CCVII.

Rien ne reste du Cirque, celui nommé, un temps, le Théâtre-Cirque. A son emplacement s’arrête le Métrobus. Terminus. Fini clowns, écuyères, opérettes, vedettes, et la grande musique. Rien ne se regrette, certes, mais aujourd’hui on serait, ici, content de posséder un tel lieu. Voir Elbeuf, simple exemple. Il faudra, dans pas longtemps, évaluer pourquoi et comment Rouen est devenue une attraction de seconde zone. Penser qu’on va visiter Le Havre ! Dire que c’est à Metz que ça se passe. Ou Bordeaux. Même à Caen…

Si rien ne reste du Cirque, que dire de ce qui reste de sa brasserie. Là où on allait après le spectacle. Durant la Saint-Romain, à l’occasion. Casser un morceau disait Sauviat. Excepté ces occasions, les lieux étaient déserts. Même lors des enterrements au Monumental ou au Nord, jamais on ne serait allé à la Brasserie du Cirque. Plutôt, en face, au Tabac. Question de décence, j’imagine. A cause du cadre.

A la Brasserie, ça brillait, ça rutilait. Néons, miroirs, cuivres dorés, banquettes de velours rouge… Et ces immenses fresques illustrant les arts de la piste. Qui avait peint ça ? De ces choses qu’on oublie. Qu’on perd. Pas un illustre, bien sûr. Ni même un autre, plus local. Tony Fritz-Villars ? Léonard Bordes ? Ça se saurait.

La première fois que je suis allé au Cirque, ce devait être avant la guerre (cherchez laquelle). Encore enfant, petit, sans doute à l’occasion de la foire. Je revois des chevaux. Un singe aussi. Des lumières. Un clown. Les blancs me faisaient peut. Encore maintenant. Était-ce Foottit ? Pas le vrai bien sûr, un de ses imitateurs, Géo, produit plus ou moins local, à la mort lamentable.

Par la suite, les occasions ne manquèrent pas. Opéras, opérettes, concerts, meetings politiques… jusqu’au catch où Sauviat, grand amateur, réussit à me traîner. Pour Gilbert Leduc, tu verras, ça c’est un as. Ce qui était imbattable c’était l’ambiance. Y compris pour la politique. Exemple, en mai 1969, lors des présidentielles. Un Cirque bondé. Six mille personnes pour Georges Pompidou, Roger Parment, Roger Dusseaulx… Quels autres ? En regard (façon de dire), à Sainte-Croix des Pelletiers, pour Alain Krivine, moins de monde. Je le sais, j’étais aux deux. Si au lieu d’Alain Krivine, on avait mis Gilbert Leduc…

Souvenir précis : j’ai dix-sept ans et mon père m’emmène au concert. Ce fut en octobre 1948, Paul Paray dirigeant Mort et Transfiguration de Richard Strauss. On s’en doute : je me demandais ce qui m’arrivait. Rien compris, rien entendu. A la suite, réception à la Mairie. Grand tra la la… Était-ce déjà Jacques Chastellain ? J’entrais, ce jour, dans les mondanités locales. En suis-je sorti ?

Je ne regrette pas Sauviat. Il avait mauvaise haleine. Je ne regrette ni Tony Fritz-Villars, ni Léonard Bordes. Je ne regrette pas mon père. Il avait un goût détestable, celui de son époque. Je ne regrette ni Geo Foottit, Georges Pompidou, Roger Parment, Roger Dusseaulx. Ou Alain Krivine. Ou Gilbert Leduc, Jacques Chastellain, Paul Paray. Personne ne regrette Richard Strauss. Ce que je regrette, c’est la lueur du néon éclairant les fresques de la Brasserie du Cirque.

1 Réponse à “CCVII.”


  • Cher citoyen,
    je ne vois par le rapport de votre cirque avec le peintre Tony FRITZ-VILARS oublié des Rouennais. S’il s’agit de celui de Francioni qui s etrouvait au 4 bis rue Dugaytrouin à Rouen rempacé par un immeuble social OPHLM sur lequel ne figure aucune plaque. Pourriez-vous vous en occuper?
    Si oui, je puis vous donner toute une doc. sur la question. TFV en a été le propriétaire avant qu’il ne le cède avant sa mort à Mont-Saint-aignan (où il est enterré), en 1986 à un ami architecte qui l’a démonté pour en faire un théâtre élysabéthen. La mort l’ayant surpris, le projet est tombé à l’eau. Je sais où se trouve ce chapiteau de 1977 et si vous avez un investisseur, il peut être racheté et monté. Sur cette plaque a apposer, vous pouvez inscrire T.F.V. né à Paris en 1910, (la même année que l’écrivain Jean GENET, décédé la même année que lui, en 1986. Tous deux avait un autre point: commun celui d’avoir été abandonné par leur mère. Tony est un peintre présent (avec Carlo ZINELLI qui expose à Galerie Christian BERST à Paris jusqu’au 23 juillet. TFV figure avec lui à la Collection de l’Art brut de Lausannes. Dubuffet lui avait acheté trois oeuvres en 1971, pour qu’il y soit présent. C’est aussi lui qui lui a organisé sa dernière exposition à Paris Chez Pierre DOMEC. Expo. pour laquelle j’ai publié, à Rouen, Atelier DP, une modeste monographie, bilingue, intitulé « T.V.F ou Une vue désemparée du mal d’être » avec des photos de W. et D Cordier puis, plus tard, en 1985, un petit livre chez ARCAM à Paris intitulé: « Le naufrage du magimage »
    Epuisé je souhaiterais republier cette « variation sur une peinture » que le peintre m’avait donnée, avec un autre texte et un autre livre sur ses « Métamorphoses » illustrées de plus d’une centaine de graphiques en ma possession. Salut et fraternité!

    Claude OZANNE,
    Paris 06.47.87.19.11

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