CCXIV.

Rouennais oubliés et Rouennais omniprésents. Ces derniers qu’on ne tardera pas à oublier. Parmi les premiers, il y André Marie, lequel fut avocat, maire, député, sénateur et trois jours président du Conseil. C’était dans les années Cinquante. Pour moi, du contemporain. Enfin, presque. L’autre jour, aux Archives, à une jeunesse de comptoir, je pose la question de savoir si le Fonds André Marie se consulte ? L’androïde s’alarme : André Marie, c’est quoi ? Puis, huit connections plus tard : Ah, non, pas d’André Marie ici (je résume) c’est au Muséum d’histoire naturelle, section Moustérienle genre interglaciaire, quoi.

Je me suis senti un peu bête. Vrai que je vais peu aux Archives départementales. Le temps d’une visite, celui de constater que, comme chez Molière, nous avons changé tout cela. On décote, recote, surcote. Au passage, on perd une boîte. Et hop. Le rangement, ça permet d’éliminer.

Pauvre André Marie ! Comme on dit dans le Midi, il était brave. Façon élégante de dire qu’il était un peu con. Ce qui n’était pas faux. Mais pas vrai non plus. Il était l’homme de son temps. Et celui-ci n’était guère brillant. Les Radicaux ont leurs places dans les décennies médiocres. Ils y jouent des rôles brillants. Lorsque ça se gâte, ils se noient. Ainsi disparut l’homme de Neandertal. A l’époque, la situation était telle qu’on a préféré voter pour l’Homo Sapiens fossile. Et l’abruti a été battu, archi-battu. Bon débarras.

Notez que l’Homo Sapiens, fossile ou pas, finalement, pas mieux. Aux alentours du Mésolithique, on ne tarda à déchanter. Alors on entendit, comme il y a peu au Clos Saint-Marc : j’suis pas près de revoter pour elle (oui, l’homme était une femme). Bref, jamais content. Tout ça pour dire…

Une autre rouennaise oubliée, c’est Jeanne d’Arc. Son cheval, son armure, sa bannière. Désormais, plus de Fêtes Jeanne d’Arc ici ou peu s’en faut. Plus de défilé surtout. Plus de foule dans les rues pour voir les chars légendaires. Plus d’étudiants déguisés en archers, plus d’évêque Cauchon qu’on huait. Par plaisanterie, mais pas seulement. Je me souviens d’un défilé historique avec Michel Le Royer faisant Charles VII. C’est dire ! Qui fut Michel Le Royer ? Quelqu’un du temps d’André Marie. Oui, c’est dire !

Ça prendrait du temps de raconter. Quoi ? Michel Le Royer, Jeanne d’Arc, André Marie… même la marchande de poires du Clos Saint-Marc qui s’y connaît en préhistoire. Ses poires aussi du reste, genre paléolithique. Me dit-elle : Vous me les mettez au frais surtout. La glaciation, toujours. L’âge arctique.

Tout ça pour dire… Rien ou pas mieux. Cette chronique à peine achevée, la factrice m’apporte une invitation pour les cérémonies officielles des dites Fêtes. J’apprends qu’elles sont placées cette année sous la triple invocation d’Élisabeth Badinter, de Pascal Wintzer et d’Ingrid Bergman… trio d’omniprésents qu’on ne tardera guère à oublier (sauf Ingrid Bergman, of course).

En attendant, seront absents, mais d’ores et déjà excusés : l’homme de Neandertal, André Marie, Michel Le Royer, Charles VII, la factrice, Félix Phellion et la marchande de poires.

1 Réponse à “CCXIV.”


  • Monsieur, vous êtes bien ingrat,l’ineffable mais néanmoins effrayant Michel Onfray ne sera pas de la partie ! Ouf…

Laisser un Commentaire




RESSOURCES DOCUMENTAIRES |
dracus |
medievaltrip |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | childrenofsatan2
| LOTFI - Un rebeu parmi tant...
| VA OU TON COEUR TE PORTE......