CCXXXII.

Il existait autrefois, rue Saint-Vivien me semble-t-il, une sorte de bazar à l’enseigne de A l’utile et à l’agréable. Voilà qui avait tout pour plaire. Entendez pour plaire dans la maison, du corridor à la salle de bains. Encore qu’à l’époque, de salle de bains… Si j’ai bonne mémoire, c’est à présent un des multiples restaurants indiens de Rouen. Ces derniers, toujours utiles, toujours agréables (enfin, parfois). Je dis ça pour ceux qui aime la cuisine indienne. Ou chinoise. Ou vietnamienne.

Mais y a-t-il une cuisine vietnamienne ? Marguerite Duras, avec qui j’ai déjeuner une fois, m’assurait que non. Que c’était une invention coloniale. J’imagine qu’elle savait ce qu’elle disait. A ce propos, le déjeuner en question avait lieu à Paris, tout début des années Soixante (retrouver la date). Exactement rue Paul-Escudier, dans le IXe. J’ai des raisons précises pour me souvenir de la rue, mais guère du restaurant. Peut-être un endroit à la Georges Simenon, nappes à carreaux et beaujolais en pichet. Elle venait de publier Dix heures et demie du soir en été et je m’essayais à la critique littéraire.

Ce fut un déjeuner ni utile, ni agréable. Si j’en parle maintenant, c’est que ça fait bien. D’avoir déjeuner avec Marguerite Duras. Comme on dit, ça me pose. Question de standing. Je n’ai pas réussi à placer mon article. Si donc Marguerite Duras a fait la carrière que l’on sait, je n’y suis pour rien. Ou pas grand-chose. Elle avait déjà son statut de déesse à la recherche de grands prêtres. Il fallait être de l’église ou pas. Moi, comme d’habitude, entre les deux. Novice, mais pas trop. Je l’ai croisée, plus tard, à Trouville, en avril 1967 exactement. J’ai des raisons précises pour me souvenir de la date et du lieu, en l’occurrence Les Vapeurs. Elle ne m’a pas reconnu. Moi non plus.

Autre chose : ce matin tôt, chez moi, arrivée klaxonnante des pompiers. On a découvert Louise G***, la locataire du rez-de-chaussée, inanimée chez elle. Les soldats du feu l’ont convoyé, vaguement consciente, sur une chaise roulante. Une de ses belles-filles est arrivée vers midi, a pris quelques affaires et est retournée à l’hôpital. Je n’ai pas osé demander ce qui se passait. Oui, la mort rôde. Autant s’en éloigner.

Marguerite Duras aussi est morte. Et la rue Saint-Vivien a bien changé. Quand j’étais jeune, il y avait la caserne Philippon avec à l’entrée, deux guérites gardée par des troufions. Durant la guerre d’Algérie, on allait y distribuer des tracts, histoire de convier ces braves soldats à l’insoumission. On ne risquait pas de les convaincre, vu qu’ils étaient convaincus. Bref, on se faisait plaisir. C’est devenu plus sérieux ensuite, du côté de Richepanse en particulier. Mais de la guerre d’Algérie à Rouen, il y aurait toute l’histoire à raconter… A d’autres.

Je me relis : corridor est un mot qu’on n’emploie plus. A la rigueur entrée. Mais les maisons n’ont plus d’entrée. Les restaurants non plus. On entre directement. Et on sort itou. A ce propos, dernière nouvelle : Louise est rentrée. Pas vaillante, mais enfin, bon, elle est là. La faux recule. Profitons-en…

1 Réponse à “CCXXXII.”


  • Bonsoir Monsieur ! Et la pauvre Mme Sagan, l’avez-vous croisée à Equemauville ou Deauville ? Nan ? Oh, ce n’est pas grave…

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