CCII.

Dernier tombeau pour le défunt Palais des Congrès et on n’en parlera plus. J’ai cru lire ou entendre que, lors de la construction de l’ancien ancien immeuble, à la fin d’un très très vieux siècle (1898) les choses eurent la même apparence. Alors dit-on, la colère publique s’était exprimée (déjà). Alors oui, dit-on, la nouvelle édification émut les gardiens orthodoxes de l’authenticité rouennaise.

Comme dit Carabine : J’ai pas souvenir de ça. D’où vient cette légende ? Ce n’est pas à moi qu’on apprend à feuilleter le papier jauni : l’immeuble des Anciennes Mutuelles se construisit dans l’indifférence. La presse du temps (Journal de Rouen, Petit Rouennais, Nouvelliste de Normandie…) s’enorgueillit plutôt de ce bâti, ni moderne ni classique, dédié à la gloire perpétuelle des assurances. En cet autre siècle, il en fut de même pour la construction, au bas de la rue Grand-Pont, du magasin des Nouvelles Galeries dont le style était en tout comparable (moins massif cependant, plus « lanterne chinoise »).

S’il y eut, à propos des Nouvelles Galeries, débat, ce fut sur les démolitions opérées pour consacrer ce temple de la consommation. Georges Dubosc (mais pas seulement lui), journaliste et historien local, s’alarma de l’éradication, d’une portion de quartier composé de plusieurs beaux spécimens des XIVe et XVe siècles. Bast, là où des fenêtres, on avait vu le passage des tourmenteurs de Jeanne d’Arc, on irait désormais acheté du crêpe Georgette à 12 sous le mètre. Ainsi va le monde…

Dubosc innovait et d’autres avec lui. S’ensuivit, la décennie d’après, la création des Amis des Monuments Rouennais, association vouée à la sauvegarde de ce qui pouvait l’être. Elle existe toujours avec la pondération qu’on sait.

Tout ça pour affirmer qu’en 1898, et en 1974, on avait les réflexes de 2008. C’est la posture célèbre : Les ancêtres parlent pour et en nous : nous sommes garants de leur survie. Faire parler les morts… air connu.

J’ai vu la destruction de l’immeuble dit des Anciennes Mutuelles vers 1973 ou 74, prélude à la construction de l’actuelle ruine. Les ouvriers y allaient de bon cœur, encore qu’avec respect, pierre par pierre, des éléments étant à sauver. Surtout de magnifiques têtes de lion ornant les pilastres de la façade. D’autres choses aussi, surement (que sont-elles devenues ?) Ce saccage programmé était assez triste, mais pas si dommage. La bâtisse noire, à demi-anéantie depuis 1944, vide, crasseuse, silencieuse et souffrante, n’attendait que la pioche. Hantée de quoi, de qui, par quoi ? Rien que d’esprit de polices d’assurances, de contrats, de longues journées feutrées où il faisait bon causer dégâts, sinistres et évaluation des dommages.

A tout prendre, comme ce qui hante le château d’aujourd’hui : même vide, mêmes crasse, silence, souffrance. Concordance, permanence, toujours ce retour assuré des mêmes causes et effets ? Mais alors, quoiqu’il en soit, ce qui se construira à cet endroit, aura-t-il le même destin ? Les siècles, les décennies, les années, 1898, 1974, 2020 (au plus près…) ici bas tout passerait pour délivrer le même message : à beaucoup d’égards, le passé est devant nous.

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