CCXI.

En mémorialiste, je peine. Plusieurs lecteurs, à la rescousse, pointent les détours de ma mémoire. Il faudrait que je mange du poisson. Par exemple, de la brandade de morue. Il y avait, jusqu’à il y a peu, de l’excellente, chez un poissonnier de la rue Beauvoisine. Lui aussi a disparu. Il se nommait Paon. On en trouve, à présent, chez Benoît Richomme, rue Armand-Carrel. Moins excellente. Une brandade réussie, c’est une brandade réussie. Une brandade ratée, une brandade ratée.

Idem de la mémoire. La mienne ou celle des autres. Que de mal-retenus, comme il y a des malentendus. Partout, règnent l’à-peu-près, l’indistinct, le méli-mélo. Ce qui se dit ou ce qui se fait, en la matière, vaut-il la peine d’être relevé (dans tous les sens du terme) ? A peine. Pas grave, comme on dit. On a peut être tort. Ou raison. Rien ne sera réparé, tout sera oublié.

Ce qu’on a oublié, entre autre, ce sont les portes à tambour. A la mode autrefois, elles sont remplacées par les portes automatiques. Celles à cellule photo-électriques, mal réglées et intempestives. Comme chez mon pharmacien, sans le nommer. Ou dans les grands magasins (notez que souvent, du pharmacien au grand magasin…).

Les portes à tambour ou de l’ambigüité. Ni ouvert, ni fermé. Personne n’entre, personne ne sort. Un tour pour rien. Rotation perpétuelle, indécision absolue. Portes à tambour d’autrefois, aux bars L’Escale ou L’Ambiance, au Crédit du Nord rue Jeanne d’Arc, aussi à l’agence Worms (armateurs, bois et charbons, etc.), sur le quai Gaston-Boulet. Là où j’allais chercher mon père. Y achevant sa carrière, il faisait semblant d’y travailler. J’avais, quoi, seize ou dix-sept ans. Quel immeuble ! On se serait cru dans un film américain.

Enfin, c’est ce qu’on dit maintenant. Car du bureau et de mon père, rien de Sam Spade. Des cartes marines, des dossiers bistre, des rangées de tampons, du papier pelure, un inquiétant téléphone, un coupe papier de cuivre, une statuette africaine… En guise de gangsters, des capitaines, des armateurs, messieurs silencieux, souvent graves, jamais contents, toujours inquiets. Oui, j’avais seize ou dix-sept ans. Personne n’aime son père en shiplander.

Porte à tambour, il y a celle aujourd’hui de la mairie, monstre annexé au péristyle. C’est une broyeuse d’énergie, une machine tournante destinée à essorer l’usager. On en sort épuisé, rincé, prêt à être étendu au guichet d’accueil.

Le poisson contient du phosphore. Le phosphore est excellent pour la mémoire. D’après mon pharmacien (c’est une pharmacienne) l’assertion est une ânerie colportée par les générations. Le phosphore se trouve dans le poisson (dans les sardines, paraît-il) mais aussi dans tous les aliments. Alors me dit-elle : la mémoire, c’est le cerveau. Le cerveau, c’est le corps. Ce qui est bon pour le corps l’est pour le cerveau. Pas de poisson pour une bonne mémoire. Il suffit de manger équilibré. Et dit-elle (elle connaît son Formulaire par cœur) : avoir une activité physique, marcher, faire des mots croisés… ou lire… C’est elle qui le dit.

Bon. Allons-y : Il était une fois un vieil homme, tout seul dans son bateau, qui pêchait au milieu du Gulf Stream… 

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