CCXXVI.

Il y a longtemps, dans Paris-Normandie, paraissait chaque semaine une rubrique intitulée Le Courrier de Marie Malone. C’était une sorte de courrier des lecteurs, genre Ménie Grégoire sur papier, mâtiné de Clara Candiani. Pas jeune, tout ça. Marie Malone (c’était le pseudonyme d’Annie Guilbert) possédait un brin de plume et pas mal d’humour. Durant des années, elle accrocha le lecteur, le rivant à l’achat du journal. Autant dire que, oui, c’était il y a longtemps.

Il faut se demander pourquoi de telles plumes n’existent plus. Ou, si elles existent (sans doute), pourquoi ne leur donne-t-on pas toute latitude pour s’épancher. On connaît la réponse : le conformisme ambiant. La peur du trop et du pas assez. La presse en est à ce point qu’il lui faut sauver les meubles. Un pas de côté, un exercice hardi, une originalité, et c’est le risque pris. Celui assuré de heurter ou dérouter. De déranger le train-train. Donc de perdre.

Ces craintes, on le sait, ne sont que fumisteries en forme d’alibi. Il s’agit, au vrai, d’un manque de courage ou de confiance. De courage pour soi-même. De confiance envers les lecteurs, les auditeurs, les téléspectateurs. Ainsi lit-on l’équivalent dans le Journal littéraire de Paul Léautaud, secrétaire au Mercure de France. D’un lecteur mécontent qui rendait son abonnement pour un article trop trop, Alfred Valette, le rédacteur en chef, disait : Celui-là se désabonne. Un autre s’abonnera (retrouver le passage). Le Mercure de France vécut une bonne quarantaine d’années, et disparut (ou quasi) avec la mort d’Alfred Valette. Par la suite, inutile d’en parler.

Il en va tel de nos jours. Plus d’Alfred Valette et plus de liberté de ton. Sinon dans les blogs ? Mais sont-ils lus ? Mon Jérôme de neveu m’assure que oui. Il me fournit parfois le compte de mes lecteurs et lectrices. Je mélange hits et visites. Il paraît que ce n’est pas la même chose. En bon traditionnaliste, je préfère les visites aux hits. J’ai peut-être tort.

Là où j’ai raison, c’est de penser à autre chose. Par exemple que je suis seul à être de mon avis. Plus de complicité intellectuelle avec quiconque. Relations de voisinage d’idées, confrontations de point de vue ? A peine. Le personnel politique local me navre. Les autorités savantes (professeurs, avocats, médecins, décideurs de tous crins…) travaillent. Entendez qu’ils gagnent l’argent qu’ils aiment dépenser. Quand aux artistes, misère, qu’en dire ?

Je sais que je suis injuste, mais comme dit l’autre c’est mon opinion. Une tendre amitié me lie au chat-squatter de l’immeuble. Disciple de Raymond Aron (me dit-on) il prend les choses à distance (excepté sa pâtée). Il dit que j’attends trop des autres et pas assez de moi-même (ou le contraire ?) Bref que je m’illusionne. Et que, au final, je suis dans le confort, pas l’effort. Peut-être.

Voilà bien où l’âge est impitoyable. Tout s’échappe. On a prise sur peu de chose. Alors qu’il s’agit de passer la main, on s’aperçoit qu’on l’a déjà perdue. Bref, qu’on se fourvoie. C’est alors qu’on conclut sur cette phrase célèbre : j’ai été floué.

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