CLXXXVI.

C’était le 30 mars 1960. Bientôt cinquante ans ! Il y a peu de chance, quand nous en serons à la victoire difficile du Parti socialiste aux élections dites Régionales, qu’on commémore la visite à Rouen de Nikita Khrouchtchev. Les jeunes : de qui ? De Khrouchtchev, Monsieur K. (1894-1971), ce petit tyran peu connu de l’Ère stalinienne.

L’événement marqua la vie locale. Tant que ça ? Je me souviens de cette visite parce que j’y ai assisté, du moins au défilé officiel, placé que j’étais, aux premières loges, à savoir à l’étage de la bijouterie Lepage, angle de la rue Jeanne-d’Arc et de la rue Rollon (c’est désormais une banque).

L’homme était, à l’époque, sans y regarder de près, plutôt sympathique. Disons rigolo. Sinon à être « politisé » et au fait de tout ça (ce que j’étais, somme toute) un chef d’état jouissait, quoiqu’il en fût, d’un respect certain. Et puis, Gaullisme ambiant oblige, l’URSS avait la cote.

On oublie trop qu’avec l’avènement de la Ve, la France se transforma en soviet réussi. Étatisme centralisé, culte de la technologie, conservatisme populaire… Ceux qui nous parlent des années Cinquante et Soixante comme les années rock oublient Youri Gagarine, Quand passent les cigognes ou le métro de Moscou. Ça, disait le populo, c’était quelque chose ! En face, il y avait quoi ? Le coca-cola et les racistes d’Atlanta. Tu parles, Charles…

Et Lepage ? Rien. Liaison avec une employée des lieux, prénommée Élise (comme disent les journaux les prénoms ont été changés) avec qui je vivais un grand amour. Un de plus. Et qui, au final, n’aura servi (quel salaud !) qu’à saluer Khrouchtchev. Élise vit toujours. Je l’ai aperçue il y a peu. Nous ne nous saluons pas.

Donc j’étais en sa compagnie, et du personnel, et de la direction, à l’étage de la bijouterie. Et on a vu Khrouchtchev. Il ne m’en reste pas plus que ça. Ni de l’un, ni de l’autre. Sinon qu’alors, pour l’un et l’autre, tout était simple. Aujourd’hui, tout est compliqué. Des idées politiques comme des femmes. Bon, enfin, bref.

Autre chose. A propos de ma chronique sur le passage du Gros-Horloge, un lecteur attentif rectifie Etam avec Eram. Il a raison. Carabine m’explique : Eram, c’est des chaussures… Etam, c’est des affaires (entendez : des fringues). Donc, voulant indiquer le chausseur précité, j’ai inscrit un T à la place d’un R. Il faudra que je sache pourquoi.

Un autre lecteur, cette fois scrupuleux, et toujours attardé au passage, me rappelle l’existence d’une remailleuse de bas. Les jeunes : une quoi ? Une boutique où une dame, avec des bons yeux, reprenait les mailles d’un bas qui avait filé. C’était un métier. La jeunesse ignore ce qu’il en était des drames commencés par ce cri : Mince, j’ai filé mon bas ! Ah là là, elles en faisaient toute une histoire. Quelquefois, ce filage remontait haut. Jusqu’où ? Élise remontait sa jupe pour le savoir. Détail curieux, ce filage se nommait une échelle. Seuls les vieux savent pourquoi.

1 Réponse à “CLXXXVI.”


  • Monsieur,

    Je viens de tomber par hasard sur votre blog fort interessant et me permet de vous demander si vous connaitriez l’année d’ouverture de la bijouterie LEPAGE rue Jeanne d’Arc ?
    Vous en remercie par avance.

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