CCXXIII.

Difficile d’échapper à ce délire qui nous envahit en ce culturel été. Prenez-garde à la peinture ! lisait-on autrefois sur les murs. On n’avait pas tort. Je m’étais pourtant bien juré, mais faire autrement ? Rouen Chronicle c’est de la littérature, autant que du commentaire. Pourquoi ne pas m’y résoudre ?

Il y a peu, Daniel Authouart, peintre local pour l’international (le contraire ?) donnait son avis sur ce carnaval pictural : de l’art étalagiste… sans pérennité. L’homme sait de quoi il parle. Dans le genre, c’est un expert.

N’empêche, je lui donne raison. Que restera-t-il de tout cela à Noël ? Rien. Beaucoup de papier imprimé, sans compter les factures afférentes (payées ou pas). Ce monde est ainsi fait que, les festivités à peine à leur mitan, on parle déjà des voiliers du bout du quai. Hein, ce que c’est que nous ! Et des autres !

L’autre soir, A*** qui s’y connaît en peinture comme moi en géranium (simple exemple) me recommande une belle exposition à la Chambre de Commerce. Le hasard veut (qu’est-ce qu’il ne faut pas écrire !) que je passe près de là au cours de ma promenade kantienne. Un pas de côté et me voici dans l’antre des décideurs locaux. Ladite exposition est à l’étage. Là sont les salons d’apparat et la salle des délibérations.

Resté dans son jus de 1951 ou 52, le Palais des Consuls est un des plus bâtiments de la ville. On le sait, sa décoration intérieure est superbe, ni trop, ni pas assez. Fonctionnelle, intégrée, la réussite est patente. Pour les amateurs, outre les bas-reliefs de l’escalier (Maurice De Bus), je recommande les luminaires et les appliques (Raymond Subes et André Arbus).

Pour ce qu’il en est de l’expo, c’est de l’École de Rouen, meilleure et pire manière. En veux-tu en voilà. Bref, des toiles achetées durant des décennies par les consuls siégeant dans la salle d’à côté. Seul point de bon sens : tout dans le raisonnable et sans curateur pour nous expliquer le pourquoi du comment.

Les lieux sont calmes, silencieux, il n’y a personne, on prend son temps. L’occasion de voir que Pierre Le Trividic n’est pas n’importe qui, que Pierre Hodé, c’est à tomber par terre, et que Pierre Dumont, c’est ce qui excède. Oui ici, et seulement, prenez-garde à la peinture ! Le reste ne vaut guère. Ou alors si, dans la galerie, une grande machine de Reynold Arnoult, peintre oublié. On s’apercevra un jour qu’on a eu tort.

Sortant, voici le Pont Boieldieu et la boite d’allumettes d’Arne XV. Ce mikado de Gulliver, anodin et amusant, plaît tellement que voilà t’y pas qu’il est question de le conserver. Belle idée. Avec les sinistres joyeusetés de Jean-Marc De Pas, le PAL (Pont des Arts Locaux) est sur la bonne voie.

Qui disait : l’art c’est ce qui résiste ? Peut-être un fervent (comme moi) des quatre blocs de Jean-Marie Baumel. Ils tiennent le coup ceux-là. Au grand dam des décideurs cultureux du coin. Ah, disent-ils : l’art véritable, on en a marre, ce qu’on veut c’est du rigolo. Encore un effort, on y est presque…

3 Réponses à “CCXXIII.”


  • Tout ce que vous écrivez est souvent vrai, ou assez vrai, de mon point de vue en tout cas.

    Mais c’est finalement la vie elle-même, la vie collective de Rouen et d’ailleurs, comme chacune de nos vies particulières, qui sont approximatives et pleines d’éléments aléatoires voire dérisoires : nous le savons bien.

    Donc, avec grand talent, ce que vous instruisez, chronique après chronique, c’est un peu le procès de la vie tout court. Disons que vous exprimez certes des admirations et des enthousiasmes ; mais au compte-gouttes, et plutôt concernant le temps passé.

    Mon père était comme cela. Je me régalais donc à entendre ses analyses acérées, décapantes, très drôles. Et en même temps j’y soupçonnais quelque chose de «pathétique» : à savoir que c’était sa façon à lui, quelque part, d’apprivoiser le vieillissement. S’il n’avait pas dénigré le présent, comment aurait-il pu dire adieu, par étapes, et avec un immense regret, à la vie qu’il aimait tant ?
    Derrière sa silhouette et ses propos désabusés, j’apercevais donc parfois, en filigrane, un visage tristement souriant et une main tendre, agitant un mouchoir blanc,comme s’il commençait à s’éloigner de notre rivage pour gagner des terres inconnues.

  • Bonjour,

    Voici déjà quelques temps que je suis avec intérêt vos chroniques. La vision de Rouen qui en ressort est particulièrement originale. Le mélange subtil de souvenirs, de faits passés et présents, et d’une subjectivité assumée forment un univers agréable à parcourir au fil de vos lignes.

    Auriez-vous la gentillesse de me communiquer une adresse mail sur laquelle je pourrais vous envoyer un projet de publication afin d’y voir si possible figurer vos textes ?

    Merci d’avance.

  • Et bien en voilà un succès … Encore, s’il vous plaît !

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