CCXXVII.

Tout le monde le sait et Rouletabille bien mieux : le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. A l’encontre, il y a longtemps que la place de l’Hôtel de Ville n’a plus rien pour elle. La frénésie destructrice d’un Jean Lecanuet (aidé de ses calamiteux adjoints) a imaginé cette galette informe où ne subsistent rien des origines. Arbre après arbre, espace après espace, il a fallu amoindrir, rogner, effacer. Ce qui n’était qu’ampleur et dégagements est devenu recoins et angles morts. On a rangé, compartimenté, bref défini.

L’apothéose fut atteinte (profitons-en pour rappeler qu’apothéose est du genre féminin) avec la fontaine zodiacale de Louis Arretche, laquelle achevait un chamboule tout circulatoire né de l’instauration du parking souterrain, de la disparition des pompiers, du commissariat, de la station des tramways, etc. Pour parfaire le chef d’œuvre, on a imaginé un mignard monument commémorant l’appel du 18 juin 1940 et un autre pour l’escadrille Normandie-Niemen… A qui le tour ?

Un qui se méfie, c’est le cheval de Napoléon. Patience, on y arrivera. Déjà cette fontaine n’était pas grand-chose, mais au moins l’eau y coulait. Aux beaux jours la jeunesse s’y donnait rendez-vous par groupe. Là, au milieu des bassins, questions oiseuses ou sérieuses, amours adolescentes, rigolades ou prises de tête… Le vainqueur de Wagram fermait les yeux. Il en avait vu d’autres…

Mais les Municipes veillaient. Cette eau qui coule, ça revient cher. Et pis, quand qu’ c’est bouché, ben c’est bouché. Et quand qu’y faut déboucher, pardine, ça coûte. Ça s’erait t’y pas mieux un jardi ? Sûr que oui. Furent comblés les bassins de terre meuble et plantées pâquerettes, coquelicots, boutons d’or… Colchiques dans les près fleurissent fleurissent. C’est impressionniste, qu’on vous dit. Les ados ne sont pas heureux ? Qu’ils aillent y voir !

Ça n’est pas tout. Rouletabille le sait : derrière le presbytère, il y a le jardin de l’Hôtel de Ville. Et son grand bassin. Là, autrefois les enfants sages faisaient glisser leurs bateaux. En tout bien tout honneur car c’était sous les auspices de Nessus enlevant Déjanire, groupe suggestif. Encore une fois, on fermait les yeux.

Alors mon brave, demanda Valérie Stangerson au jardinier, qu’en pensez-vous ? Le bonhomme, retirant sa casquette, se gratta la tête et sourit de façon malicieuse. Ben, M’ âme le maire, sauf vot’ respect, quand qu’ c’est bouché, c’est bouché. Et quand qu’y faut déboucher, ça coûte. L’élue réprima une moue agacée : Oui, dit-elle, comme d’habitude… un jardin ? J’allais l’dire conclut le père Magloire.

Alors voilà c’est dit. On ferme les fontaines, on coupe les jets d’eau, et on remplit les jardinières. Une à une, toutes les fontaines disparaissent. Reste encore les bassins du Champ de Mars (mais ce sera bientôt fait), la fontaine Sainte-Marie, la Crosse… d’autres encore, et évidemment celle de la place dite du 19 avril 1944. Où ça ? Vous savez-bien, là où sont les Floralies et le Socrate. Ah bon, ils vont fermer celle-là aussi ? Mais non, Bécasse, tous nos électeurs y prennent l’apéro. Celle-là, on la garde.

6 Réponses à “CCXXVII.”


  • Je vous signale également la fontaine de la place Bernard Tissot (place de la Gare) dans laquelle l’eau ne coule plus depuis presque un an et qui a offert le spectacle lamentable d’une eau croupie chargée de déchets pendant tout l’hiver, l’eau croupie se changeant périodique ment en glace. Au printemps elle a été nettoyée et vidé, l’eau n’a pas été rétablie et elle sert à nouveau de poubelle.

  • Dans le même ordre d’idée, voici mon article de la semaine dernière dans Paris Normandie.

    HISTOIRES D’EAU
    15-07-2010 Une statue-fontaine voyageuse
    Mais à quoi donc pouvaient s’occuper les enfants avant l’apparition de l’électricité en 1879 ? Quatre possibilités si l’on en croit le décor du monument-fontaine d’abord érigé sur l’ancienne place Saint Sever et inauguré le 2 juin 1875 devant 100 000 spectateurs curieux. Lecture, écriture, calcul et prière étaient privilégiés à l’Institut des Ecoles Chrétiennes de Saint Jean Baptiste de la Salle comme en témoignent les sculptures disposées tout autour. La fontaine haute de plus de 12 m se compose d’une vasque d’une quinzaine de m de diamètre surmontée d’une statue en bronze représentant le fondateur de l’ordre, haute de 3,80 m et pesant plus de 3 tonnes. Le 4 novembre 1872, un décret signé par Aldophe Thiers avait autorisé « l’érection à Rouen, par voie de souscription publique, d’un monument à la mémoire de l’abbé de la Salle ». Elle connut un vif succès et le concours qui s’ensuivit sera remporté par le tandem Edouard Deperthes, architecte, et Alexandre Falguière, statuaire, qui récidiveront quelques années plus tard avec la fontaine Sainte Marie. Transfert contesté Le groupe monumental sera déplacé pour être remonté place Saint-Clément en 1888 malgré une vive contestation populaire. En 1941, une campagne est entreprise pour sauver la statue que les allemands veulent envoyer à la fonte, comme celle d’Armand Carrel et bien d’autres. Georges Lanfry lance alors son appel « Justice et grâce » et le poids équivalent en cuivre est proposé pour sauver l’oeuvre. Pourtant, une question mérite d’être posée. Si de nos jours, la place Saint Clément a conservé sa statue, a-t-elle encore une fontaine ? Depuis une vingtaine d’années, des ennuis techniques ne permettent plus d’avoir la vision rafraîchissante attendue d’un tel monument. Mais as-t-on vraiment en haut lieu, la volonté de faire mentir le dessinateur graveur rouennais Jules Adeline qui, dubitatif, écrivait : « le monument domine ; la fontaine est l’accessoire … ». Fontaine, je ne boirai pas de ton eau, serait-on tenté de conclure. Dommage pour cet ouvrage inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1991.

  • Le fameux « Livre des Fontaines » doit se retourner dans la bibliothèque !

  • Très bien ce billet.

    D’autre part…
    J’ai habité plusieurs années (année 90) le quartier St Clément et j’avais l’habitude avec ma fille d’aller à cette fontaine et de faire des tours et des tours de vélo autour de celle-ci. Elle était toujours remplie d’eau et la fontaine fonctionnait, j’ai même pas mal de photos. Je suis surpris de lire que depuis 20 ans elle serait sèche!!
    Mais bon, avec PN on a l’habitude de l’approximation…

  • N’étant pas partout et tout le temps, j’ai pris la précaution d’écrire  » Depuis une vingtaine d’années » et non pas « depuis 20 ans ». En outre, je n’ai jamais écrit qu’il n’y avait plus d’eau depuis aussi longtemps, mais simplement pointé du doigt les  » ennuis techniques » à répétition. L’approximation réside dans un commentaire interprétatif et non pas dans l’article lui-même. Dans un prochain article, vous pourrez lire qu’ « une fontaine n’est « crédible » qu’alimentée en eau. » Un sujet qui m’intéresse au plus haut point.

  • Je me garderais bien de lire, on est assez bassinés dans tous les sens et à longueur d’année avec le patrimoine dans cette ville.

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