CCXXIX.

Ces chroniques n’ont pas de titre. C’est parfois un handicap pour les attaques. Par aventure, ce récit pourrait s’intituler : François d’Assises passant par Rouen. Et s’il pouvait être publié dans le bulletin diocésain (à supposer qu’il en existe un) ce serait mieux. Autant m’arranger avec le Ciel sans attendre.

Il y a, rue du Gros-Horloge, une sorte de pilier de rue, mi clochard mi retraité, nanti d’un lapin et d’un chien. Les trois, à peine sympathiques ou amusants. Enfin, ainsi m’apparaissent-ils. Il y a quelque temps déjà, le chien est mort. Admettons. Dans notre quotidien local, on a convié l’opinion à remplacer l’animal. Chose faite, on s’en doute, en peu de temps (le vieux serait-il mort que l’élan aurait été le même). Pourquoi un tel engouement ? Réponse : pour ne pas déparer le décor.

Il existe désormais dans chaque rue un peu piétonne, un peu vitrine commerciale, l’original de service qu’on se doit de caresser dans le sens du poil. Il y a cinquante ans, mascotte et ménagerie auraient fait l’objet, dans le même quotidien, d’un écho déplorant sa permanente exhibition. Il y avait alors un spécialiste (LE spécialiste) de ce genre de diatribe bien pensante. Pour en savoir plus, allez à la bibliothèque de l’Espace du Palais, dans l’angle. Vous verrez à quoi ça ressemblait.

Croyez-vous qu’alors, c’était il y a cinquante ans, on aimait l’ordre et qu’aujourd’hui on le réprouve ? Évidemment non. Notre trio vénéré l’est parce qu’il représente l’archétype de la communion publique envers les vieux, les animaux et la misère secourable. Bref, la pitié mondialiste. La piété des paroissiens de la consommation. La prière conduisant de la cathédrale à Saint-Vincent, via nos sacro-saintes emplettes.

Qui plus est, les trois mages ont l’avantage, par contraste, de repousser l’image des Iroquois à chaine et blousons cloutés, possesseurs de chiens moins bonasses. Si ces amateurs de bières méritent l’attention publique, c’est pour l’envers de la peau du lapin : ils incarnent l’alcoolisme, la jeunesse paresseuse, le manque d’hygiène, etc.

Bref, l’un et l’autre sont des exemplas (à chercher dans d’excellents et vieux dictionnaires). Ils prêchent. Ils invoquent. Pour vous situer les choses, si François d’Assises passait par Rouen (ce qu’à Dieu ne plaise), son attention irait aux Iroquois.

C’est là qu’on voit la sainteté : partager avec les crêtes de coq, rouler dans le vomi de Flensburger et se faire tatouer Carpe Diem en lettres gothiques sur les pectoraux (et plus si affinités). Avouez qu’en regard, notre Monsieur Vitali à la noix n’a rien d’excitant. Lui rassure, les autres inquiètent. Surtout les institutrices à la retraite, qui, ayant oublié le Sheba de Minou, se risquent de courir, à dix-neuf heures passées, chez Monoprix…

Croyantes ou pas, reconnaîtront-elles, parmi le groupe amassé, le visage transfiguré du povereto de notre vingt et unième siècle ? Sûr que non. Rentrant, toute frayeur dépassée, elles diront à Caramel : A cause toi, j’ai manqué Questions pour un champion.

Post-scriptum : Si Monseigneur l’archevêque l’exige, l’envoi du fichier est possible. Qu’il me précise le format.

2 Réponses à “CCXXIX.”


  • Virulent comme rarement. Acrimonieux presque. J’aime.

  • Super chouette épatant ! Mais vous pouvez aussi bien enlever les s à exempla et Assise, enfin c’est à votre convenance, vous êtes chez vous !

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