Archive mensuelle de avril 2010

CCVI.

Il semble que Le Fanal de Rouen nous prépare une nouvelle formule. On l’annonce sur le ton de vous allez voir ce que vous allez voir. Tant mieux. L’ancienne commençait à lasser. Astuce du jour, la rédaction donne ici ou là un aperçu du chemin emprunté par le nouveau quotidien. Loin de se risquer à désorienter le lecteur (pardon, le lectorat) la mouture projetée effectue un retour aux fondamentaux. Ce, pour l’aspect contemporain. Mais le fin du fin, elle compte revenir, mine de rien, aux vieilles recettes. Jugeons là de son courage.

Je n’en veux qu’un seul exemple. Ce vendredi 23 avril, page 4, le compte-rendu d’un procès. Il s’agit d’une vaseuse affaire de viol. A Rouen, une étudiante américaine, plaignante, aurait été saoulée par un sympathique serveur de restaurant. Sympathique, elle le trouvait tel. Au début. Son service terminé, ledit serveur entraîne Mallory chez lui. Et là… Bref les versions divergent. A lire les détails qui illustrent les faits, on se félicite de n’avoir pas choisi le Droit comme matière professionnelle. Mais là n’est pas la question.

La question, c’est le compte-rendu du procès et son style. A mon sens, il illustre à la perfection la nouvelle donne du journal. Passons sur la description de l’étudiante vue comme une petite femme blonde à la corpulence menue. J’imagine qu’il s’agit d’une norme américaine. Comme lorsqu’on choisit un tee-shirt : si on fait du 40, il faut prendre M. Corpulence menue, c’est le côté chaîne Macy’s. On verra la veine libérale et mondialiste du futur Fanal.

Puis vient la description du serveur agresseur ou supposé tel (le juge le dira). L’inculpé se prénomme Ahmad, prénom… comment dire… pas français. Plutôt Moyen-Orient ou dérivé. Vous me direz, ce fut-il appelé Lucien, Narcisse ou Jean-Michel, les faits restent les faits. Je suis d’accord. Point notre Fanal qui tient à marquer la distinction et en termes illustratifs. Car si Ahmad il y a, on se doit de souligner son teint olivâtre. Et s’il proteste de son innocence, il le fait dans un français approximatif.

Avouez que teint olivâtre et français approximatif sont admirables. Il y a belle lurette que nous n’avions lu cette de prose. D’habitude les rédacteurs du Fanal se contentent de maltraiter syntaxe et lecteurs. Selon l’humeur, c’est amusant ou consternant. Parfois je me dis que je devrais relever ces cuirs et les rassembler en un genre de Le Paris-Normandie tel qu’il s’écrit. Mais ce jeu, cette chandelle ? Peine perdue.

Tandis que pour ce qu’il en fut d’Ahmad et de son compte-rendu, c’est moins drôle. L’attentif lecteur doit-il y voir un aperçu de la future ligne éditoriale ? Elle rappelle une certaine presse d’autrefois, du genre Gringoire, Candide et Je suis partout (nos arrière-petits-neveux iront en bibliothèque voir ce qu’il en est). Vrai qu’elle s’est vendue cette presse, bien vendue, et auprès de la jeunesse du temps. Cette jeunesse n’a pas été retrouvée. Du moins pour ce qui est d’acheter des journaux. On se félicitera donc que Le Fanal de Rouen parte à sa recherche.

Aux dernières nouvelles (il en faut) Ahmad a été jugé coupable. Il n’est pas le seul.

CCV.

La fourrure revient à la mode. Tant mieux. Vraie ou fausse, elle est bien agréable. Surtout pour moi, qui ai toujours froid. Durant des années, j’ai eu un dessus de lit en renard. Incroyable, oui, en vrai renard. Il a fini mité, perdant ses poils, un brin répugnant. Je le regrette. Il doit être loin, ce renard, à l’heure qu’il est. J’apprends le retour de la fourrure par la télévision, un reportage d’Envoyé spécial où l’on voyait un élevage de fameux lapins à la fourrure imitant à ravie le vison. Aux Pays Bas, l’élevage, je crois bien. Il fallait voir l’abatteur prendre les malheureux Jeannot et les électriser de belle manière. Sans guère d’attention cependant car certains, une fois accrochés au petit chemin de fer, gigotent encore. Dame, il faut gagner sa vie et les cadences sont infernales. Au Pays Bas ou ailleurs. Bref, la fourrure revient à la mode.

Ici, à Rouen, il n’y a plus de fourreurs. Je me souviens des Fourrures Roger, du Léopard des Neiges, de A l’Ours blanc, et A la Martre de France… toutes boutiques antiques et valeureuses. On n’y parlait pas lapin, non, mais chinchilla, astrakan, murmel, rat musqué, si ce n’est opossum. Les Rouennaises du temps aimaient la variété et n’avaient pas le cœur sensible. J’en sais quelque chose. De fait, on s’interroge peu sur les liaisons entre le bronze des âmes et la disparition de tel commerce ou métier.

Souvent ce n’est pas l’économie qui prime, c’est le sentiment. La grandeur d’âme. Pourquoi le petit commerce se meurt ? Pourquoi veux-t-on l’ouverture le dimanche ? Pourquoi attend-t-on toujours au guichet de la Poste ? Les spécialistes de l’économie en discutent. Et fournissent des réponses qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on est trop sentimental et pas assez amoureux. Et mal à propos. Personne ne veut faire de peine à personne. Donc on en fait à tout le monde. Au vrai, on s’en f*** et contref***. Le monde est cul par dessus tête. La vie devient impossible. En privé, personne ne s’aime. En public, c’est le contraire. Mais le réel ? Quid de l’ombre, quid de la lumière ? En fait, la Poste hait ses clients. Les usagers haïssent les Postiers. Etc. Les seuls à y échapper sont les lapins (excepté aux Pays-Bas). Les lapins sont les seuls gentils qui restent.

Les commerçants, eux, sont des salauds. Surtout les fourreurs. Du reste, il n’y a plus de fourreurs. Au ce sujet, on a le souvenir d’un poème de Louis Aragon, où le dernier vers loutre marine rime avec vitrine. Je ne sais plus dans quel recueil. Ce poème, Léo Ferré l’a mis en musique. Pas tant Léo que son épouse Madeleine, la véritable artiste du couple, laquelle fut méprisée et abandonnée pour une guenon. Mais Aragon, Ferré et Madeleine ne sont plus à la mode. Les guenons davantage.

Bon, mais ça n’était pas tant ça dont je voulais parler. Je voulais revenir sur un sujet à peine effleuré dans une précédente chronique. C’était quoi, déjà ? Bah, ce sera pour une autre fois.

CCIV.

Sans trop dire pourquoi, j’aime déjeuner à la Boucherie. Place Saint-Marc, une chaîne mais dans un genre qui me convient. Je m’y retrouve. Ses frites, tripes, tête de veau. L’ambiance. Arrêtons là cette présente critique gastronomique. L’autre jour j’ai réussi à y traîner Molineux (nous nous revoyons malgré nos désaccords). Au moment de passer la commande, il me dit : Tu te souviens des Tripes du Père Neveu ?

C’était rue du Gros-Horloge, dans la partie vers le Vieux-Marché, sur la gauche, à peu près à hauteur de C&A ou plus bas. Une charcuterie comme on n’en fait plus, dans le genre rouenno-normando-touristico années Trente. Le Rouen du temps du Syndicat d’initiative, de la Ville Musée, de l’Auberge de l’Écu de France, du Grand Hôtel de la Poste et du Comptoir National d’Escompte.

Du temps où le Musée de peinture se trouvait square Solferino et que les salles de peinture moderne se rehaussaient des noms de Félix Ziem, Henri Harpignies et Édouard Cibot. Ces huiles sont désormais à la cave. Certes, il y eu bien la Salle V dite « collection François Depeaux », mais qui alors allait voir ça ? Personne. Tandis qu’à présent qui mange des tripes ou de la tête de veau, sauf Molineux et moi ?

Cet été, dans le fameux happening conservating painting qu’on nous promet, il manquera une toile. Elle est signée Johan Barthold Jongkind et s’intitule La Boucherie du Père Neveu. On sait que l’artiste (né aux Pays-Bas en 1819, mort en Dauphiné en 1891) résida à Rouen et qu’une partie de son travail prend la ville pour thème. D’où cette grande toile (143 x 110 cm) qu’un collectionneur d’Oran posséda avant de la léguer (façon de dire) au Musée national des Beaux-arts d’Alger. Elle s’y trouve toujours. N’en sortira pas.

Là aussi, c’est bien dommage. On saurait à quoi ressemblaient cette boutique, son étal et la figure dudit père Neveu. Bref, une vue de Rouen à la fin d’un siècle. Une ou deux générations plus tard, un descendant Neveu, celui-là ou un autre, se spécialisait dans la tripe plutôt que dans la tête de veau. L’art pictural y fut-il pour quelque chose ?

Quel barbouilleur d’aujourd’hui nous croquerait, Molineux et moi, attablés à La Boucherie ? Guère. Les étudiants de l’École font dans l’art minimal ou conceptuel. Encore que nous en soyons un bel exemple tous les deux (ou séparés), on les en absout. A défaut de les approuver. Faut-il aimer ce que l’on peint ? Grande question. Jongkind les tripes, Chardin la raie, Cézanne les pommes, Warhol la soupe, etc.

Il fut un temps où j’ai rédigé un copieux travail sur Casimir Malevitch. Cet ouvrage, paru chez Gallimard au début des années Soixante, est oublié. La faute à l’éditeur et aux référencements. Vrai aussi que commande surfaite, le livre devait beaucoup (sinon tout) aux écrits de Nicolas Tarabukin, esthète soviétique. A l’époque, avec l’Union des Républiques, on faisait ce qu’on voulait. J’en suis resté là. A Malevitch et à ses carrés, pas à l’Union.

Tout ça pour dire quoi ? Rien. Ou autre chose. On prend un dessert ?

CCIII.

Rencontré B***, homme proche de la Mairie et attentif lecteur. Dites, vous y avez été fort avec votre chronique sur la fermeture des marchés… Apparemment, je ne suis pas le seul. Paraitrait qu’une pétition circule et qu’on se mobilise. Tant mieux. J’argumente, mais B*** est homme de conviction : on ne torpille pas les bonnes raisons d’une Gauche élue. M’entretient de la réalité des chiffres, des peurs irraisonnées de l’opinion… va jusqu’à nier que ce débat puisse exister. Tout ça, selon lui, esbroufe de droite et guéguerre revancharde. Las, je n’ai plus que ma mauvaise foi. Face à ces arguments économiques, inclinons-nous. Pourquoi ne pas supprimer tout de bon le nettoyage des marchés ? Au final, la ville n’en sera pas plus sale qu’elle n’est déjà. B*** hausse les épaules.

A se reporter quelques mois en arrière, ce qui arrive aujourd’hui est assez croquignolesque. Imaginons l’ancienne municipalité (battue et archi-battue en 2008) prenant la décision de fermer le marché des Emmurées à 13 h ! Imaginons l’ancienne municipalité réduire à rien un projet de Médiathèque ! Imaginons la même célébrer ad nauseum une fastueuse exposition à uniques visées sonnantes et trébuchantes ! Imaginons l’encore même s’applaudir de l’ouverture d’un hôtel quatre fois étoilé en centre ville ! Imaginons enfin que tout cela prenne l’apparence de la détermination plutôt que celle du renoncement. Que n’entendrait-on pas de la part de ceux et celles qui… Enfin, bref.

Il fut un temps, pas si lointain, où lorsque le Football Club de Rouen (c’était le FCR d’autrefois) perdait un match, la presse locale titrait : Belle victoire défensive des Diables rouges. C’était bien vu. Les entraineux (pardon, les coach) et les journaleux (pardon, ceux de la comm’) ont l’allure de vieux routiers de la politique. Et l’inverse vaut. Les politiques d’aujourd’hui ne sont rien davantage que des sportifs de touches et des animateurs de séminaires de ventes. Gérer et animer une ville (une agglomération) revient à tenir un stand à la Foire-expo. C’est qui l’invité cette année ? C’est Lilliput.

Comme me disait je ne sais plus qui : il faudra bien que ça s’arrête un jour. Probable. Mais il n’est pas certain que ça nous fasse sourire. Il est des bateleurs, d’extrême droite et d’extrême gauche, qui attendent d’entrer en piste. Ce ne sera pas faute d’avoir été prévenu.

Pourquoi voir si noir, pourquoi exagérer, pourquoi jouer les mauvais augures ? C’est avoir raison à bon compte. Comme dit B*** : Avec ça, qu’ les Autres étaient mieux ! L’argument a son poids. En politique, il ne faut jamais perdre. Il faut toujours gagner. Même si on perd. C’est la morale (et le moral) des sportifs.

Ainsi donc, rangeons-nous à l’avis général. Soyons au goût du jour ! Oui, Félix Phellion, 79 ans bientôt, une carrière honorable derrière lui, met tous ces espoirs dans l’avenir, tremble et espère, mais garde la foi. Devant qui, devant quoi ? Pardi, dans la victoire des Canaris, mercredi, à Caen ! Mais Pomme, c’était hier ! Non ? Vous m’en direz tant…

CCII.

Dernier tombeau pour le défunt Palais des Congrès et on n’en parlera plus. J’ai cru lire ou entendre que, lors de la construction de l’ancien ancien immeuble, à la fin d’un très très vieux siècle (1898) les choses eurent la même apparence. Alors dit-on, la colère publique s’était exprimée (déjà). Alors oui, dit-on, la nouvelle édification émut les gardiens orthodoxes de l’authenticité rouennaise.

Comme dit Carabine : J’ai pas souvenir de ça. D’où vient cette légende ? Ce n’est pas à moi qu’on apprend à feuilleter le papier jauni : l’immeuble des Anciennes Mutuelles se construisit dans l’indifférence. La presse du temps (Journal de Rouen, Petit Rouennais, Nouvelliste de Normandie…) s’enorgueillit plutôt de ce bâti, ni moderne ni classique, dédié à la gloire perpétuelle des assurances. En cet autre siècle, il en fut de même pour la construction, au bas de la rue Grand-Pont, du magasin des Nouvelles Galeries dont le style était en tout comparable (moins massif cependant, plus « lanterne chinoise »).

S’il y eut, à propos des Nouvelles Galeries, débat, ce fut sur les démolitions opérées pour consacrer ce temple de la consommation. Georges Dubosc (mais pas seulement lui), journaliste et historien local, s’alarma de l’éradication, d’une portion de quartier composé de plusieurs beaux spécimens des XIVe et XVe siècles. Bast, là où des fenêtres, on avait vu le passage des tourmenteurs de Jeanne d’Arc, on irait désormais acheté du crêpe Georgette à 12 sous le mètre. Ainsi va le monde…

Dubosc innovait et d’autres avec lui. S’ensuivit, la décennie d’après, la création des Amis des Monuments Rouennais, association vouée à la sauvegarde de ce qui pouvait l’être. Elle existe toujours avec la pondération qu’on sait.

Tout ça pour affirmer qu’en 1898, et en 1974, on avait les réflexes de 2008. C’est la posture célèbre : Les ancêtres parlent pour et en nous : nous sommes garants de leur survie. Faire parler les morts… air connu.

J’ai vu la destruction de l’immeuble dit des Anciennes Mutuelles vers 1973 ou 74, prélude à la construction de l’actuelle ruine. Les ouvriers y allaient de bon cœur, encore qu’avec respect, pierre par pierre, des éléments étant à sauver. Surtout de magnifiques têtes de lion ornant les pilastres de la façade. D’autres choses aussi, surement (que sont-elles devenues ?) Ce saccage programmé était assez triste, mais pas si dommage. La bâtisse noire, à demi-anéantie depuis 1944, vide, crasseuse, silencieuse et souffrante, n’attendait que la pioche. Hantée de quoi, de qui, par quoi ? Rien que d’esprit de polices d’assurances, de contrats, de longues journées feutrées où il faisait bon causer dégâts, sinistres et évaluation des dommages.

A tout prendre, comme ce qui hante le château d’aujourd’hui : même vide, mêmes crasse, silence, souffrance. Concordance, permanence, toujours ce retour assuré des mêmes causes et effets ? Mais alors, quoiqu’il en soit, ce qui se construira à cet endroit, aura-t-il le même destin ? Les siècles, les décennies, les années, 1898, 1974, 2020 (au plus près…) ici bas tout passerait pour délivrer le même message : à beaucoup d’égards, le passé est devant nous.

CCI.

On a évoqué ici l’ancien Ciné-France, aussi l’autre salle qui le bordait, le Septième Art devenue salle porno pour suivre les contingences du temps. Ai-je parlé du Petit Théâtre qui l’avait précédée ? De ses habitants : Robertys, Mick Merrel, Evelyne Patru et autres ? Tout ça ne dira rien. Comme ne dira rien (ou à peu près) les noms de Strelisky, Jacky Gaillard, Marc Hetty, Micheline Genestas, Rouen Théâtre, La Lyre… Comme m’a dit une de mes cibles : vos chroniques rendent un son genre Édith Piaf ou Gerry Mulligan. Pour qui les connaît, ça doit vouloir dire quelque chose.

Vrai que je suis toujours dans le noir et blanc, comme le cinéma d’autrefois. Ou la photographie, la seule qui vaille. Comme ces tirages montrant la montagne enneigée ou les chutes d’Arvillars. Quand on prenait le train, le Mistral, pour aller aux Rousses. Avec Janine ou Micheline. Au ski. Moi pas, je restais au chalet, un bon livre, la conversation d’autres gens. Les va-et-vient du bar. A la fin je m’embêtais ferme. Le cheval renâclait.. Tu vas bientôt retrouver ton Rouen

Du train, je guettais le Pont aux Anglais. Le tressautement de la voie, le défilement des rambardes en croix, j’étais content. Soulagé presque. Tel un religieux, j’ai fait vœu de Rouen, comme ils font vœu de célibat. Notez que ça ne leur réussit pas, à en croire les dernières nouvelles. Dieu garde…

Ces jours-ci, un peu malgré moi, on me traîne au théâtre. Des amis dont la fille débute et à laquelle on doit des encouragements. Une pièce comme on en fait tant, adaptation ou montage de textes, rien qui tienne la route. Mise en scène vague, vagues acteurs qui articulent à peine… On n’entend que pouic. Mais c’est méritoire. On applaudit et l’on promet un bel avenir à la belle enfant (ce n’est pas tout à fait vrai). Dieux qu’ils sont sérieux ! Empesés, rigides. Ils portent la conscience du théâtre comme d’autres la conscience du monde. Ils ne jouent pas : ils se sacrifient. Leur parler des Femmes savantes ou des Justes serait les distraire de leurs destins. Que celui-ci s’accomplissent ou pas. Ce qui adviendra.

Je l’ai déjà dit : Rouen Chronicle n’existe que pour inscrire des noms qui ne disent plus rien à personne. Ceux cités plus haut par exemple. D’autres encore. Ils indiquaient les personnalités les moins insignes, bien rouennaises, bien médiocres. Qui firent l’histoire autant que les valeureux.

Ainsi de Micheline Genestas et son filet de voix, à laquelle la fille de mes amis m’a fait songer. Micheline et ses rôles dans Jean de la Lune ou Le Chandelier. Qui voulait toujours voir plus haut, sans jamais y parvenir. Et qui est morte en décembre 73 de l’autre siècle, seule, abandonnée. Enfin, pas tout à fait. Pour nous qui assistions à l’inhumation, au cimetière du Nord, quelle ne fut pas notre surprise, en descendant, de constater qu’on commençait à démolir le Cirque du Boulingrin. En 1948, elle y faisait crouler la salle de rire avec Hortense a dit j’m’en fous. Sur le moment, on ne pouvait mieux dire.

CC.

Le médecin constate mes défauts. Prend avec moi des airs moralisants. On paye l’addition dit-il. Scrutant le résultat de mes analyses, il refuse de transiger ou de négocier. Les chiffres du trimestre ne sont pas bons. C’est même mauvais. Nous sommes à la Bourse. Ou au casino. Le 6 n’est pas sorti, c’est le 3. Du reste, aucune conséquence. Je me contente de compatir, d’avaler gélules roses, pilules blanches et d’oublier ses airs de père la vertu.

Ce jeune Knock m’amuse. Comme d’autres s’écoutent parler, il se regarde rédiger ses ordonnances. Par ailleurs, lecteur du Figaro Magazine (sa salle d’attente me le signale). Il est le fils de T*** avec qui j’ai autrefois fait la java. Ce raisonneur à la sauce Vidal apprendrait avec stupéfaction que j’ai le souvenir de son père, bien alcoolisé, courant après les secrétaires lors de l’inauguration des frigidaires Conord. Oui, rue Jeanne d’Arc, à l’angle du Palais de Justice, face au Café de la Poste. Fin des années Cinquante, pour qui aime la chronologie.

Soirée à ce point tapageuse qu’on en parla ici pendant des semaines. Dire aussi que le spectacle était plus dans la rue qu’à l’intérieur. Toutes fenêtres ouvertes, on s’amusa (qui ? pas moi) à lancer sur les passants tout ce qui nous tombait sous la main. Même une machine à écrire. Aujourd’hui, mon laboratoire d’analyses en profite. Vrai que pour combattre le froid de Conord (imparable slogan) la société n’avait pas lésiné sur l’antigel. Les traces restantes se faufilent dans mon exploration lipidique.

Autre chose. Notre municipalité mérovingienne a, paraît-il, dans ses cartons le projet de fermer les marchés à treize heures. En particulier celui des Emmurées, le samedi. Ceux de Saint-Marc mardis, vendredis, samedis. Pour l’officiel, on avance la cherté des heures de nettoyage. Pour le subliminal, il se dit, malgré tout, que les étals encore présents à ces heures marquent mal. Certes, il suffit d’aller aux Emmurées un samedi pour s’y sentir ailleurs. Et en même temps ici.

Chinois, Arabes, Noirs, Juifs, Auvergnats y débitent de tout un peu. A boire, à manger, de quoi se vêtir au juste prix, sinon au prix juste. Les raffinés et les délicats s’abstiendront. Les tenants du droit du travail aussi. Et, accessoire, les hygiénistes. Au vrai, il n’y a que les pauvres qui trouvent ça bien. Pauvres qui, la mesure mise en place (cas de le dire), ne diront rien. Se résigneront. Ils en ont l’habitude.

Cet épisode résume à lui seul notre politique municipale. Sans réflexion, sans artifice, avec la candeur revendiquée du manque de moyens, on sacrifie le principal sur l’autel de l’accessoire. Car enfin, qu’est-ce qu’un marché face aux données comptables ? Rien pour les Municipes. Tout pour nous. Faire autre chose ? Impossible ! Les Emmurées, ça ne vaut ni en prestige, ni en tourisme, ni en chalandage.

Sorti de chez mon docteur, histoire de fanfaronner, j’ai déjeuné place de la Cathédrale. Avec apéritif encore. Ça lui apprendra, à ce foutriquet. Au passage, j’ai jeté un œil sur la boutique Hermès. A tout prendre, c’est comme aux Emmurées. Là aussi il y a des foulards. Comme quoi, quand on veut…




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