CCXVIII.

Déjeuner dans l’une des trois brasseries (au choix) de la place de la Cathédrale. Temps frais mais soleil éclatant, d’où foule en terrasse et peu de monde en salle. Les intérieurs sont donc calmes. A la table d’à côté, une mère et son fils. Lui, six ou sept ans, elle, la trentaine finissante, plutôt allurée, un brin eurasienne, très attentive au gamin. Il attend son menu enfant. Elle boit, seule, quelque chose pouvant ressembler à un jus d’abricot.

Le gamin : Dis, le monsieur il est plus vieux que Pépé ? La mère ne sait où se mettre. Je réponds : Tout dépend de l’âge de Pépé. La mère, dans un souffle : Cinquante six. Moi, au gamin : Moi, soixante-dix neuf. A ton avis, ça fait combien de différence ? Le gamin ne répond pas. Ça c’est une vacherie de vieillard.

J’engage la conversation. Banalités d’usage sur la ville, ses monuments, ses rues piétonnes. Touristes, ils prévoient d’aller au Musée de peinture. Je conseille plutôt le Muséum. Qu’a à faire un gamin des bêtises de l’exposition impressionniste ? A titre personnel, comme on dit, je vante le Musée Jeanne d’Arc, celui en cire. Pour un enfant, il me semble que… Et aussi le Donjon, le genre moyen-âge. Peut-être l’Aître Saint-Maclou, à cause du chat momifié, et Le Secq des Tournelles, curiosité rare.

La dame paraît intéressée, sans doute parce qu’elle est polie. Le gamin oublie tout, plongé dans ses frites. Nos échanges s’arrêtent vite. Je m’emballe toujours trop avec les gens que je ne connais pas.

A quoi s’intéresse un enfant de sept ans aujourd’hui ? Pas à des animaux empaillés, à des figures de cire, à de vieilles baraques pourries, ou à des serrures ou des enseignes luisantes de graisse ferraillée. C’est ce que je me dis une fois repris mon chemin. Au vrai, je leur ai indiqué mes préférences d’enfant. Pas pour les musées cités qui, pour la plupart, n’existaient pas, mais pour ce qu’on nomme avec pompe : les centres d’intérêt. Dans mes conseils, il y de l’histoire, du mystère, un peu d’effroi, de la rêverie, pas mal de romantisme. Tout ce qu’un enfant contemporain se flatte d’ignorer. Enfin, ce qu’il me semble. Mais les enfants et moi…

Parlant l’autre jour de la jeunesse, celle qui nous exalte autant qu’elle nous désespère, je me souvenais des fêtes de la jeunesse d’antan. Qui se souviens de ces défilés en ville, rang par rang, au pas rythmé, orchestré tout de blanc et de joie de paraître. Ces exhibitions s’achevaient sur un stade quelconque par de laborieuses démonstrations gymniques. Je me souviens même que cela se déroulait sous un fond de querelle politique, les enfants des écoles publiques concurrençant les enfants des écoles privées. Et croyez-moi, dans la presse locale, il fallait pour le compte-rendu du défilé des uns et des autres, peser du sucre dans l’usage du compliment. Enfin, c’était autrefois.

Et le petit-fils de Pépé ? Je l’imagine devant un bout de nymphéa, dansant d’un pied sur l’autre. A quoi rêvent les petits garçons ? A ce que regrettent les vieillards.

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