidation et la faillite. Ce ne sont plus des cimaises, ce sont des squats. Qu’en conclure ? Rien. Ou peut-être une phrase ancienne : pendant les travaux la vente continue. Et nous aussi. Dame, faut bien ! Le commerce n’est-ce pas…

Il y a des jours où le désespoir (trouver un mot moins fort) l’emporte sur la révolte. On a beau faire de l’ironie, on est vaincu par la bêtise et la suffisance du monde. Oui, il n’empêche, cet été aura été débilitant. En matière de culture, en matière de politique (pas pour les raisons qu’on croit), en matière de vertu, de maintien et d’humilité. En matière de tout, au final.

Oui, pourquoi suis-je allé voir cette maudite exposition ! Qu’allais-je faire dans cette galère ! Aucune idée. Ah, si, c’était pour de la parapharmacie. Oui, il faut que je vous explique, j’ai des soucis du côté des dents, ça me lance, ça me tire…

Le gardien : messieurs-dames, on ferme ! Le reste de la conversation se perd dans le brouhaha.

2 Réponses à “CCXXXIV.”


  • Merci pour vos chroniques! Ne trouvant pas votre courriel, je vous invite par le biais de ce commentaire à la conférence que donnera Philippe Delerm sur « l’écriture et l’impressionnisme du regard », jeudi 30 septembre 2010 à 18h dans l’amphithéâtre Axelrad de la faculté des Lettres, sur le campus de Mont-Saint-Aignan. Cordialement

  • Oh Monsieur, et le clochard génial « le Gentleman … » je ne me souviens plus bien de la suite, qui laissait sur les murs des tags très bien considérés par le Monde de l’Art rouennais, est-ce que cela vous dit quelque chose ? Il paraît même qu’on a « réalisé » un film sur lui !
    Autre chose, l’Abbé Bazire va bien, c’est un renseignement de première main.

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