CCXVI.

Clinique Saint-Hilaire. Plus désagréable que sérieux. Sortant, j’achète de quoi grignoter chez le proche boulanger et m’offre un petit-déjeuner au tabac d’en face. On ne m’enlèvera pas de la tête que ce rituel d’être à jeun pour les analyses est une fumisterie. Toujours avoir barre sur.

Ce début de route de Darnétal est sinistre. Je pousse jusqu’à l’église. Fermée, évidemment. Je remonte (admirez, sur la gauche, le fronton de la salle Saint Jean Bosco) et m’attarde sur la passerelle qui enjambe la voie de chemin de fer. Si le lieu a quelque esprit, il ne réchauffe guère. Redescendons. J’aurai bien voulu visiter l’église. Il me faudra guetter dans le journal l’opportunité d’une inhumation. La cérémonie religieuse aura lieu le tant en l’église Saint-Hilaire de Rouen. Là, on a le loisir de considérer les lieux. Ça m’est déjà arrivé, comme ça, d’assister aux funérailles d’individus que je ne connaissais ni des lèvres ni des dents.

Mon âge fait que j’y suis toujours considéré. Je m’assoie, me lève, me recueille. J’écoute le panégyrique. M’incline devant le cercueil. Lors des remerciements, je dis : Sincères condoléances. A quoi on me répond : C’est gentil à vous d’être venu. Moi : C’est la moindre des choses. Comme j’ai l’air revêche, on se dispense d’aller plus avant. Sauf une fois où… Autre histoire à raconter.

Saint-Hilaire l’église, peu le savent, est un tour de force. Construite en 1874, sur les plans de Louis Sauvage, elle a pour particularité d’être aussi monumentale côté transept que côté portail. L’architecte ne s’est pas contenté de construire, il est venu sur le terrain et en a tiré les enseignements. C’est plus rare qu’on ne le croit.

Revenant sur mes pas, j’aperçois ce qui reste de l’enseigne du Théâtre du Robec. Rien. Encore des souvenirs ! Et qui datent de quand ? Années Soixante-dix ? Ce lieu n’a pas duré longtemps. Trois ou quatre ans. Ce fut la tentative d’instaurer ici un théâtre contemporain. Sous l’ère Lecanuet, il fallait une conviction certaine. A l’époque, la tendance était du côté communiste. Ça a bien changé.

Le lieu était particulier. On descendait un long escalier et aboutissait dans une sorte de chapelle. Des sièges en gradins (des bancs ?), des murs crépis. Ni beau ni chaleureux. Genre brou de noix et message réfrigérant : Beckett, Ionesco, Brecht, Buchner… Pas la franche rigolade. La mode du temps.

J’ai souvenir d’y avoir vu Les Chaises. Et ce, en présence de l’auteur. Pour l’occasion, la Municipalité, quasi inconsciente, organisa un vin d’honneur à la mairie. On félicita l’Eugène au champagne et aux boudoirs. Pour des raisons trop longues à dire, je fus chargé d’être l’escort boy de Rodica Ionesco. Folle à lier, ne comprenant rien à rien, un personnage des pièces du mari. En compagnie municipale, théâtrale et journalistique (Pierre-René Wolf régalait), le dîner au Beffroy fut un acte de plus. A raconter, en mieux.

Tout ça est loin. Tout le monde est mort. Je regardais le théâtre et sa porte fermée. Je songeais à mes analyses. Ma vie n’aura eu ni queue ni tête. C’est peut-être ce qui en aura fait le charme.

1 Réponse à “CCXVI.”


  • Oh oui, mais la Clinique Saint-Hilaire, c’est quand même bien (j’y suis née).

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