CCXVII.

Ma chère amie, je vous avais prévenue, vous n’auriez pas dû accepter. Nerveuse, elle répondit : Je sais. Vous aviez raison (elle n’ajouta pas : comme toujours). Mais je déteste faire faux bond. J’irai. J’expliquerai. A mon sens, c’est l’affaire d’une heure ou deux. Trois, maximum. Il n’empêche, ne pas être au déjeuner des M***, c’était aussi faire faux bond. Promettre, c’est promettre. Surtout pour lui, à vrai dire. J’en parle à Élisabeth. Je pense qu’elle est libre. Le soir même, il avait confirmé. C’est d’accord, cher ami, nous serons là. Et ce sera avec un réel plaisir.

Vous n’avez rien le samedi 5 juin ? Lorsqu’il lui avait posé la question, elle avait à peine relevé la tête de son écran. Nooonnn… Pas que je sache. Ainsi répondait-elle lorsque la question réclamait un minimum de concentration l’enlevant à ce qui l’occupait sur le moment.

Ce n’est que le jeudi, sur un coup de fil du cabinet du maire, que son agenda retrouva sa tête. Pour une tuile, c’en était une. Et avec un discours en plus ! Encore ça, elle pouvait le bâcler en deux feuillets. A la limite, en voiture. Vous prendrez Agostino ? lui demanda–t-il ? C’était presque un ordre. Oui, même roulant trop vite. Quelle barbe, cette commémoration ! Et samedi, j’ai le pressing ! Si je n’ai pas mon ensemble gris pour lundi… Pourquoi lundi ? demanda Robert. Elle, patiente : lundi, je pars pour Édimbourg. Ce fut à lui de sa frapper le front. Ah oui, ce séminaire sur les mémoires de Madame Roland. Oui, elle a dû m’en parler. Ah, chère amie, vous comme moi, nous faisons trop de choses !

Agostino conduisait. Le paysage défilait. Ce fut bientôt le panneau de sortie d’autoroute. Suis-je déjà venue à Rouen ? Il lui semblait que oui. Il y a longtemps. Une grande bibliothèque. Des recherches. Sur quoi déjà ? Et comment se nommait cette bibliothécaire ? N’est-ce pas elle que j’ai revue à Versailles ? Un nom de fleur, non ? Agostino : Madame ? Non, rien. Elle pensait tout haut. Rechaussant ses lunettes, elle relut ses feuillets. Agostino, que pensez-vous de : « Jeanne incarne toutes les grandes vertus humaines. Elle est l’une des plus belles icônes féministes de France, sinon la plus belle. » La voiture dépassa le stade Robert-Diochon : Madame, si je puis me permettre, c’est un peu creux. Elle soupira. Oui, il n’avait pas tort. Le chauffeur ajouta : Pourquoi « icône féministe » ? Mettez simplement « icône féminine ».

Ce garçon est le bon sens même. Elle corrigea. Bon, voilà, c’était fait. Il n’y avait plus qu’à localiser la mairie. J’expliquerai un malaise de Robert ce matin. Que je suis inquiète. Qu’il me faut rentrer. On comprendra. Ou pas. Peu importe au fond. Pourvu qu’on arrive à Louveciennes pour treize heures, c’est le principal. Elle soupira. Ah, Pierre-André et ses soufflés ! Que mange-t-on à Rouen, Agostino ? Il fit semblant de réfléchir : Il me semble qu’on y sert beaucoup de grillades, Madame. Elle réprima un fou rire : Quel farceur vous faites !

4 Réponses à “CCXVII.”


  • La dite dame a commencé son show en faisant changer la date des fêtes Jeanne d’Arc car elle n’était pas libre au jour habituel à Rouen.Cela montrait bien qu’elle n’en avait rien à faire,peut-être même un certain mépris pour cette province tant aimée de Fabius,ce normand de souche…..

  • A Cunegonde : Je crois qu’on aurait pu éviter un tel commentaire sur Fabius.

  • Comme souche cunégonde vous vous posez là! Reste à espérer que vous êtes assez sèche pour brûler convenablement.

  • Bien fait, « ils » n’avaient qu’à inviter Michel O… , il est toujours de bonne humeur !

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