CCXXIV.

Soir d’été, je me laisse traîner à dîner dehors. Cela se passe au Vieux-Marché. Vrai qu’il y a là une ambiance certaine et qu’on n’y est pas plus mal qu’ailleurs. Surtout par ces temps où le touriste abonde. Eva Molineux, c’est notre habitude, fait la généalogie des enseignes disparues ou transformées. Là Le Français, là Le Parisien… Chez Gentil, La Toque d’argent, Le Colmar, La Moulière, l’Écu de France, La Marée… Plus qu’un guide culinaire, c’est un cimetière. On cherche, on hésite, on commémore, on oublie… Tu te souviens de Pigoult ? De Pons, de Léveillé ? Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ? Oui, sur la fin, ce dîner vire au colloque sentimental.

Je dois être de bonne humeur. Je ne récrimine en rien. Ou de rien ? Comment utiliser récriminer ? Après consultation, il apparaît qu’on récrimine contre quelque chose. Donc, ce soir, je n’ai à récriminer contre rien. Même en cherchant bien ? Oui, même en cherchant bien. Ou alors, disons que…

Quelle faillite que les abords du monument Arretche. La Municipalité laisse le périmètre à l’abandon, ne cherchant nullement à y regagner de l’espace. Pourquoi ne pas supprimer le stationnement, ces ridicules bosquets végétaux, ces marches, contremarches, murets, sur-murets… sans parler de la persistance de halles qui n’en sont pas, qui n’en n’ont jamais été. Qui n’en seront jamais. Halles d’une saleté sans nom et qui virent au débarras pour tous. Il serait, avec de l’imagination de relier le haut et le bas de la place, de mettre l’église au centre d’un parc urbain… bref, de mettre de l’usage où il n’y a que de la fonction. Enfin bref, comme d’hab.

On dit que le Musée Jeanne d’Arc va disparaître. C’est un peu tant mieux. La figure ne mérite pas ce costume étriqué. L’ère touristique mondiale étant venue, Rouen possède là une ressource incomparable. Sans risque, Jeanne d’Arc se décline en littérature, en cinéma, en peinture, en théâtre… en colloques historiques, en disputes savantes ou politiques. Vrai, tout pour faire venir du monde qui dépenserait des sous (l’essentiel désormais). A ce titre, Jeanne d’Arc c’est l’Armada et l’impressionnisme réunis. Mais vrai aussi que personne n’y croit.

Quoiqu’épuisante, la soirée m’amuse. Moi qui ai horreur des terrasses, je suis servi. Et pas question de me plaindre du froid. Le flux ne cesse d’aller et venir. Le restaurant fait presque trois services par table. A un moment, j’aperçois, passante, Élisabeth Macocco. Eva, toujours charitable : Elle est encore pas mal. Ce n’est pas faux. On s’accorde à dire qu’elle n’a pas eu la carrière qu’on pouvait en attendre. Finira-t-elle par mourir à la tête des Deux Rives ? Possible. Probable. Elle n’y fait pas grand-chose, sinon gérer la pénurie et la prétention des lieux.

Enfin, bref, où en étais-je ? Ah, oui, aux restaurants d’autrefois, par exemple à La Moulière où les serveuses réclamaient les plats en cuisine en criant : J’attends un bœuf ! J’attends une moule ! Mais de La Moulière et de ses serveuses… encore une chronique à écrire.

Sur ce, il nous faut rentrer et digérer ces maudites profiteroles. Quel hypocrite !

1 Réponse à “CCXXIV.”


  • Ah, Chez Gentil, c’était vaguement de la famille…
    Meilleures pensées de Moscou, où tout n’est pas rose non plus !

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