CLXXXVII.

Mon neveu m’invite au restaurant. Je lui laisse le choix. Japonais dit-il. Dans un décor contemporain, sommes bientôt confrontés à un donburi au porc panné et un kamameshi aux fruits de mer. Rien à en dire, cet exotisme là me suffit. Et si ça fait plaisir à Jérôme… A une autre table, deux couples. Conversation feutrée. Une des dames avec insistance m’observe à la dérobée. Nos regards se croisent. A un moment, elle se lève et s’approche. N’êtes-vous pas Monsieur V*** le spécialiste de Flaubert ? Ajoute qu’elle se fie à un détail physique qu’on lui a dit être l’apanage dudit. Je la détrompe (plutôt sèchement d’après Jérôme). La dame s’embarrasse, s’excuse, rejoint sa place. Nos regards ne se croiseront plus.

N’empêche. Spécialiste de Flaubert, je le suis autant que ce porteur de canne avec lequel elle m’a confondu. Pensez si je connais ça ! C’est d’ailleurs ce qui m’épate. Comment peut-on se dire spécialiste de Flaubert ! Ou de Marcel Proust, d’Albert Camus, de Stendhal ? Il suffit d’en être bon lecteur. Avec une exacte connaissance des œuvres, chacun devient vite spécialiste. Ces universitaires retranchés dans leurs fragiles forteresses m’accablent. A ce niveau, quoi de plus simple que d’être dans l’excellence : il suffit d’être bête et discipliné. Comme à l’armée.

C’est un fait : le donburi ne me réussit guère. Les aigreurs d’estomac se portent sur le caractère. Ou le contraire. Jérôme feint de le déplorer. En secret il s’en félicite. Tant que je suis de mauvaise humeur, je ne baisse pas la garde. Il faut dire qu’en ce moment, nous ne cessons de nous chamailler. Pour la politique surtout. Et Dieu sait (façon de dire) s’il y a de quoi !

Ainsi des Régionales où il faut que je me décide pour le second tour (pas du premier, là comme on dit : c’est super fastoche). Mais le second ? Bah, on trouvera une solution, quitte à… Mais bon, ce ni le lieu ni l’heure.

Encore que. Juste un mot : l’enjeu est-il tel ? Qu’on me cite une Région où la vie quotidienne de l’électeur soit à ce point invivable qu’il y ait l’absolue nécessité de renvoyer chez eux les conseillers en exercice ? Ce qui s’y conçoit n’est qu’aux marges. Et ce qui s’y décide… Le reste à l’avenant.

Alors que dans ma rue, sans aller chercher loin. Ou à deux pas de celle-ci. Comme nous a dit un élu en charge de ce genre de nuisance : nous avons actuellement beaucoup de chantiers. Sans doute. Et il faut se résigner au bruit, au va et vient des camions… sans parler du désastre final que sera la construction projetée. Quand va le bâtiment, plus rien ne va. Ayant été de la partie, je sais de quoi je parle. Reste que les riverains d’autrefois étaient moins vindicatifs. Un conducteur d’engin avait de l’autorité. Aujourd’hui, c’est un moins que rien. Et le promoteur, l’équivalent d’un maquereau.

Mais s’agit-il de ça ? A-t-on le choix d’autre chose ? Du porc panné ou des fruits de mer, de Bouvard ou de Pécuchet, de la Droite ou de la Gauche, des barrières Vauban ou Baliroute ? Va savoir.

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