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Archive mensuelle de février 2010

CXCI.

Le Palais de justice est un beau palais, toutes les jeunes filles y sont à marier… (air connu). A côté, on y voit l’Espace du Palais, là où les mêmes jeunes filles… Mais là n’est pas la question. La question c’est : quel destin pour ce palais sans espace, cet espace sans palais ? Construit dix ans avant la fin du précédent siècle, il fut l’ultime cadeau que nous fit Jean Lecanuet. Il fallait voir notre maire, à l’inauguration, chimio-terrassé qu’il était, mimant son enthousiasme de toujours. C’était pathétique. Et prémonitoire. Le vrai tombeau de Jeannot n’est pas à Boscherville, il est rue Saint-Lô.

Vingt ans déjà et une décrépitude à ne pas croire. Les résidents maudissent chaque jour leur notaire. Leurs appartements, achetés à prix d’or (ce fut l’une des opérations les plus fructueuses du temps) sont devenus invivables. C’est bien fait. Ça leur apprendra à croire les politiques jouant les vendeurs immobiliers (ou le contraire ?)

Aujourd’hui, de leur balcon, ces courtisans regardent le château livré aux bistroquets du plus faux chic qui soit. Aux terrasses, été hiver, s’ébat la Rouennerie sonnante et trébuchante. C’est bruyant, un brin crasseux, asphyxié de la grandeur d’enseignes à quinze euros le menu, café gourmand compris. Oui, bien fait. A bas les riches, à bas les pauvres. Ça leur apprendra.

A-t-on oublié qu’exista, à l’ouverture de l’Espace, au sous-sol, un super-market ? Il fit faillite et fut remplacé par la FNAC (la même chose dans un autre genre). A l’occasion, le nouveau maire (c’était Robert le Pieux) offrit à l’Agitateur l’arche ouvrant le passage vers la place Foch. Tant pis pour le piéton de biais, il passerait plus haut. Personne ne s’en émut. On eut tort. Si le patio (tu parles !) est devenu ce qu’il est, il est le résultat de cette fermeture. Faut-il rappeler que Robert le Pieux fut, en son temps, excommunié par le pape Grégoire V ? On n’invente rien.

Aujourd’hui, l’Espace vivote. Au sous-sol, il pleut. Les magasins ferment les uns avant les autres. A ce point que, dans une des cases, on a établi – funeste présage – une galerie de peinture ! Quand l’art s’en mêle, c’est fichu. Bientôt on va refaire la dalle des cantines aux pots de fleurs. Ce sera six mois de travaux. Bientôt on va refaire la rue Saint-Lô. Dix mois de gravats. Bientôt…

Bientôt c’est l’Agitateur qui s’en ira, trouvant qu’en son palais de Tourville, malgré la rivière, il a les pieds au sec et qu’il y gagne plein d’écus. Dame…

A-t-on oublié qu’avant l’Espace, il y avait un assez beau parking et un marché aux fleurs ? Le premier ressemblait – étrange – à ce qu’a fait Rudy Ricciotti à Grammont. Non, on n’invente rien. Mais j’y pense, si l’Agité s’en va, l’ennuyeuse bibliothèque de l’étage pourra prendre la place. On mettra des seaux.

Au marché aux fleurs, il y avait – étrange – des fleuristes. Dans la boutique de l’un d’eux, perché sur son arbre, un grand toucan. Son air endormi révélait la vérité des choses. Il savait les questions et les réponses.

CXC.

S’il est une chose à déplorer, c’est désormais à Rouen, l’absence d’exigence intellectuelle. Entendez là qu’on se contente de peu. On s’en arrange. On se résigne. Comme dit Carabine me faisant un bas de pantalon : bon, ben, voilà, ça ira comme ça. Toujours dans l’à peu près et le définitif en forme de provisoire.

Tout s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler le satisfecit de forme. A moins que ça ne soit du j’menfoutisme. Le pire c’est que, du décideur ou de l’intéressé (ce sont les mêmes) chacun en tombe d’accord : on va pas se casser la nénette. Ceux qui ne sont pas contents, se contenteront. Mourront ou iront voir ailleurs.

Je m’étais promis d’arrêter. A force de ressasser, ça se porte sur le caractère et mon entourage (quel mot !) me trouve insupportable. Bref, laisse tomber, prend un bon livre et vogue la galère.

Eh bien non. Aucune résignation. Nul renoncement. Je ne puis laisser passer une page entière, il y a peu, du quotidien local. Consacrée aux bibliothèques, elle n’est qu’un décalque du discours autorisé de l’adjoint chargé desdites, par ailleurs administrateur (me dit-on), dudit journal. C’est dire que la journaliste (à supposer que…) signant l’article n’a guère eu de difficulté à faire son enquête.

Car elle a fait enquête ! Elle a (nous avons dit-elle), testé trois bibliothèques du réseau (oui, elles sont en réseau). Au vrai, elle aligne autant les chiffres que les clichés. Il y a ainsi 35 490 bouquins à Saint-Sever, d’où des rayons foisonnants. A Roger-Parment, ce sont de nombreuses tables de travail d’où une ambiance studieuse. Passons sur l’éclectique collection des livres étrangers laquelle permet – tenez-vous bien – de relire Bridget Jones ou Jane Eyre… dans la langue de Shakespeare. Avouez que…

Oui, je sais, tout ça est écrit à la va-vite, sans se fouler, sans risque pour ce qu’elle en est payée (j’imagine). Bref, ça n’est pas à la malheureuse que j’en veux, c’est plutôt à celui qui lui guide – peu ou prou – la main. C’est lui le fautif. Lui qui couvre de son autorité intellectuelle (il en a) de pareilles fadaises et ces demi-vérités. Et qui défend qu’on dise, dans ces colonnes, le vrai du vrai de la chose.

Guy Pessiot, je ne vous connais que de vue. Je sais que vous êtes honnête (je le crois, c’est déjà ça). Vous m’avez adressé un message ici. Vous avais-je blessé ? Si oui, je m’en veux (pas beaucoup, mais un peu) de l’avoir fait. Vous m’assurez de votre bonne foi. De votre espoir, de votre modestie… et de vos quarts de réussites. Et m’assenez ce coup de patte final : la critique est facile, l’art est difficile (je résume).

Admettons. Dès lors je vous laisse. Je vous laisse le sabordage de l’ex-future Médiathèque, le dynamitage de la bibliothèque Villon, le néant intellectuel des acquisitions, l’ahurissement des horaires, le mépris porté aux lecteurs lettrés (excusez, c’est un gros mot)… bref, je vous laisse l’extinction, l’effondrement, le naufrage… je vous laisse la politique culturelle locale, les archives, la recherche, la documentation, je vous laisse…

Oh, et puis, à quoi bon ?

CLXXXIX.

Pour qui baguenaude dans Rouen, il y a toujours à voir. Un magasin, une vitrine, une boutique oubliée, telle maison disparue. Des travaux aussi. Du changement. Des variations. La couleur des saisons. Bref, la vie qui va, qui vient. Celle qu’on attrape à chaque coin de rue. Qu’en fait-on ? Des souvenirs. Rendus, ils le sont, mais de la façon la moins convaincante. Ce qu’il en reste : des anecdotes. Rien de la vie tangible.

Ainsi d’une affichette rue du Maulévrier, d’un graffiti rue de l’École, d’une porte rue de la Champmeslé, d’un linteau rue Saint-Amand… Autant de signes qui disent. Quoi ? On a beau vouloir restituer le passé par des récits, on ne réussit qu’à s’enferrer davantage. A moins d’en faire du littéraire. Lorsqu’on s’y applique avec un peu de distinction, ce n’est déjà pas si mal. L’habitude est de dire : le reste n’est que littérature… Non, c’est le principal qui l’est. Enfin façon de dire, car ce n’est ni le lieu, ni le moment.

Passant rue des Bons-Enfants, ce qui m’arrive souvent, j’ai cherché à retrouver ce fameux boulanger qui faisait un si excellent pain. Cuit chaque jour au feu de bois, au même prix que l’ordinaire, par petite fournée, sans guère de choix que la petite ou la grosse baguette. Et aussi ces gâteaux incroyables, qu’on ne reverra plus. Flans et tartes, parfois trop cuits, d’une robustesse ancienne. Leur saveur vous offrait le parfum des temps révolus.

Bien sur, rien retrouvé. A se demander si tout ça n’a jamais existé. La rue des Bons-Enfants est aujourd’hui une rue à trop de mémoire. Trop longue pour trop de souvenirs. Il y avait là un bar, là un marchand de charbon, une épicerie, un libraire, un chauffagiste, une laveuse… on s’y perd, on s’y lasse.

Hasard des jours, je ne suis jamais entré dans la synagogue. Pas eu l’occasion. Ou plutôt si, mais qu’y ferai-je ? Avouez que ce n’est pas une église comme une autre. L’autre jour, j’y passais. La tentation fut grande. Mais toujours fermée. Hermétique (dans tous les sens). Curieux bâtiment pour curieux quartier. Un anachronisme de plus.

Longtemps, durant des années, ma mère m’emmena visiter une très vieille dame qui habitait rue Porte aux Rats. On n’y allait pas pour rien : il s’agissait de raccommodage. Entendez que Marianne, petite boule à blouse brodée, prenait chez elle du linge à repriser. Des torchons, des maillots, des serviettes, des napperons… Toute une époque ! Il fallait monter deux étages puis on débouchait sur un palier (on disait le carré), là encore trois marches d’une sorte d’escabeau. On pénétrait chez Marianne par une porte basse qui, alors que j’étais enfant, me paraissait déjà petite. L’intérieur, une soupente, quelque chose d’à peine croyable. Un gourbi.

Pourquoi Marianne ? Pourquoi ces visites ? Quelle obligation secrète ma mère avait-elle à venir en aide à cette malheureuse ? Aucune idée, aucun souvenir.

Aujourd’hui personne ne ravaude. On ne garde rien. On jette. Qui use ? Personne. Notre époque veut du neuf, du frais. Choses, paroles et gens, tout ce reste parle au cœur. C’est sans doute pour ça qu’on n’aime plus.

CLXXXVIII.

Il y a peu, D***, fidèle lectrice, me tançait d’avoir confondu deux cinémas d’autrefois : Studio 34 et Ciné France. J’ai rectifié. Depuis ce souvenir me travaille. Que reste-t-il du Ciné France ? Rien. Et de la rue des Carmes du temps ? Pareil. L’immeuble et le magasin Zara sont là. Bien là. Dans ce temps là, on accédait au Ciné France à la suite d’une galerie marchande (une autre ! en ai-je déjà parlé ?) empruntant une pente circulaire menant au hall. La salle était en amphithéâtre avec une allée séparant le balcon de la salle basse. Le tout à dominante rouge et blanche, me semble-t-il. Datant de la Reconstruction, on me dit (toujours D***) que la salle fut inaugurée en 1946. Possible. Connaissant mon informatrice, c’est même probable, sinon certain.

Peu de souvenirs précis des lieux sinon qu’un des côtés de la salle laissait visible une série de piliers. Entre chaque, des rangées de fauteuils, places à bon marché mais dont un torticolis pouvait être la séquelle. La salle a duré un temps certain, puis est devenue une salle art et essai sous l’enseigne de simple France (fini le ciné, dans un sens). Juste à côté, à la place du Petit Théâtre (que c’est loin !) les exploitants ouvrirent une salle nommée 7e Art. Cela ne s’invente pas : on y projeta surtout des films pornographiques. Ça rapportait alors plus que l’art qu’on essayait. Signalons le fait aux promoteurs de la future salle municipale de la rue de la République.

Souvenir léger, au Ciné France, j’ai vu, lors d’une soirée de gala, vers 53, Los Olvidados. Ladite était donnée au profit de l’enfance inadaptée. Késako ? A peu près le mélange de la racaille et des bénéficiaires du Téléthon. Enfin disons mutatis mutandis. Souvenir de la soirée, mais aucun du film que je n’ai jamais revu. Enfin, bref, tout ça est bien loin. Trop.

Autre chose. Ces chroniques sont lues. Aussi ai-je été contacté par les plus hautes autorités locales pour donner mon coup de pouce à la grande affaire culturelle de l’été qui vient (on sait de quoi il s’agit). Donc à partir du 4 juin et jusqu’au 26 septembre inclus, chaque chronique publiée contiendra un rappel de l’événement. Cela prendra la forme d’une énigme à résoudre. Jérôme : on dit un quizz.

Admettons. Donc un quizz. Dans le genre culture générale, sans prise de tête, accessible à tous. A titre d’exemple, faisons un premier essai. La question : Bunuel, Renoir, Van Gogh, parmi ces trois réalisateurs de films, un seul est peintre, lequel ? La réponse est évidemment Bunuel, les deux autres étant cinéastes.

Vous voyez, rien de compliqué et tout à fait sur le motif. On gagnera quoi ? En octobre, les lecteurs qui auront résolu au moins quatorze énigmes seront soulagés de savoir que le Décrochez-moi ça projeté est enfin terminé. Avouez que ça vaut tous les cadeaux. Pour les perdants, ils seront conviés à déblayer ce qui restera du Palais des Congrès à l’aide des sacs de catalogues qui n’auront pas été vendus. Ça leur apprendra.

CLXXXVII.

Mon neveu m’invite au restaurant. Je lui laisse le choix. Japonais dit-il. Dans un décor contemporain, sommes bientôt confrontés à un donburi au porc panné et un kamameshi aux fruits de mer. Rien à en dire, cet exotisme là me suffit. Et si ça fait plaisir à Jérôme… A une autre table, deux couples. Conversation feutrée. Une des dames avec insistance m’observe à la dérobée. Nos regards se croisent. A un moment, elle se lève et s’approche. N’êtes-vous pas Monsieur V*** le spécialiste de Flaubert ? Ajoute qu’elle se fie à un détail physique qu’on lui a dit être l’apanage dudit. Je la détrompe (plutôt sèchement d’après Jérôme). La dame s’embarrasse, s’excuse, rejoint sa place. Nos regards ne se croiseront plus.

N’empêche. Spécialiste de Flaubert, je le suis autant que ce porteur de canne avec lequel elle m’a confondu. Pensez si je connais ça ! C’est d’ailleurs ce qui m’épate. Comment peut-on se dire spécialiste de Flaubert ! Ou de Marcel Proust, d’Albert Camus, de Stendhal ? Il suffit d’en être bon lecteur. Avec une exacte connaissance des œuvres, chacun devient vite spécialiste. Ces universitaires retranchés dans leurs fragiles forteresses m’accablent. A ce niveau, quoi de plus simple que d’être dans l’excellence : il suffit d’être bête et discipliné. Comme à l’armée.

C’est un fait : le donburi ne me réussit guère. Les aigreurs d’estomac se portent sur le caractère. Ou le contraire. Jérôme feint de le déplorer. En secret il s’en félicite. Tant que je suis de mauvaise humeur, je ne baisse pas la garde. Il faut dire qu’en ce moment, nous ne cessons de nous chamailler. Pour la politique surtout. Et Dieu sait (façon de dire) s’il y a de quoi !

Ainsi des Régionales où il faut que je me décide pour le second tour (pas du premier, là comme on dit : c’est super fastoche). Mais le second ? Bah, on trouvera une solution, quitte à… Mais bon, ce ni le lieu ni l’heure.

Encore que. Juste un mot : l’enjeu est-il tel ? Qu’on me cite une Région où la vie quotidienne de l’électeur soit à ce point invivable qu’il y ait l’absolue nécessité de renvoyer chez eux les conseillers en exercice ? Ce qui s’y conçoit n’est qu’aux marges. Et ce qui s’y décide… Le reste à l’avenant.

Alors que dans ma rue, sans aller chercher loin. Ou à deux pas de celle-ci. Comme nous a dit un élu en charge de ce genre de nuisance : nous avons actuellement beaucoup de chantiers. Sans doute. Et il faut se résigner au bruit, au va et vient des camions… sans parler du désastre final que sera la construction projetée. Quand va le bâtiment, plus rien ne va. Ayant été de la partie, je sais de quoi je parle. Reste que les riverains d’autrefois étaient moins vindicatifs. Un conducteur d’engin avait de l’autorité. Aujourd’hui, c’est un moins que rien. Et le promoteur, l’équivalent d’un maquereau.

Mais s’agit-il de ça ? A-t-on le choix d’autre chose ? Du porc panné ou des fruits de mer, de Bouvard ou de Pécuchet, de la Droite ou de la Gauche, des barrières Vauban ou Baliroute ? Va savoir.

CLXXXVI.

C’était le 30 mars 1960. Bientôt cinquante ans ! Il y a peu de chance, quand nous en serons à la victoire difficile du Parti socialiste aux élections dites Régionales, qu’on commémore la visite à Rouen de Nikita Khrouchtchev. Les jeunes : de qui ? De Khrouchtchev, Monsieur K. (1894-1971), ce petit tyran peu connu de l’Ère stalinienne.

L’événement marqua la vie locale. Tant que ça ? Je me souviens de cette visite parce que j’y ai assisté, du moins au défilé officiel, placé que j’étais, aux premières loges, à savoir à l’étage de la bijouterie Lepage, angle de la rue Jeanne-d’Arc et de la rue Rollon (c’est désormais une banque).

L’homme était, à l’époque, sans y regarder de près, plutôt sympathique. Disons rigolo. Sinon à être « politisé » et au fait de tout ça (ce que j’étais, somme toute) un chef d’état jouissait, quoiqu’il en fût, d’un respect certain. Et puis, Gaullisme ambiant oblige, l’URSS avait la cote.

On oublie trop qu’avec l’avènement de la Ve, la France se transforma en soviet réussi. Étatisme centralisé, culte de la technologie, conservatisme populaire… Ceux qui nous parlent des années Cinquante et Soixante comme les années rock oublient Youri Gagarine, Quand passent les cigognes ou le métro de Moscou. Ça, disait le populo, c’était quelque chose ! En face, il y avait quoi ? Le coca-cola et les racistes d’Atlanta. Tu parles, Charles…

Et Lepage ? Rien. Liaison avec une employée des lieux, prénommée Élise (comme disent les journaux les prénoms ont été changés) avec qui je vivais un grand amour. Un de plus. Et qui, au final, n’aura servi (quel salaud !) qu’à saluer Khrouchtchev. Élise vit toujours. Je l’ai aperçue il y a peu. Nous ne nous saluons pas.

Donc j’étais en sa compagnie, et du personnel, et de la direction, à l’étage de la bijouterie. Et on a vu Khrouchtchev. Il ne m’en reste pas plus que ça. Ni de l’un, ni de l’autre. Sinon qu’alors, pour l’un et l’autre, tout était simple. Aujourd’hui, tout est compliqué. Des idées politiques comme des femmes. Bon, enfin, bref.

Autre chose. A propos de ma chronique sur le passage du Gros-Horloge, un lecteur attentif rectifie Etam avec Eram. Il a raison. Carabine m’explique : Eram, c’est des chaussures… Etam, c’est des affaires (entendez : des fringues). Donc, voulant indiquer le chausseur précité, j’ai inscrit un T à la place d’un R. Il faudra que je sache pourquoi.

Un autre lecteur, cette fois scrupuleux, et toujours attardé au passage, me rappelle l’existence d’une remailleuse de bas. Les jeunes : une quoi ? Une boutique où une dame, avec des bons yeux, reprenait les mailles d’un bas qui avait filé. C’était un métier. La jeunesse ignore ce qu’il en était des drames commencés par ce cri : Mince, j’ai filé mon bas ! Ah là là, elles en faisaient toute une histoire. Quelquefois, ce filage remontait haut. Jusqu’où ? Élise remontait sa jupe pour le savoir. Détail curieux, ce filage se nommait une échelle. Seuls les vieux savent pourquoi.

CLXXXV.

Seuls les amoureux de la musique et du beau chant d’autrefois se seront émus de la disparition de Camille Maurane, rouennais d’origine. Certains de ceux-là pouvaient le croire déjà enterré. A 98 ans, quoi de plus compréhensible. De cette mort tardive, de cette gloire cachée, ici, le moins que l’on puisse dire, c’est que – à l’exception des précités – tout le monde s’en tamponne. Dans un sens, tant mieux, restons entre nous.

Ça dit encore quelque chose Pelléas et Mélisande ? Un peu. Et l’Opéra-comique ? Déjà moins. Gabriel Fauré, Emmanuel Chabrier, Maurice Ravel ? C’est des noms de rues, non ? Et Janine Micheau, Lily Bienvenu, Suzanne Danco, Charles Panzera ? C’est des gens, euh, comment dire…

Le revers de ce genre de diatribe, c’est de faire passer son auteur pour un vieux con. N’en déplaise, c’est un rôle qu’il faut savoir tenir. Comme on disait au théâtre, c’est un emploi. Et aussi, un rôle d’avenir.

Bon, Camille Maurane est mort. D’autres aussi. Par exemple, Roland Barthes (1915-1980) artiste de cirque bien connu, lequel fréquenta Charles Panzera, ce dernier lui présentant le premier. Le reste à l’avenant. Ces soirées dans l’appartement glacé de la rue Servandoni. Les vinyles défilant sur le meuble en acajou vernis (4 vitesses, exclusivité Grundig). Il me semble que le morceau précédent était plus suave

Le monde est parfois petit. A Rouen en particulier. On en voudra pour preuve qu’allant aux obsèques de notre gloire, je croise Bernard. Rue des Carmes, à hauteur du magasin Heyraud. Vous connaissez Bernard, ce tout à fait clochard, jeune, pas grand, déjà chauve, ronde figure bouffie et couturée, déambulant à perpétuité avec sa canette de bière. La rue est souvent toute à lui car il ne sait pas tenir un trottoir. Il va, vogue, l’équilibre instable, parlant seul ou vociférant selon le degré d’alcoolémie où il se plonge.

Il y un certain temps déjà, Bernard naviguait rue Saint-Romain. Toujours en canette sur grandes largeurs, tanguant devant ce qui était autrefois l’entrée de la maîtrise Saint-Évode. Deux renvois de bière, puis m’apostrophe (moi ou le monde entier) : c’est là qu’ j’étais ! ouais, avec les curés ! tu parles ! moi, j’ suis un gentil… Le reste perdu dans une énième rasade.

Une autre fois, croisé lors de Quai aux livres, arrêté qu’il est au stand du Lyon’s Club (patience des vendeurs et vendeuses). Il y puise Perceval le Gallois de Chrétien de Troyes. Brandissant l’objet, s’exclame : Ça c’est un bouquin ! Qu’il emportera dûment payé pour la modeste somme de 50 centimes (pas question de lui en faire cadeau, n’est-ce pas, c’est pour une œuvre…)

Tout ça pour dire que Bernard est un type. Comme Camille Maurane l’était. Et qui lui aussi, avec plus de bonheur (quoique…), fréquenta dans son jeune temps Saint-Évode et sa maîtrise. Pas toujours facile de vivre, chantant ou pas.

Finalement, pas d’inhumation. Me suis attardé chez Heyraud (soldes jusqu’à 70% !) De l’étage, rayon homme, on a une jolie vue sur la rue. Ressorti avec une paire. Taille 41, brun britannique, 95 euros. Même soldé, ça reste cher.




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