CCXXV.

L’autre soir, au Vieux Marché, regardant passer Élisabeth Macocco, me revenait ce vers familier O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais ! C’est dire mon émotion ! La chaleur sans doute. Ou L’Âme du Vin pour conserver l’esprit baudelairien. Rentré, je me suis dit que j’étais bien bête de m’en faire. Après tout, ils n’ont que ce qu’ils méritent. Qui ? Les gens de théâtre, les théâtreux. C’est de leur faute si le théâtre est devenu ce qu’il est, à savoir du Cirque. Viva Cité et compagnie, les cracheurs de feu, les équilibristes, les dresseurs de chats.

Quand on se risque, c’est pour Feydeau ou Tchékov, du cent pour cent garanti. Le reste se passe à Paris. Sinon à Barentin, à en croire mon quotidien matinal où, parait-il, un valeurel cultureux s’efforce d’animer Mondory. Grand bien lui fasse. Encore un qui ne tardera pas à se tordre le foie. Et conclure qu’il a perdu son temps.

J’ai trop aimé le théâtre pour apprécier ce qui se fait désormais (je veux dire ici). Pas de public me dit-on. Pas de lieu non plus. Pas grand-chose finalement : volonté, entrain, besoin. Bref, rideau. Pour l’été, on a cru bon de me convier à villégiaturer chez des amis dans un mas situé en Avignon. Là où est le festival. On croit me faire plaisir. Pensez si je vais traîner en la cour du Palais des Papes ! Entendu à la radio qu’il n’y a plus que danse et musique. Merci bien. Dans la villa, il y aurait aussi une piscine. Merci encore.

Anniversaire oblige (79 ans !), on m’invite de nouveau à dîner. Cela se passe place Cauchoise, à L’Écaille. Je n’ai pas à jouer les Bibendum pour dire ce qu’en pense. C’est aussi cher que c’est parfait. Bref, trop c’est trop. Ou pas assez ? Là encore, ces amis croient me faire plaisir.

Jérôme : tu n’es jamais content. Non, je ne le suis jamais. Je ne l’ai jamais été, je ne le serai jamais. J’avais dix ou douze ans que mon père (voici venu le temps de penser à lui) me demandait : rien ne te ferait plaisir ? Non, rien. J’avais envie d’autre chose. Quoi ? Si je l’avais su ! Si je le savais !

A L’Écaille donc. Où les souvenirs reviennent. Ce fut autrefois Les Oubliettes, cabaret des moins fréquentables, lequel se transforma en un Bovary guère plus fréquenté. A moins d’y chercher… Ce qu’on aurait des difficultés à trouver dans le présent restaurant (encore que, sait-on jamais !) Mais avant d’être tout ça, il fut, un court temps, années d’après-guerre, un premier Bovary, et devinez quoi, un Bovary-Théâtre ! J’y ai vu Antigone de Jean Anouilh par le Rideau Pourpre, troupe d’amateurs. M’en reste une passion pour un auteur dont on vient de non-fêter le centenaire.

D’autres choses aussi. Des sketchs d’après Bertold Brecht, je crois. Tout se mélange. Le jeu des acteurs et celui des serveurs de L’Écaille. Ces derniers évoluent comme s’ils étaient certains de remporter, ce soir, un grand succès. Sûrs d’eux-mêmes et du texte. Et du public qui n’y connaît rien. Ni en théâtre, ni en cuisine.

1 Réponse à “CCXXV.”


  • Ah! ben merde! Obligé de manger à l’Écaille! Vos amis n’ont vraiment aucune pitié pour vous, les salauds!
    Je suis bien heureux que ma condition sociale m’épargne de telles souffrances.

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