CCI.

On a évoqué ici l’ancien Ciné-France, aussi l’autre salle qui le bordait, le Septième Art devenue salle porno pour suivre les contingences du temps. Ai-je parlé du Petit Théâtre qui l’avait précédée ? De ses habitants : Robertys, Mick Merrel, Evelyne Patru et autres ? Tout ça ne dira rien. Comme ne dira rien (ou à peu près) les noms de Strelisky, Jacky Gaillard, Marc Hetty, Micheline Genestas, Rouen Théâtre, La Lyre… Comme m’a dit une de mes cibles : vos chroniques rendent un son genre Édith Piaf ou Gerry Mulligan. Pour qui les connaît, ça doit vouloir dire quelque chose.

Vrai que je suis toujours dans le noir et blanc, comme le cinéma d’autrefois. Ou la photographie, la seule qui vaille. Comme ces tirages montrant la montagne enneigée ou les chutes d’Arvillars. Quand on prenait le train, le Mistral, pour aller aux Rousses. Avec Janine ou Micheline. Au ski. Moi pas, je restais au chalet, un bon livre, la conversation d’autres gens. Les va-et-vient du bar. A la fin je m’embêtais ferme. Le cheval renâclait.. Tu vas bientôt retrouver ton Rouen

Du train, je guettais le Pont aux Anglais. Le tressautement de la voie, le défilement des rambardes en croix, j’étais content. Soulagé presque. Tel un religieux, j’ai fait vœu de Rouen, comme ils font vœu de célibat. Notez que ça ne leur réussit pas, à en croire les dernières nouvelles. Dieu garde…

Ces jours-ci, un peu malgré moi, on me traîne au théâtre. Des amis dont la fille débute et à laquelle on doit des encouragements. Une pièce comme on en fait tant, adaptation ou montage de textes, rien qui tienne la route. Mise en scène vague, vagues acteurs qui articulent à peine… On n’entend que pouic. Mais c’est méritoire. On applaudit et l’on promet un bel avenir à la belle enfant (ce n’est pas tout à fait vrai). Dieux qu’ils sont sérieux ! Empesés, rigides. Ils portent la conscience du théâtre comme d’autres la conscience du monde. Ils ne jouent pas : ils se sacrifient. Leur parler des Femmes savantes ou des Justes serait les distraire de leurs destins. Que celui-ci s’accomplissent ou pas. Ce qui adviendra.

Je l’ai déjà dit : Rouen Chronicle n’existe que pour inscrire des noms qui ne disent plus rien à personne. Ceux cités plus haut par exemple. D’autres encore. Ils indiquaient les personnalités les moins insignes, bien rouennaises, bien médiocres. Qui firent l’histoire autant que les valeureux.

Ainsi de Micheline Genestas et son filet de voix, à laquelle la fille de mes amis m’a fait songer. Micheline et ses rôles dans Jean de la Lune ou Le Chandelier. Qui voulait toujours voir plus haut, sans jamais y parvenir. Et qui est morte en décembre 73 de l’autre siècle, seule, abandonnée. Enfin, pas tout à fait. Pour nous qui assistions à l’inhumation, au cimetière du Nord, quelle ne fut pas notre surprise, en descendant, de constater qu’on commençait à démolir le Cirque du Boulingrin. En 1948, elle y faisait crouler la salle de rire avec Hortense a dit j’m’en fous. Sur le moment, on ne pouvait mieux dire.

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