CLXXXV.

Seuls les amoureux de la musique et du beau chant d’autrefois se seront émus de la disparition de Camille Maurane, rouennais d’origine. Certains de ceux-là pouvaient le croire déjà enterré. A 98 ans, quoi de plus compréhensible. De cette mort tardive, de cette gloire cachée, ici, le moins que l’on puisse dire, c’est que – à l’exception des précités – tout le monde s’en tamponne. Dans un sens, tant mieux, restons entre nous.

Ça dit encore quelque chose Pelléas et Mélisande ? Un peu. Et l’Opéra-comique ? Déjà moins. Gabriel Fauré, Emmanuel Chabrier, Maurice Ravel ? C’est des noms de rues, non ? Et Janine Micheau, Lily Bienvenu, Suzanne Danco, Charles Panzera ? C’est des gens, euh, comment dire…

Le revers de ce genre de diatribe, c’est de faire passer son auteur pour un vieux con. N’en déplaise, c’est un rôle qu’il faut savoir tenir. Comme on disait au théâtre, c’est un emploi. Et aussi, un rôle d’avenir.

Bon, Camille Maurane est mort. D’autres aussi. Par exemple, Roland Barthes (1915-1980) artiste de cirque bien connu, lequel fréquenta Charles Panzera, ce dernier lui présentant le premier. Le reste à l’avenant. Ces soirées dans l’appartement glacé de la rue Servandoni. Les vinyles défilant sur le meuble en acajou vernis (4 vitesses, exclusivité Grundig). Il me semble que le morceau précédent était plus suave

Le monde est parfois petit. A Rouen en particulier. On en voudra pour preuve qu’allant aux obsèques de notre gloire, je croise Bernard. Rue des Carmes, à hauteur du magasin Heyraud. Vous connaissez Bernard, ce tout à fait clochard, jeune, pas grand, déjà chauve, ronde figure bouffie et couturée, déambulant à perpétuité avec sa canette de bière. La rue est souvent toute à lui car il ne sait pas tenir un trottoir. Il va, vogue, l’équilibre instable, parlant seul ou vociférant selon le degré d’alcoolémie où il se plonge.

Il y un certain temps déjà, Bernard naviguait rue Saint-Romain. Toujours en canette sur grandes largeurs, tanguant devant ce qui était autrefois l’entrée de la maîtrise Saint-Évode. Deux renvois de bière, puis m’apostrophe (moi ou le monde entier) : c’est là qu’ j’étais ! ouais, avec les curés ! tu parles ! moi, j’ suis un gentil… Le reste perdu dans une énième rasade.

Une autre fois, croisé lors de Quai aux livres, arrêté qu’il est au stand du Lyon’s Club (patience des vendeurs et vendeuses). Il y puise Perceval le Gallois de Chrétien de Troyes. Brandissant l’objet, s’exclame : Ça c’est un bouquin ! Qu’il emportera dûment payé pour la modeste somme de 50 centimes (pas question de lui en faire cadeau, n’est-ce pas, c’est pour une œuvre…)

Tout ça pour dire que Bernard est un type. Comme Camille Maurane l’était. Et qui lui aussi, avec plus de bonheur (quoique…), fréquenta dans son jeune temps Saint-Évode et sa maîtrise. Pas toujours facile de vivre, chantant ou pas.

Finalement, pas d’inhumation. Me suis attardé chez Heyraud (soldes jusqu’à 70% !) De l’étage, rayon homme, on a une jolie vue sur la rue. Ressorti avec une paire. Taille 41, brun britannique, 95 euros. Même soldé, ça reste cher.

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