CCXII.

On se débat, dans quelque milieu, sur qui de quoi et au sujet de salles de cinéma. Il semble que notre Municipalité se soit engagée là dans des questions qui la dépassent. Se mêlant de ce qui ne la regarde guère, elle s’en va mécontenter ses électeurs de toujours. Et ne pas convaincre les autres. Bref, comme d’habitude, elle va décevoir.

Je ne vais plus depuis longtemps au cinéma. Je regarde parfois un film à la télévision. Ces ombres qui s’agitent sur l’écran ne me disent plus rien. Je préfère un livre. C’est aussi que j’entends mal. Les acteurs d’aujourd’hui n’articulent plus. Ils marmonnent. Vous me direz, pour ce qu’ils disent. Enfin, bref.

Autrefois, films ou autres, on comprenait tout. On entendait tout. C’est ce qui n’était pas dit qu’on n’entendait pas. En mai 2010, au quotidien, on vit le contraire. Ce qu’ils disent ou rien, la même chose. Par contre, on entend presque ce qu’ils pensent. De fait, dans la presse ou ailleurs, à nous entretenir de cinéma, de film ou de salle, il s’agit de montrer qu’on dit autre chose. Les avis, de nos jours, ce sont des simulacres. Mais, me direz-vous, vous parlez de ce que vous ne connaissez pas. Possible.

Ce que j’ai connu, vrai de vrai, c’est l’Eden, la salle disparue de la rue Jeanne d’Arc. Je me souviens même, qu’il y avait, au premier étage, un bar. Nickel, cuivre, miroir et barman en veste blanche. Sortant d’avoir découvert La Comtesse aux pieds nus (simple exemple) on pouvait boire un daïkiri. Enfin, à une certaine époque, car, dans mon souvenir, ce luxe d’un autre âge n’a guère duré. Quelques années, à peine. Puis le bar a fermé. La salle en est devenue une autre. Un complexe, comme tant d’autres.

Toujours la même salade : plus de bar, plus de cinéma, plus de daïkiri… et plus de Comtesse, même sur Arte où ce film est peu diffusé. Bref, le désert. Et puis aussi, je n’ai jamais aimé que les films en noir et blanc. Le vrai cinéma. Notre époque est à la couleur. Même les vieux films qu’on colorise. Avant de coloriser nos vies et nos jours. Pour les rendre présentables, diffusables. Au vrai : rentables. Oui, toujours la même salade.

Autre chose. Il faut, parait-il, sauver les commerçants et artisans de notre vielle cité. Nos Municipes carlovingiens veulent les couvrir d’or. Ou plutôt les recouvrir d’un linceul nommé Fisac. Une condition cependant : que lesdits échoppiers s’allient dans une confrérie qui ait fière allure. On a, du reste, choisi pour eux le chef de la nouvelle corporation. Il s’agit du sieur de Mont Chaslin, ci-devant libraire en la rue des Basnages, homme lige de nos bien-aimés échevins.

Amusant. Adoncques le capitaine de la neuve compagnie estoit celui qui aura vu tomber à ses côtés les soldats valeureux nommés Van Moé, Menuisement, Forest, Lepouzé, Lestringant, Lemercher… Certes, d’être resté seul debout dans la bataille, il le doit à sa ténacité. Et à son étendard illustré d’armoiries fameuses : d’Art et d’Amitié, entouré d’argent avec la devise : Ôtes-toi de là que j’ m’y mette.

4 Réponses à “CCXII.”


  • Erreur de chronologie!Mathieu de Montchalin n’est arrivé à L’Armitière (qui existait depuis 1968)qu’aprés la fermeture de Van Moé,Lestringant.Quant à Forest,c’était déjà fermé .Qui dira en quelle année?

  • Rouen = comme d’autres villes désert de librairies. En revanche tellement de bars (çà, vous semblez aimer, vous parlez d’alcool quasiment à chaque billet), restaurants et, sur un autre plan, de magasins de fringues et accessoires associés, qu’un Martien en visite-éclair pourrait croire que les Rouennais passent l’essentiel de leur vie à manger et à s’habiller/ déshabiller. C’est peut-être vrai ?

    Quant aux librairies, il y aurait « beaucoup à dire », pour user d’une de ces formules elliptiques que vous affectionnez. Je ne dis qu’une chose. J’ai connu Van Moé. Les vendeuses y étaient tellement revêches que je prenais en général une large inspiration sur le seuil avant d’oser entrer dans ce magasin. A l’Armitière il y en a aussi quelques-unes de ce type, des «vendeuses». Peut-elle ont-elles trop à faire ? En tout cas les librairies rouennaises sont peu « accueillantes », de mon point de vue. On a parfois franchement l’impression de déranger une personne au comptoir en train de faire un inventaire ou autre. Même chose en pire à la librairie Colbert de Mont-Saint-Aignan. Il y avait un coin café à l’Armitière, = effort louable, mais il a vite disparu – vous le constatez, moi-même j’accorde de l’importance aux « bars » (au sens large). Il y en a dans les cinémas, pourquoi pas dans les librairies ? Ou au moins un canapé, qqes fauteuils, comme à La Galerne, au Havre (qui a aussi un coin bar…)

    Au passage : merci beaucoup pour votre bijou de chronique ; en suis aficionada

  • Le changement de statut du cinéma Gaumont Rouen s’accompagnera d’un changement de nom qui fleure bon le retour vers le passé puisqu’il (re)deviendra Omnia (République) entre les mains de la société Noé (cinéma). Nul doute que dans les temps à venir nous aurons l’occasion de vous lire sur ce sujet si riche en potentiel de sens.
    C’est toujours avec la promesse d’un bon moment de lecture que je vois s’afficher un nouveau billet sur mon agrégateur de sites.

    Au plaisir donc, puisqu’il en reste malgré tout quelques uns…

  • François Henriot

    L’Armitière est un incontestable atout pour le livre, les lecteurs, les Rouennais. Dommage qu’elle se prête à cette nouvelle tentative de contrôle du commerce rouennais par une majorité municipale, la seconde en assez peu de temps, puisque la première s’était déroulée sous Yvon Robert, via un commerce de fringues, qui a d’ailleurs disparu. On progresse, en un sens…
    L’Armitière est aussi un (réjouissant) trompe-l’oeil: elle donne l’impression que « les Français lisent beaucoup », comme disent les sondages. Ils lisent beaucoup de guides, de BD. Ce qui n’a rien de déshonorant, d’ailleurs. Mais arrêtons de nous mentir: la majorité d’entre nous n’a rien à f…aire de la lecture: trop long, trop fatiguant, trop dur. Et les adultes transmettent leur absence de capacité à leurs gosses. Lugubre.

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