CCXIII.

Trop rapide, l’autre jour, parlant du Cirque et de sa brasserie. Un lecteur me signale un oubli, les Rancy, cirque fameux. Celui d’Alphonse, de Théodore, puis de Sabine. Les plus valeureux d’entre nous se souviendront que cette dernière vendait les billets à la caisse (tiens, encore une femme-tronc !). D’or et de pierreries couverte, manteau de fourrure aux épaules. Son père dressait des tigres, son grand-père des chevaux. Ou le contraire. Toute écuyère qu’elle fut, c’est une femme qui eut des malheurs. Son mari fut écrasé par un éléphant. La vie de cirque n’est pas toujours drôle. Je parierai même qu’elle l’est rarement. Voire jamais.

Enfin, ce n’est pas la question. La question, c’est : dis, mon oncle, irons-nous à l’Exposition ? Quelle exposition ? (pardi, il n’y en qu’une). Eh bien non, nous n’irons pas à l’expo, Zazie, nous irons au cinéma. Voir quoi ? Ça s’appelle Le Marché l’après-midi. C’est un film d’Éric Rhomer. C’est bien ? Oui, mais c’est court ; d’ailleurs, en complément, ils passeront un second film d’Éric Rhomer, Le Maire et la Médiathèque. C’est plus long, mais pas de beaucoup. C’est marrant ? Pas trop, mais que veux-tu, Zazie, j’ai des places gratuites. Ce serait dommage de les perdre. Et puis, avec de la chance, le projectionniste va se ressaisir. Il fera semblant de se tromper de bobine et on verra autre chose. Quoi ? Je ne sais pas moi, tiens, Miracle à Milan, Toute la ville danse ou La Cité de la joie

Mais il ne s’agit là que de divertissement. Ce qui nous éloigne de notre chambre et de Sabine Rancy. Allait-elle au cinéma ? A la Médiathèque ? A-t-elle jamais lu Zazie dans le Métrobus ? Trop tard pour le dire. Quant à faire son marché, j’imagine qu’elle y pense. Dame, à 80 ans passés, il faut y croire. Les yaourts, les fruits, le chocolat, une tranche de jambon, une boîte pour Miquette…

Fascination des vieilles dames. On s’imagine mal qu’elles furent belles, légères, aimées, riantes et souples. Il en reste l’essentiel dans leur sérénité et leur douceur à vivre. A continuer. Durer, quoiqu’il en soit, quoiqu’il en fût. Les vieilles dames nous consolent. De la naissance à la mort, elles mesurent le chemin parcouru. Elles nous en absolvent.

Rien de telles avec les jeunes écuyères que je croise à la sortie du Lycée Saint-Saëns. J’écris que je croise à la place de que j’observe… histoire qu’on ne croit pas – non mais ! – que je fais la sortie des écoles. Bref, de ces jeunes écuyères à scooter, cheveux au vent, avenir devant elle, sans regard de garçons, d’où celui, oblique, des vieux messieurs (ben oui !).

Sabine Rancy, qui montait si bien à cheval, n’a rien à craindre. Nos contemporaines amazones n’ont guère d’avenir. Elles n’épouseront pas Dany Renz et n’iront jamais de ville, en ville, semer la joie de vivre (chanson à retrouver). A la place, elles intégreront un Master of Buisiness Competing School. Ou pas mieux. Si elles le manquent, elles diront : pas ma faute, c’est mes vieux qui voulaient. Notez qu’on l’a tous dit. Sauf Sabine Rancy. Peut être.

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