CCIX.

Bavardant avec Jérôme, la conclusion s’impose : je n’aime pas ma jeunesse. Je ne l’ai jamais aimée. Rien de Faust en moi. Mon âme pour les plaisirs du printemps ? Ni le jeu, ni la chandelle (façon de dire). Jeunesse d’après-guerre, bridée par la peine des autres, dans les ruines, dans la rectitude du devoir. Au vrai, dans l’ennui, l’indécision, l’aveuglement. Je me suis vite rendu compte qu’il fallait vite devenir vieux. J’ai attendu. Ça a fini par arriver. Maintenant, je suis jeune. Je peux tout dire et tout faire. Dommage que je n’en ai plus envie.

C’est comme les femmes. J’ai eu la réputation d’être coureur. Ce n’est qu’à moitié vrai. Si je courais, c’était après quelque chose. Ou plutôt quelqu’un. Je n’ai jamais aimé que des moitiés de femmes. D’où ma passion des femmes troncs. Les caissières, les barmaids, les filles de derrière le comptoir. Celles qui, poitrine généreuse, vous versent l’apéritif. Je laisse aux psys le plaisir d’y penser.

Autre chose. Rencontrant, bavardant, j’ai le sentiment d’être plus écouté qu’entendu. Les visages se ferment. Les sourires se figent. On acquiesce, mais on n’en pense pas moins. Chacun se garde. On jauge. On me joue le minimum requis. Qu’ai-je dit qu’il ne fallait pas ? Rien. Enfin oui, mais… C’est que je ne suis pas dans la note. Je suis un ton trop haut. Curieuse impression. Oui, celle d’être revenu quarante ans en arrière, du temps où…

Du temps où il fallait bien penser et penser bien. Donc à gauche. Donc communiste. Comme m’avait dit je ne sais plus qui (en fait, je sais très bien, mais à quoi bon) : Tu n’es pas anti-communiste, puisque tu es là. Là, c’était le Centre Maxime Gorki pour une pièce polonaise. Ou hongroise, ou tchécoslovaque, enfin vous voyez.

Rien de politique là dedans, évidemment. Plutôt l’air du temps. L’impression de retrouver, oui, cette restriction mentale bien connue. Celle de se tenir à carreau. D’être dans la norme. Comme si on était sur écoutes. Oui, qu’on le veuille ou non, nous sommes revenus à ces temps anciens. A ces opinions calibrées, ni trop ni trop peu. Ces signaux qu’il faut arborer. Être contre ceci équivalant à être contre cela.

C’est d’autant plus curieux, qu’on entend ici, qu’on lit là, le contraire. A savoir, plus de clivage, tout ça mort et enterré. Tous les avis se valent. Or non, notre espace vital est redevenu stalinien. Oh, bien sûr un stalinisme mou, cotonneux, guère vésillant. Mais euphorisant à n’en plus pouvoir. Ou vouloir.

Ce qui console, c’est que ça commence à se dire. A se ruminer. On perçoit comme un agacement. Pas toujours à bon escient, mais tout de même. On cherchera vainement cette dissidence dans la culture ou les loisirs. Pour ce, les ordres viennent toujours de Moscou. Sortir à Rouen revient aujourd’hui à arpenter les allées de la Fête de l’Huma. Pas l’actuelle, celle d’autrefois, celle des André Stil et André Fougeron. Les jeunes ne savent plus ce que c’était. A moins que… Mais non, impossible. Et pourtant, à bien y regarder….

Trop fatigué en ce moment. A revoir et développer.

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