CXCIV

Bien que l’ayant beaucoup fréquentée, je ne suis pas entré dans Sainte-Croix des Pelletiers depuis belle lurette. Rien de ce qui s’y passe désormais ne me concerne. Pas seulement moi du reste, à entendre ça et là les bavardages. A peine croyable qu’elle ait servi à d’aussi magistrales exhibitions musicales que celles qu’on y a vues et entendues. On recenserait tout ce que ces vieilles pierres ont abrité ! En cinquante ans de Théâtre des Arts, rien de comparable, rien d’approchant.

Sortant vers dix ou onze heures, on descendait la rue vers un monde aussi varié que vivant. Le Vieux-Marché, encore et toujours. Le Français, Le Parisien, La Moulière… Il en reste l’ombre, mais comme dit Carabine : C’est pas aussi bien. Ah, tout était simple autrefois ! Ceci pour mériter mon qualificatif de nostalgique. Voilà qui m’évitera les contresens habituels.

Il y a deux jours, à l’heure du petit-déjeuner, j’ouvre le Fanal de Rouen. Ça y est, les aigreurs d’estomac commencent. J’ai beau changer de marque de petits pains suédois, les douleurs débutent toujours à ce moment. Ce jour, à la Une, on m’entretient d’un coup de neuf dans ladite salle des Pelletiers. L’informateur le constate lui-même : du neuf à pas cher. Le temps de vitrifier le parquet, de débarrasser la salle de ses rangées de fauteuils, roule ma poule. Ces fauteuils ! Encore du Rouen qui s’en va ! Je les ai toujours connus. Skaï vert, dos arrondis, strapontins en bout de rang, vernis solide… A la fin des années Soixante ou Soixante-dix, le placage commença à s’effriter. Combien de bas filés en écoutant la Sonate n° 1 en fa mineur. Ça gâchait la sortie.

Voilà qui est fini, bien fini. D’abord parce que les belles ne portent plus de bas, que Wilhem Kempff est mort en 1991 et que nos municipes, sans moyens, se sont résolus à nous pourvoir de chaises en plastique blanc. Me dit-on, il s’agit du modèle Cnossos de chez Collec-Buro à 14,90 euros l’unité. On a pris blanc parce que si c’est plus salissant, c’est aussi plus neutre. Pensez, par les temps qui courent, des chaises bleues, rouges, vertes, voire noires…

Pouvait-on choisir plus moche ? Non. Record établi, il sera difficile à battre. La photo illustrant l’info montre la nouvelle salle avec en premier plan, l’adjoint prescripteur et livreur, le solide Bruno Bertheuil. Je lui trouve le sourire crispé et l’air malheureux. Il rappelle la toile célèbre Le Curé de Sainte-Croix repoussant les Révolutionnaires, tableau représentant le saint homme aux prises avec la foule de 1789 venue confisquer les biens d’église. Pour qui aime l’histoire, cette grande machine est visible au musée des Beaux Arts de notre ville. Demander au gardien.

Tel, l’adjoint d’aujourd’hui, à l’aube des Régionales, attend d’un pas aussi ferme les futurs membres de l’Assemblée constituante (d’où cette réfection rapide, n’en doutons pas). Mardi, meeting du Parti Socialiste, mercredi grande réunion des Verts… Résultat : dimanche, huit chaises cassées. En voilà pour 119,20 euros. Car on les connaît ces sans-culottes, tout foutre par terre, rien payer et guillotiner à qui mieux-mieux. Ah, tout était simple autrefois !

1 Réponse à “CXCIV”


  • Oui, en lisant l’article du Fanal, j’ai immédiatement pensé à vous et aussi à pleins de trucs qui m’ont attristée. Je me pose la question de savoir ce que sont devenues ces rangées de fauteuils. A la décharge vous croyez ?

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